‹ La vie chrétienneChapitre 22 sur 57 · DES MERITES DE NOS ACTIONS · texte numérisé non relu

DES MERITES DE NOS ACTIONS

M;iis il est souverainement important que nous étu (liions de près la doctrine catholique sur les mérites de nos actions, puisque par ces mérites nous réalisons le progrès de la vie chrétienne et nous accomplissons l'œuvre de notre sanctification et de notre salut. Cette doctrine es! d'ailleurs pleine de lumières et de consola I ions.

Le mérite, en général, esl une qualité qui rend nos actes dignes de rétribution et, si nous prenons ce mot dans le sens favorable, dignes d'une récompense. Nous parlons ici. évidemment, du mérite surnaturel de nos actes. Les actes méritoires peuvent se définir : des actes lions faits selon la volonté de Dieu, et ayant la puissance de le déterminer à nous accorder les dons surnaturels et les récompenses célestes. Le mérite est la valeur par laquelle ces actes ohtiennent de tels dons.

Il y a un mérite de justice qui exige de Dieu en justice la récompense qu'il a promise. 11 y a un mérite de convenance.auquel la récompense est due non pas en justice, mais par la libéralité de Dieu.

Un ouvrier a accompli exactement le travail qui était convenu : il mérite en justice le salaire qui lui était promis et qui correspond à ce travail. S'il a dépassé, dans son activité et son zèle, les limites de l'œuvre à laquelle il s'était engagé, il convient que le patron lui accorde une gratification pour ce travail supplémentaire dont il profite ; c'est le mérite de convenance.

LE PUOGllÈS DE LA VIE CHRÉTIENNE 2DÎ)

Mais quelle est la cause première de ces mérites, en

d'autres termes, d'où vieul à nos actes cette valeur sur naturelle? Elle vient premièrement et essentiellement des mérites de Notre Seigneur Jésus-Christ, notre San veur et notre Rédempteur. « Le Fils de Dieu est venu sur celte terre afin que nous ayons la vie et que nous Tayons en abondance » ( l). « Nous avons été rachetés à un grand prix » (2), le prix du sang et de la mort d'un Dieu. (( 11 n'y a pas de salut possible en aucun autre, il n'y a sous le ciel aucun autre nom par lequel nous puissions être sauvés » (3).

Par la grâce nous sommes unis à Jésus-Christ comme les rameaux au cep, comme les membres de son corps divin. C'est la grâce qui rend nos actions surnaturelles et, par conséquent, dignes d'une récompense divine.

Rien ne proclame avec plus d'éclat la gloire de Dieu et l'efficacité des mérites de Notre Seigneur Jésus-Chrisl qu'une pareille doctrine. Nos mérites sont plus grands et plus puissants, nous obtenons par eux une plus large part de la grâce et de la vie éternelle dans la mesure où nous sommes plus unis à Jésus-Christ et où nous vivons plus complètement de sa vie. (lomme la greffe transforme un arbre, le perfectionne, l'ait circuler en lui une sève plus puissante et plus féconde, donne la vigueur à ses rameaux, la beauté et la saveur à ses fruits, ainsi [a vie de Notre Seigneur Jésus Christ transforme et élève notre nature, donne à nos actes une dignité et une valeur surnaturelles et leur l'ail produire ici-bas les

lll Joann., X, 10.

(2) I Cor., VI, 20.

(3) Act., IV, 12. — Voir plus haut, Cb. I, lu nature de la Vie chrétienne^ p. m,

fruits des plus sublimes vertus et, pour l'éternité, les fruits de la gloire et du bonheur. « Si quelqu'un, déclare le Concile de Trente (dans le canon 33e qui termine l'enseignement de ce même Concile sur la justification), si quelqu'un dit que, par cette doctrine catholique de la justification exposée par le saint Concile dans le présent décret, on déroge en quelque chose à la gloire de Dieu et aux mérites de Notre Seigneur Jésus-Christ, au lieu qu'en etïet la vérité de notre foi, la gloire de Dieu et de Jésus-Christ y sont, rendues plus éclatantes, qu'il soit anathème. »

Pour être méritoires, nos actes doivent avoir une certaine proportion avec les dons divins et les célestes récompenses.

Cette proportion vient de la dignité surnaturelle qui nous est donnée par la grâce sanctifiante. Elle nous rend justes, agréables à Dieu ; elle fait de nous les amis el les fils adoptifs de Dieu et les membres vivants du corps de Notre Seigneur Jésus Christ ; elle élève ainsi et transforme nos actes. Il ne s'agit point ici d'une égalité absolue et complète, mais d'une proportion, d'une égalité dans un sens plus large. Cependant cette dignité et cette valeur ne suffisent pas à donner à nos actes Je mérite de justice. La raison de cette insuffisance est dans la dignité, la puissance infinie et la souveraineté absolue de Dieu qui n'a besoin de rien, auquel tout appartient el auquel tout est dû. Il n'est pas tenu d'accepter nos œuvres, de leur accorder en justice une récompense, à moins qu'il ne s'y soit obligé par les promesses de sa bonté et de sa libéralité. « Qui a donné le premier à Dieu quelque chose, dit saint Paul, pour en réclamer une récompense '.' car tout est à lui, tout est

par lui, tout esl en lui ; à lui gloire dans tous les

siècles m|I).

