DEUX MOYENS D AUGMENTER LA GRACE SANCTIFIANTE ET
Deux moyens nous sont donnés pour développer en nous la vie chrétienne, augmenter la grâce sanctifiante et les vertus surnaturelles, ce sont les sacrements et les bonnes œuvres.
Il est de foi que les sacrements de la loi nouvelle, quand ils sont reçus avec les dispositions requises confèrent la grâce sanctifiante à ceux qui n'y mettent pas obstacle (1). Le chrétien qui est déjà en état de justice n'oppose à la grâce aucun obstacle, et la grâce qu'il reçoit s'ajoute à celle qu'il possédait auparavant. La réception des sacrements est donc un moyen puissant de développer en nous la grâce sanctifiante et les vertus chrétiennes.
Plusieurs des textes des Saintes Ecritures que nous avons déjà cités affirment que les bonnes œuvres sont la condition du salut et des récompenses éternelles. « J'ai combattu un bon combat, dit saint Paul, j'ai consommé ma course, j'ai gardé ma foi, il ne me reste plus qu'à recevoir la couronne de justice que le juste juge me rendra en ce jour » (2). «Chacun recevra sa récompense selon son propre travail » {'}). « Que vous marchiez, dit
(1) Conc. de Trcate, Scss. VI, VII et VIII. iJ II Tiin., IV, 7, H.
(3) I Cor., III, 8.
encore l'Apôtre, d'une façon cligne de Dieu » (1).. « Quoi que vous fassiez, failes-le de bon cœur, pour le Seigneur et non [tour les hommes, sachant bien que vous recevrez la récompense de son héritage » (2). Au jeune homme qui lui demande ce qu'il faut faire pour obtenir la vie éternelle, le divin Maître répond : « Si vous voulez entrer dans la vie, observez les commandements » (•'!). Et, au dernier jour, nous serons condamnés ou sauvés selon' les œuvres que nous aurons accomplies ou les préceptes que dous aurons méconnus.
C'est pourquoi l'Église catholique a réprouvé, condamné, par l'autorité du Concile de Trente, la doctrine des protestants qui nient la nécessité el l'efficacité des lionnes œuvres.
Nous comprenons que si Dieu accorde à l'homme possédant les dispositions requises la grâce sanctifiante et les vertus surnaturelles, il lui accorde, à plus forte raison, une augmentation de ces dons divins, quand, avec le concours de ces dons, il accomplit des actes digues de cet étal de justice^ C'est là un moyen puissant, conforme à sa sagesse et à sa bonté, d'exciter les justes à s'élever dans la sainteté et à produire des fruits plus abondants de salut. Enfin l'amitié qui uni I l'homme juste à Dieu exige qu'elle augmente en proportion des témoignages d'affection.
Cette augmentation de la iir<\rv sanctifiante el des vertus chrétiennes par nos bonnes œuvres n'est pas produite directement, immédiatement. Elle est produite
^1) Colo*>., i. in.
(2) Ihi'l., III, 23, l'>.
(3) Matth.. XIX, 17.
.20't CHAPITRE IV
par une efficacité que nous pouvons appeler morale. c'est-à-dire par le mérite de ces bonnes œuvres dont la valeur surnaturelle obtient de Dieu cette augmentation de la grâce et des vertus, et, comme conséquence, un degré supérieur de la vie éternelle et des récompenses célestes. Cette doctrine est définie en ces termes par le Concile de Trente : « Si quelqu'un dit que les bonnes œuvres de l'homme justifié sont tellement les dons de Dieu qu'elles ne soient pas aussi les mérites de cri homme justifié ou que. par ses bonnes œuvres qu'il fait par la grâce de Dieu et par les mérites de Jésus Christ dont il est membre vivant, il ne mérite pas véritablement une augmentation de la grâce, la vie éternelle ou la possession de celle même vie. pourvu qu'il meure dans la grâce, et même l'augmentation de la gloire, qu'il soit anathème » (I).
L'augmentation de la grâce et des vertus chrétiennes est accordée par les sacrements selon les dispositions de ceux qui les reçoivent et elle est obtenue par nos bonnes œuvres selon leur valeur, en d'autres termes, selon le degré de nos mérite-.
C'est renseignement du Concile de Trente sur l'efficacité des sacrements. Il dit que « dans la justification nous recevons en nous la justice selon la mesure (pie l'Esprit Saint a distribuée à chacun comme il le veut, et selon les dispositions de la coopération de chacun » (2). C'est ce que démontre la pratique de l'Église qui exhorte les fidèles à s'approcher des sacrements avec de 1res
l Sess. VI, can. 32. Le Concile expose la môme doctrine âuch.lG de cette session.
1 < ■-. \ !, cap. 7.
bonnes dispositions parce que des grâces plus abondantes répondent à de meilleures dispositions.