C'est pourquoi les Sainte? Ecritures parlent souvenl de la vie éternelle sons le terme général de promesse, « La loi ei la patience obtiendront l'héritage des prosses » (2). El encore : « La patience vous esl nécessaire, afin qu'en accomplissant la volonté de Dieu, vous obteniez la promesse » (3).

Saint Augustin expose admirablement cette doctrine en ces-termes :« Dieu s'est fait noire débiteur non en acceptant quelque chose de nous, mais en promettant ce <pi'il lui a plu de promettre. Disons nous à Dieu : Rendez-moi parce que je vous ai donné? Qu'avons nous donné à Dieu, puisque nous tenons loul de lui, ce que nous sommes ei ions les biens que nous possédons? Nous ne pouvons donc rien donner à Dieu, nous ne pouvons le traiter ainsi en débiteur; mais nous pouvons senlemeiil lui dire : Rende/. -moi ce que vous avez promis, car nous avons l'ait ce qui' vous avez ordonné et cela est encore à vous qui t'avez t'ait en aidant ceux qui l'ont accompli » (4).

Mais par l'efficacité de celle promesse qui s'ajoute à. la valeur surnaturelle de nos actes, nous avons un droit rigoureux de justice aux dons divins et aux récompenses éternelles. Aussi, d'après les textes sacrés, ces récompenses sont une rétribution, une rémunération; elles sont accordées non par grâce, mais en raison d'une

(1) Rom., XI, .">:;, :in.

[2] Ilrbr., VI, \i.

Cli Ihiil., X, :!ti.

i 1> Serm. XVI, de verbis Apostoli.

212 ai.wiï i;i: îv

dette: seoundum debitum (1). De telle sorte que Dieu manquerait à la justice, qu'il serait injuste s'il ne nous accordail pas les dons et la vie éternelle promise à nos mérites. « Dieu n'est pas injuste, dit saint Paul, pour qu'il oublie vos bonnes œuvres » {'2). Et l'Apôtre appelle la couronne du ciel, la couronne de justice que le juste juge lui rendra (3). En effet, une promesse faite sous la condition de telles œuvres qui ont avec la récompense une proportion d'égalité ou de valeur, impose une obligation de justice (4).

11 est souverainement important que nous connais sions exactement les conditions ou les caractères que doivent avoir nos actions pour acquérir de tels mérites.

Le mérite de justice exige certaines conditions qui concernent celui qui accomplit ces actes et ces actes euxmêmes (.'il.

Celui qui accomplit ces actes doit être dans la vie présenïe qui est le temps de l'épreuve et du mérite. Dès le moment de notre mort, notre sort sera fixé pour l'éternité selon ces paroles de Notre Seigneur Jésus -Christ : « La nuit vient pendant laquelle personne ne peut travailler » ((il. Les bienheureux dans le ciel ne peuvent

l Eiautem qui operatur merces non tmputatur secundum gratiam sed secundum debitum [Rom., IV, i .

(2) Hebr., VI, 10.

(3) I Tim., IV, 8.

', V. Concile de Trente. Sess., VI, cap. 16. — Sylvlus in la 2», q. ni. art. 3, % è>. — Ripalda, de lùitr supernaturali, disp. i:t, n" 18.

:; Noms venons de démontrer qne, de la part de Dieu, il faut une promesse -ajoutant à la valeur surnaturelle de nos actes.

(G) Joann., IX, i.

LE PROGRÈS DE LA Vit: CHRÉTIENNE 213

mériter ni pour eux, ni pour d'autres. Us prient pour nous et, eu sollicitant leur intercession, nous invoquons les mérites qu'ils ont acquis pendant leur vie mortelle, atin qu'eu considération de ces mérites. Dieu nous accorde les dons de sa grâcjs et de sa miséricorde. Les âmes détenues en purgatoire ne peuvent, elles aussi, acquérir aucun mérite.

Celui qui accomplit ces actes doit rire en état de grâce, n'être pas coupable de péché mortel ; c'est la conséquence évidente de ce que nous avons dit de la eau-»' el du principe de nos mérites. Le péché mortel est la révolte contre Dieu ; il est directement et absolument opposé à la vertu de charité, à la vie de la grâce; il nous fait perdre, avec la grâce sanctifiante et la charité, cette dignité d'amis et de fils adoptifs de Dieu qui donne à nos actes leur valeur surnaturelle. Les actes du pécheur sonl donc trappes de stérilité et de mort.

Pour qu'un acte soit méritoire, il faul qu'il soit honnête et bon dans son ensemble, c'est-à-dire au point de vue de son objet, de sa fin, de ses circonstances. Il est évident (pie Dieu ne peut récompenser un acte indifférent ou mauvais. Si une circonstance mauvaise, une intention inspirée par l'orgueil atteint un acte qui est lion en lui-même, par exemple un acte de charité à l'égard d'un pauvre, et que cette intention soit la cause déterminante >\*- ici acte, le vrai motif pour lequel il est accompli, elle l'atteint tout entier et il ne peut être méritoire. Mais, si cette intention n'est pas la cause déter minante de cet acte, -i elle est. pour ainsi dire, conco mitante, elle est coupable en elle-même, (die diminue le mérite que l'aumône aurait obtenu si !«■- intentions avaient été complètement pures et surnaturelles, mais

elle ne le supprime pas complètement. Il y a ici comme un second acte ; il se joint au premier, qui subsiste, qui

est lion en lui même et dans l'intention qui l'a déterminé. S'il en était autrement, presque aucun des actes. même des plus pieux chrétiens, ne mériterait unerécom pense. Une doctrine opposée à cette consolante doctrine ne parait conforme ni à la bonté, ni même à la justice de Dieu, qui doit découvrir dans tous nos actes ce qu'il y a de bon et ce qu'il y a de mauvais et pendre au bien et au mal ce qui leur appartient (1).

Un acte [tour être méritoire doit être surnaturel, car la grâce lui est nécessaire pour qu'il soit capable d'atteindre la tin surnaturelle et être utile à notre salut. Il doit être surnaturel dans son principe, c'est-à-dire accompli sous l'influence de la grâce actuelle, (l'est ce qu'a défini le Concile de Trente (2), c'est ce qu'enseignent les Saintes Ecritures et la tradition catholique. « Dieu, affirme saint Paul, l'ait en nous le vouloir et l'accomplissement de ce vouloir » (3). <( Et nous ne sommes pas capables de tonner nous mêmes aucune pensée comme de nous mêmes, mais c'est Dieu qui nous en rend capables » (4). Les vertus chrétiennes nous donnent, comme les habitudes naturelles, la facilité et le pouvoir d'agir, mais il faut un principe actif, comme une excitation qui mette cr pouvoir en action et l'applique à tel objet, el celle excitation doit être surnaturelle connue l'habitude ou la vertu elle-même.

(1) s. Thomas. </'- mala, q. Il, art. IV, ad 2™ ri in p 8*», q. I, art- IV- — Suarez, de gratiâ, lib. XII, cap. '»• — Vasquez : Viilonlin, etc. (2 Scss. VII, can. ± et 3.

:; Phllipp., II, 13.

'. Il Cor.. III. B.

L'acte méritoire doit être surnaturel dans son motif, c'est-à dire qu'il doit être accompli pour un motif pro posé parla foi. Si ce motif était proposé par la simple raison, l'acte ne sérail pas surnaturel, car le motif donne pour une grande part à l'acte son caractère et sa valeur. Nos actes ne peuvent être méritoires s'ils ne sont dirigés vers Dieu par l'intention qui nous détermine ;'i agir ; mais il n'est pas nécessaire que ces relations soient prochaines et immédiates. Il suffit que le motif éloigné soit surnaturel et qu'il ait une influence sur le motif prochain et immédiat et, lui donne ainsi une valeur surnaturelle. Ainsi la compassion naturelle peut être le motif immédiat pour lequel nous donnons l'aumône à un pauvre, mais le motif éloigné, le principe de cette compassion peut, être la charité surnaturelle, la volonté d'accomplir la loi de Dieu, et il en est réellement ainsi dans les chrétiens dont la vie est dirigée par la loi. Leurs actes sont surnaturels et méritoires bien qu'en les accomplissant ils ne pensent pas à Dieu cl qu'ils ne les lui aient point offerts avant de les accomplir (1).

I h II arrive rarement ou jamais, dit l'illustre théologien I'1' Lugo [de Fi<h\ disp. XII, sect, :?, n° 47), qu'un homme qui » accepté l,i fui chrétienne comme la règle très certaine de ses actions ne porte pas son attention sur elle toutes les fuis qu'il veut agir bien ou mal. Telle est, en effet, la nature de l'intelligence que, quand il s'agit d'examiner une vérité, elle recourt immédiatement a la règle la plus sûre pour éviter le péril de m1 tromper ; cl telle est aussi la nature de la volonté que, quand elle incline vers un objet, elle consulte les relies les plus sûres afin d'avoir la certitude de la bonté de cel objet. H est, par conséquent, très difficile que, quand une occasion de faire l'aumône ou une autre œuvre de charité se présente, il ne consulte pas aussitôt la règle de la loi qui est la première e| la plus pressante de la loi chrétienne pour juger de la honte de cet objet. Que si quelquefois et rarement il ne fait pas attention à cette règle, il ne méritera qu'une récompense naturelle.