La doctrine catholique définie par le Concile de Trente exige des dispositions, des actes <lc vertus (h pour que le pécheur obtienne sa justification, [tour qu'il obtienne la grâce sanctifiante qui le réconcilie avec Dieu. Ces actes ne sont pas seulement les conditions nécessaires, mais des dispositions qui dans une certaine mesure déterminent Dieu à nous accorder la grâce. Le Concile attribue, en effet, à ces actes de vertus la puissance de disposer, de préparer, de demander, de telle sorte que la grâce soit accordée selon la disposition et la coopération de chacun (2). Les Saintes Ecritures parlent de ces actes comme conduisant au salut et ayant avec le salut et la >j;i-in-i> une connexion intime et inclinant Dieu à accorder la grâce de la justification : « Convertissezvous à moi et je me convertirai à vous » {l\ . <i Beaucoup de péchés lui sont remis parce qu'elle a beaucoup aimé » (4). Elles affirment que par ses actes l'homme se sanctifie, se justifie et se purifie lui-même (.'>). « La rémission i\r< péchés est accordée (''gaiement à tous, dit saint Cyrille d'Alexandrie, mais la communication de l'Esprit -Saint est accordée selon la préparation de la loi de chacun » (6).
|i Le Concile de Trente (Sess. VI, cap-, 6) enseigne que lis dispositions a la justification sonl la crainte, l'espérance, l'amour, la pénitence, le désir du baptême, la résolution de changer de vie. i2i Sess. VI, cap. ."), r>, 7, can: i. .:: Ezechiel, XVIII, 30. . Luc, VII, M.
S Eccli., II, 20.
(6) Epist. 186, h 10. - La justification esl néanmoins gratuite, car toul iv qu'il y a do valeur dans ces actes, dans ces dispositions,
« La grâce, dit saint Thomas d'Aquin, [>eut être accordée dans une mesure plus ou moins grande selon que l'un est éclairé plus parfaitement que l'autre par la lumière de la grâce. Cette diversité de grâces a plusieurs causes ; l'une vient de la manière dont l'homme se prépare à la recevoir, car celui qui se prépare mieux à la recevoir en reçoit une plus grande abondance ; mais ce n'est pas là la première raison de cette dilïérence, car la préparation à la grâce n'est de l'homme qu'autant que Dieu lui-même préparé son libre arbitre. Donc la première cause de cette diversité vient de Dieu qui dispense de différentes manières les dons de sa grâce, afin que de cette diversité de degrés naissent la beauté et la perfection de l'Eglise, de même que dans la nature il a établi divers degrés dans la perfection des êtres pour que le tout soit parfait.Aussï l'Apôtre, après avoir dit que la grâce a été donnée à chacun selon la mesure de la donation de Jésus Christ, et après avoir énu m éré différentes espèces degràces, ajoute : pour la consommation t\v< saints, pour l'édification du corps de Jésus-Christ »(1).
Nous démontrerons bientôt que le juste peut mériter rigoureusement et en justice par ses lionnes œuvres l'augmentation de la ixvi\c^ sanctifiante, que par conséquent la grâce sanctifiante augmente selon la valeur de ses bonnes œuvres, et que des dispositions meilleures, des actes plus méritoires obtiennent un degré- supérieur de grâce el de vertus chrétiennes.
vienl de la grâce qui 1rs ;i rendus possibles, d'un principe divin qui est gratuit. La justification est dune gratuite dans son principe : elle l'est aussi en elle-même, car ces dispositions n'ontqu'un mérite de simple convenance el non pas de justice.
<\ !• 2.'-, q. C.Xll. art. '■.
Dieu a voulu dans sa bonté que l'homme fût par sa coopération l'artisan de son bonheur et de sa gloire, et qu'il se rapprochai ainsi de la grandeur êl de la perfection divines. La plus grande perfection de Dieu est l'attribut par lequel il existe, vit et est heureux par luimême et possède en lui-même la raison même de son existence. Nous pouvons dire que le chef-d'œuvre dé Dieu sera d'élever, aulanl que possible, un être créé à nette suprême perfection. Ce chef d'oeuvre es! réalisé dans le chrétien. Il reçoit, il est vrai, tout de Dieu: sa nature, salin, les moyens d'y arriver ; il esl libre de choisir le bien et le mal. mais il coopère aux grâces el aux secours qui lui sont accordés, il mérite la gloire et la félicité qui lui ont été promises, et il peut dire qu'il esl heureux parce qu'il l'a voulu, que celle gloire et celle félicité sont des dons, mais qu'elles sont aussi des récompenses qu'il a méritées. Il trouve donc en luimême, dans une certaine mesure, la raison et la cause de la vie divine qu'il possède ici-bas et de la vie du ciel qui en sera l'épanouissement et le couronnement. D'une part, cette grandeur et celle félicité étanl une participation de la grandeur et de la félicité de Dieu arrivent au plus haut degré de perfection que puisse atteindre une créature, et. d'atftre part, cette grandeur et cette félicité n'étant pas seulement un don. mais encore une récompense méritée, l'homme se rapproche ainsi le plus possible de la perfection de Dieu qui a tout en lui-même ci par lui-même.