Mais il est certain que la prière, les actes d'offrande, les

intentions surnaturelles souvent renouvelées, et surtout avec ferveur, augmentent, dans des proportions qu'il nous est impossible de préciser, mais qui sont certaine ment très grandes, les mérites de nos actions. De grands théologiens enseignent que tout acte accompli en état de grâce et sous l'influence de la foi, comme nous venons de le dire, subit l'influence de la charité surnaturelle. 11 est, en effet, accompli par le juste qui est l'ami de Dieu, il est ainsi un acte d'amitié à l'égard de Dieu et il tend à la fin suprême de la charité. De grands théologiens enseignent encore que tout acte honnête et bon, accompli dans l'état de justice et avec le secours de la grâce, est par là même dirigé vers la fin surnaturelle qui est Dieu et qu'il est méritoire (1).

li V. Suarez, de gratta, lib. XII, cap. -s, 1), 10. - Bellarmin, de gratiâ et libero arbitrio, lib. a, cap. 9. — Mazzella, de virtwtibus

iiifusis, disp. VI, art. 7. — Hurter, de gratiâ, tract. VIII, n" 260. — Lehmkûhl, théolog. moral., I" vol., 258, — Ces théologiens invoquent l'autorité de S. Thomas, en particulier : de Ventait-, q. XXII, art. 1, et de Chai tinte, q. unie, ad 2m et 3™.

Il est à remarquer que le Concile de Trente (sess.VI, c G) requiert pour le mérite l'influence de la grâce actuelle, mais ne parle pas de l'influence de la charité actuelle ; bien plus, il insinue le contraire en n'excluant du mérite aucun acte bon, honnête, fait en état de grâce. — « Je dis, conclut Suarez (de gratin, loc. cit., cap. 9, n° 4), que les actes des vertus infuses faits par un homme en état de justice méritent rigoureusement la béatitude surnaturelle par l'efficacité de leur bonté, par leur poids connaturel et leur relation avec cette lin, sans autre relation extrinsèque qui leur viendrait d'un acte passé ou pré.ent de' la charité. » Et In" (>} : « Toute autre relation est exigée sans motif, car on ne peu! en démontrer la nécessité ni d'après une disposition spéciale de Dieu, ni d'après la nature de l'acte dont il s'agit. »

» il n'est pas nécessaire,dit Bellarmin (loc.cit.), de tout rapporter à Dieu explicitement, mais il suffi! que l'acte soit dirigé vers une

Cependant «les actes honnêtes et lions au point de vue simplement naturel et qui n'ont pas de mérite pour le eiel ne sont pas absolument sans utilité. Le chrétien, en effet, par ces actes évite le péché et les peines qui lui -ont dues, et il se dispose à accomplir plus facilement le- mêmes actes pour des motifs surnaturels. Celui qui réprime les mouvements de la colère pour des motifs naturels et humains pourra plus facilement pratiquer la vertu de douceur [mur des motifs surnaturels. Mais il ne doit pas oublier de s'inspirer de ces derniers motifs, et de diriger ses actes et sa vie vers les récompenses éternelles (1).

Nous croyons devoir, pour éclairer les âmes sur ces grandes et difficiles questions, exposer, autant que cela nous est possible, dans les termes les plus précis et les plus clairs, l'objet du mérite, en d'autres termes, les

bonne lin prochaine : car ainsi il esl pur lui-même dirigé vers

Dieu comme vers sa lin dernière \u>>i. à moins qu'on n'y ajoute

la circonstance d'une tin mauvaise, toui acte bon tend par luimême vers Dieu, lors môme que son auteur n'en aurait pas la pensée et l'intention. »

Cette obligation de diriger les actes vers Dieu par la charité est accomplie quand le précepte de la charité est accompli. (Perrone, de virtutibus in/wsïs, il? charitate, c. V, a. l.i

« Donc, dit Hurler, la question de savoir -i un acte es! méritoire </'■ condigno ou de congruo se réduit a cette question : est-il bon surnaturellement ? »

! lungmann, de gratiâ, p. HI, de merito, rv 370. Quelques théologiens, comme le remarque lungmann, pensent que de tels actes honnêtes et bons au point de vue naturel et qui ne peuvent obtenir la béatitude essentielle peuvent cependant augmenter la béatitude accidentelle des élus. Les élus dans le ciel, disent-ils, se réjouissent de toutes [<•< bonnes action-;, même de Celles qui ne sont bonnes qu'au point de vue naturel et surtout de celles qu'ils ont eux-mêmes accomplies, el celte joie augmente leur béatitude

accidentelle.

iloii^ el les biens surnaturels que nous pouvons obtenir par le mérite de nos bonnes œuvres.

Nous ne pouvons mériter d'aucune faron la première grâce actuelle, elle est absolument gratuite, car tout acte méritoire suppose et exige déjà la grâce. Le juste el le pécheur ne peuvent pas mériter infailliblement, même d'un mérite de convenance, les grâces actuelles, surtout les grâces efficaces, car nos bonnes œuvres n'exigent pas ces grâces comme récompense et Dieu ne nous les a pas promises dans de telles conditions. « Dieu a coutume, dit un grand théologien, de n'accorder l'accroissement des vertus qu'à ceux qui s'y disposent el qui s'en rendent dignes, de telle sorte que celui qui se rend plus digne par l'efficacité de la première grâce recevra de Dieu des grâces plus abondantes » (1).

Ajoutons que Dieu donne toujours au pécheur les grâces suffisantes pour sa conversion et que le juste mérite en justice par ses bonnes œuvres l'augmentation «le ia grâce sanctifiante et que par conséquent il acquiert par la justification un certain droit aux grâces actuelles nécessaires pour accomplir les bonnes œuvres desquelles dépend cette augmentation de la grâce sanctifiante.

Mais nous pouvons, par la prière, obtenir infailliblement ces grâces plus abondantes el efficaces. La prière a un pouvoir de supplication qui est distinct du mérite qui lui appartient en tant qu'elle est simplement l'accomplissement d'un précepte de Dieu, en d'autres termes une bonne œuvre. La puissance spéciale de la prière est fondée sur la bonté et la miséricorde de Dieu cl

(1) Lessius, lettre citée par Schouppe, de merito, art. J. — Iungmann, de merito, a° 316.

LE PROGRÈS DE LA VIE CHRÉTIENNE ^l!t

la promesse de Notre Seigneur Jésus-Christ. Les théologiens lui attribuent un effet infaillible si elle est faite avec constance dans les conditions requises.

Le pécheur ne peul pas mériter en justice la grâce sanctifiante parce que. comme nous l'avons démontré, l'état degrâce est nécessaire pour ce mérite; mais il peut, par des actes surnaturels, mériter d'un mérite dé convenance sa conversion et sa justification (1). Quand le pécheur fait un aide de contrition parfaite, il obtient sa justification par un mérite de convenance, mais infailliblement par Pefficacitéde la promesse de l>ieu.

Nous avons démontré que le chrétien en état de ■j.i-.'wv peut mériter en justice l'augmentation de la grâce sanctifiante, et, par conséquent, la gloire éternelle et l'augmentation de cette gloire qui correspond au degré de la grâce sanctifiante, el aux mérites de nos bonnesœuvres. Le juste ne peut mériter que par convenance el non point infailliblement la persévérance finale. Cependant, d'après de grands théologiens, ce don de la persévérance finale qui est absolument entre les mains souve raines de Dieu, peut être obtenu infailliblement par la constance de nos prières : « Nous pouvons mériter ce don par nos supplications, dit saint Augustin » (2). Mais

li Après le texte que nous avons cité plus haut sur le molif surnaturel de nos actes, l>>- Lugo de Fide, disp. XII, sect. ."», m 'iT ajoute que l'influence de la foi sur les actes du chrétien qui est en étal de grâce existe aussi sur les actes du pécheur qui a la foi. « De là aussi, il faut dire que quand il f.iil des actes bons > i non nétes, il fait toujours, ou presque toujours des actes surnaturels, el c est ainsi que le pécheur par l'aumône, la prière et d'autres œu\ res, se dispose à la conversion el mérite d'un mérite de convenance l'espril de componction.

i ])>■ dono perseverantiœ, cap. VI.

îld CHAPITRE IV

pour atteindre ce but nos prières doivent être persévérantes, souvent renouvelées, surtout dans toutes les occasions de pratiquer les préceptes de Dieu et d'éviter le péché (li.

Nous ne pouvons rien mériter pour les autres d'un mérite de justice, car il n'y a, à ce sujet, aucune pro messe de Dieu ; mais nous pouvons mériter pour les autres, d'un mérite de convenance, tout ce que nous pouvons mériter pour nous-mêmes et même quelque chose de plus, par exemple, la grâce de la conversion. Sainte Monique obtint la conversion de son fils, et saint Etienne la conversion de saint Paul. La raison de ce mérite est exposée en ces termes par saint Thomas : « L'homme constitué dans l'état de grâce accomplit la volonté de Dieu ; il est convenable et selon les règles de l'amitié que Dieu accomplisse la volonté de ce juste pour le salut d'un autre, quoiqu'il puisse y avoir obstacle de la part de celui pour lequel la conversion est demandée » (2).

DE QUELQUES CONDITIONS l>i:s MERITES DE NOS ACTIONS.

Nous croyons devoir exposer encore la vraie doctrine catholique sur certaines conditions dans lesquelles Dieu non-, accorde l'augmentation de lagrâceel des vertus

(1) V. Suarez, ilr gratiêL, Mb. XII, cap. 38; saint Alphonse de Liguori, dans -on opuscule : du grand moyen de In prière, s, III : Mazzella, de [initia, disp, II, art. i. n" 337 et scij. 2 !" ■>'■ . (j. CXIV, art. »',. — Stnuvz, lil>. XII, cap. :'>.

LK PROGRÈS l»i; LA VIE CHRÉTIENNE 11Y

chrétiennes, et <\v> droits aux degrés supérieurs de la félicité et de la gloire du ciel.

L'augmentation de la grâce et l'acquisition de ce droit aux récompenses éternelles son l accordées aussitôt que

nos actes méritoires ont été accomplis. 11 est certain que les sacrements produisent leurs effets aussitôt qu'ils sont reçus avec les dispositions requises, et il n'y a aucune raison de penser qu'il en soit autrement de nos bonnes œuvres. La révélation n'impose aucune condition qui puisse retarder celle augmentation de la grâce el de la gloire. Enfin pourquoi Dieu qui est infiniment juste retarderait-il l'accomplissemenl de sa promesse ? car il appartient à la justice parfaite de payer sa dette le plus tôt possible .

Celle augmentation de la grâce el de la gloire est accordée non seulement aux œuvres importantes el à celles qui sont accomplies avec l'intensité ou l'ardeur de la volonté, mais aux actions dont l'intensité est la plus faible, pourvu qu'elles aient les conditions que nous avons exposées, à l'accomplissement des devoirs les plus humbles, aux actes les plus simples, les plus vulgaires, les plus obscurs, l'n verre d'eau donné au nom de Jésus-Christ ne perdra pas sa récompense. Les moindres travaux d'un humble ouvrier, les moindres souffrances d'un pauvre résigné, un bon désir, une pensée fugitive sont des actes méritoires. Ils augmentent, par conséquent, la vie chrétienne en nous, la grâce et les vertus ; ils ajoutent à nos visions, à notre félicité, à notre gloire [tour l'éternité'. Kl à quel nombre peuvent s'élever, dans une seule journée, dans une année, dans une vie tout entière, ces actes d'une si admirable puissance !

lo

La bonté de Dieu va plus loin encore. Le mérite réside essentiellement dans l'acte intérieur, dans les intentions, dans l'acte de la volonté ; le mérite des actes extérieurs dépend donc essentiellement de ce premier mérite. De grands théologiens enseignent même que l'acte extérieur n'ajoute rien par lui-même au mérite de l'acte de la volonté (l). Ils apportent en preuve cette affirmation du divin Maître : celui qui désire commettre une action mauvaise l'a déjà commise dans son cœur (2), et cette autre affirmation au sujet de la veuve qui avait oiïert une obole : « Cette pauvre veuve a donné plus que les autres )) 3). Selon les Pérès de l'Eglise et saint Thomas d'Aquin (4), la raison de la valeur de cette humble offrande est le plus grand (dan de charité qui l'a inspirée.

Ces théologiens supposent qu'il y a égalité dans les actes de la volonté, soit que l'acte reste intérieur, soit qu'il soit réalisé extérieurement ; car si l'acte extérieur développe l'intensité de l'acte de la volonté, le multiplie ou le prolonge, il y a un mérite supérieur, mais qui appartient toujours à l'acte de la volonté. De même, si l'acte extérieur, à cause de> difficultés qu'il doit surmonter, exige un etïort spécial de la volonté, c'est à cet effort qu'est dû le degré supérieur du mérite. Si enfin

I Suarez : de gratiâ, lin. XII, c. 6. — De Lugo : de i' di-i. ±\. sect. 6. — Ripalcla (de Ente supernaturali, disp. 08 et appoml. adHisp. 74) parait soutenir une opinion opposée. Mais non- croyons que par les distinctions que mm- allons établir cette opinion se rapproche beaucoup de la première.

i Matth , V. ^s

:; Marc, XII, ',:i : Lue.. XXI, 3.

: 2 . q. 32, art. '. .

l'acte extérieur contribue à la gloire de Dieu et à l'édification du prochain, il a encore à ce point de vue un mérite spécial, mais qui dépend toujours de l'acte de la volonté ou des in lent ions.

D'où il faut conclure que les désirs d'accomplir de bonnes œuvres reçoivent encore leur récompense quand leur réalisation ne dépend pas de nous. Si menu1 nous renoncions, faute de courage et de générosité, à accom plir ces œuvres, le mérite de nos premiers bons désirs ne serait pas détruil par ces défaillances quoiqu'en elles-mêmes elles pussent élre coupables.

De telles considérations sont bien capables de relever nos courages, de multiplier en nous les bons désirs, les résolutions généreuses, de nous consoler quand nous ne pouvons réaliser toutes nos bonnes intentions, quand les œuvres que nous avons entreprises ne répondent pas à huiles nos espérances, car « l'homme voit ce qui parait, mais Dieu considère le cœur » ( 1 ).

Il n'est pas nécessaire, pour que nos actes soient méritoires, qu'ils soieid librement choisis par nous, en d'autres termes, qu'ils ne nous soient pas imposés par un précepte. L'accomplissement de tous les préceptes csi méritoire el sera récompensé. Bien plus, il esl cer tain que, toutes choses égales d'ailleurs, l'acte imposé par un précepte a le mérite spécial de l'obéissanee, de mêmeque l'acte l'ail pour accomplir un vœu a le mérite spécial de la vertu de religion qui s'ajoute par exemple, au mérite essentiel de l'acte de charité, qui a été l'objet de ce vœu. Nous avons dit : toutes choses égales d'ailleurs; car il peut y avoir dans les actes spontané

l) I Reg., XVI, 7.

ment el librement accomplis une plus grande force, une plus grande ardeur de la volonté, une plus grande générosité qui augmentent les mérites.

Pour être méritoire, il n'est pas nécessaire que l'acte soit difficile. La difficulté ou l'eflort à réaliser n'est pas, en effet, une condition de la bonté de l'acte et de sa conformité à la volonté de Dieu, mais la difficulté ou la facilité, qui viennent de l'acte lui-même, peuvent accroître ou diminuer nos mérites. Ainsi, donner dix mille francs est plus méritoire que donner cent francs et le don de cent francs fait par celui qui n'a qu'une fortune modeste est plus méritoire que le même don fait par celui qui est très riche.

Si la difficulté ou la facilité viennent des dispositions personnelles, elles peuvent aussi augmenter ou diminuer les mérites. Celui qui fait des efforts généreux pour accomplir un devoir, un acte de charité qui lui coûte beaucoup a plus de mérite en raison de ces efforts; de même celui qui accepte de douloureux sacrifices avec ardeur et avec joie a plus de mérite, parce qu'il y a. dans l'un et dans l'autre de ces cas. une plus grande perfection de la volonté fl).

Nous devons donc, tout d'abord, accomplir avec une exactitude parfaite les préceptes de Dieu, l'ensemble des devoirs qu'il a imposés à chacun de nous. Les bonnes œuvres qui ne sont pas prescrites ne doivent venir qu'au second rang el ne pas nuire à l'accomplissement ûdèle et complet de nos devoirs de chrétiens et des devoirs que nous imposent l'état et la situation où la Providence

1 S. Thomas : de Veritdte, q. XIV, art. 10; de Malo, q. III,

ait. II.

nous a placés. Les difficultés qui se rencontrent dans l'accomplissement de ces devoirs et des bonnes oeuvres que nous avons libremenl choisies, que ces difficultés viennent des hommes, des circonstances ou qu'elles se trouvent dans nos caractères^ nos aptitudes, nos défauts, dans l'infirmité de notre nature, ajoutent à nos mérites, si nous les surmontons avec courage. Enfin, plus nous mettons d'ardeur, de générosité, de persévérance dans

l'ace plissement fie nos devoirs et de nos bonnes

œuvres, plus nos mérites sont grands et puissants devant Dieu.

L'augmentation de la grâce et des vertus ajoute, nous l'avons dit, à l'efficacité d^<~ sacrements et aux mérites de nos bonnes œuvres. Dans la munificence de sa bonté, Dieu augmente nos mérites pour le ciel en proportion de l'augmentation de la grâce et des vertus, si elles sont, dans la même proportion, la source de dispositions plus parfaites. D'autre part, ces mérites plus grands ajoutent encore au trésor de la vie divine en nous et de nouveau le progrès de cette vie divine peut donner à nos mérites plus d'éclat et plus de valeur. Ainsi dans le chrétien fidèle grandissent chaque jour les richesses, la puissance de la vie surnaturelle et t\f> vertus chrétiennes et les droits à une part plus grande de la félicité et de la gloire du ciel.

Ajoutons encore que nos bonnes œuvres sont récompensées par la bonté et la libéralité- de Dieu au-delà de leurs mérites, (l'est, en effet, à la promesse (pie Dieu a bien voulu nous faire que nos bonnes œuvres doivent le mérite de justice ; mais de plus, entre les récompenses ou le salaire que les théologiens appellent le plus élevé, moyen ou intime, et qui peuvent être accordés dans les

limites de la justice, la libéralité de Dieu nous accorde Je salaire ou la récompense la plus élevée, selon cette parole du divin Maître : « On vous donnera dans votre sein une bonne mesure, pressée, entassée, et qui débordera » (1).

Ce n'est pas tout encore : quand nous avons le malheur de tomber dans le péché mortel, nos mérites ne sont pas anéantis, mais couverts, ensevelis pour ainsi dire dans notre faute et rendus inutiles. Mais quand le péché mortel est effacé par la pénitence, quand la grâoe sanctifiante avec le cortège glorieux des vertus chrétiennes, rentre dans nos Aines purifiées, nos mérites revivent, et nous pouvons de nouveau les invoquer avec confiance. Ils sont inscrits au livre de vie. C'est l'enseignement unanime des Pères de l'Eglise et des Docteurs dans le commentaire de ces paroles de saint Paul : " Dieu n'est pas injuste pour oublier vos bonnes œuvres et la charité que vous avez manifestée en son nom. vous qui avez servi et qui servez les Saints » (2).

Dieu en effaçant nos fautes détruit en même temps toute notre dette à l'égard de la peine éternelle qu'elles ont méritée, mais la privation absolue et irrévocable de la gloire due à nos mérites serait une peine éternelle. Il faut donc admettre que ces mérites sont rendus, avec la gloire qui leur appartient, à l'âme qui revient à la vie de la grâce.

Ine opinion très autorisée enseigne que ces mérites revivenl dans leur plénitude et leur première valeur (3).

(1/ Luc. VI, 3& i Bebr., VI, 10.

(3) Ripalda, disp. 91. — Becatrus, Summ. theol., part. III, cap. 33 el 34.

DE LA PERTE F.T DE LA DIMINUTION DE LA GRACE SANCTIFIANTE HT DES VERTUS CHRÉTIENNES.

La grâce sanctifiante et les vertus chrétiennes qui constituent la vie divine en nous peuvent être perdues par tout péché morte] et uon pas seulement par l'infidélité ou par le péché opposé à la foi. comme l'enseignent les protestants ( 1).

Nous sommes les rameaux du cep qui esl Notre Seigneur Jésus-Christ et « si le rameau ne porte pas de fruits, a ilil le Sauveur lui-même, il sera jeté au l'eu et il brûlera i) (2).

Tout péché mortel esl directement opposé à l'amitié de Dieu ; il détourne l'homme de Dieu et le retourne vers les créatures. Le pécheur ne peut être ni l'ami ni le lil- adoptif de Dieu qu'il outrage. Quand la grâce sanctifiante et la charité rentrent dan- l'âme du pécheur par, la justification, le péché en est banni, comme leténèbres disparaissent devant les rayons du soleil.

Les vertus surnaturelles, théologales et morales, intimement unies à la grâce sanctifiante comme les propriétés et les facultés de la nature divine qui nous est communiquée, doivent disparaître avec cette grâce sanctifiante et -ont par conséquent perdues par le péché mortel. 11 devrait en être de la foi et de l'espérance

(1) Gonc. île Tr., Sess. VI, cap. 1.1, can. 23, ±~. — Ezechiel, XVIII, 24. [2 Joann., XV, 6.

comme de toutes les autres vertus puisqu'elles sont unies comme elles à la grâce sanctifiante et accordées dans les mêmes conditions. Cependant, d'après la doc triue de l'Eglise définie par le Concile de- Trente et d'après les textes des Saintes Ecritures et l'enseigne ment des Pères de l'Eglise et des Docteurs, la foi subsiste dans l'âme du pécheur bien que les autres vertus surnaturelles soient perdues en même temps que la i^iùi-v sanctifiante. Il en est de même de l'espérance d'après l'opinion commune des théologiens (1). La foi n'est détruite que par l'hérésie ou l'apostasie directement opposées à cette vertu, l'espérance par la perte de la foi qui en est le fondement et le principe et par le péché de désespoir (2).

La raison de cette exception en faveur de la foi et de l'espérance est dans la miséricorde de Dieu qui a voulu laisser au pécheur ces habitudes surnaturelles comme la racine ou le principe de sa justification. La foi rappelle au pécheur les grandes vérités chrétiennes, la bonté et la justice de Dieu ; l'espérance lui propose les récompenses éternelles et lui inspire la confiance de les obtenir. Ainsi Dieu ouvre non seulement devant les pas de l'enfant prodigue le chemin qui doit le ramener à la maison paternelle, mais il le sollicite, il le guide, il le soutient, il lui inspire les sentiments qui doivent le conduire aux joies du pardon, à l'innocence reconquise.

I Concil. "Prid., Sess. VJ, can. 28. — I Cor., XIII, 2. — Jacob.. Il, 11. — V. Suarez, de gratiâ, ïib. II. c. 6. — Bellarmin, de jnslificatione, lib. I, cap. la.

(2) Il o'est pas cependant certain que l'espérance soit perdue par e péché de présomption. Sylvlus, 2a 2a% q. 21, art. 1. — Suarez, loc. cit.

Le péché véniel ne diminue pas dans nos âmes, du moins directement; la grâce sanctifiante et les vertus chrétiennes. Si les péchés véniels diminuaient la grâce

sanctifiante, ils arriveraient, en se multipliant, à la détruire ; or, selon l'opinion certaine et commune des théologiens, le péché mortel seul peut détruire la grâce sanctifiante. Si les péchés véniels produisaient un tel effet, ce serait parce qu'ils constitueraient dans l'àme un état qui répugnerait à un degré plus élevé de la grâce, ou parce qu'ils mériteraient que Dieu les punit i h diminuant la grâce sanctifiante. Mais ni l'une ni l'autre de ces deux hypothèses ne peuvent être admises. Par la grâce sanctifiante l'homme est tourné habituellement vers Dieu, sa fin dernière, et l'acte qui le détourne de cette fin dernière répugne seul à cette conversion. Mais, par le péché véniel, l'homme n'est pas détourné de sa fin, parce qu'il u'agil pas contre cette fin, mais en dehors, et il continue à aimer Dieu au-dessus de toutes choses.

D'autre part, la peine de la privation de la grâce sanctifiante ne sérail pas proportionnée au péché véniel, car quand l'homme ne se détourne pas de Dieu. Dieu ne se détourne pas de lui. et en le privant d'une partie de la grâce. Dieu se détournerait de l'homme au moins en partie.

Entin. cette diminution de la grâce ferait perdre à l'homme un degré' proportionnel de la grâce céleste ; mais il a déjà acquis ce degré de gloire par des mérites que Dieu a acceptés, et la perte de ce degré de gloire qui serait éternelle n'est pas proportionnée à la malice du péché véniel auquel les peines temporelles sonl proportionnées.

l'M) CHAPITRE IV

Cette doctrine est communément enseignée par les théologiens (1).

Les théologiens enseignent cependant que les péchés véniels diminuent indirectement la grâce sanctifiante, Ils diminuent l'ardeur dans l'accomplissemenl des lionnes œuvres, les passions acquièrent plus de puissance, les difficultés de faire le bien grandissent, par conséquent la résistance aux tentations est moins énergique, les grâces actuelles que Dieu accorde pour éviter les péchés mortels diminuent aussi, et, par les péchés véniels, l'homme se dispose à tomber dans le péché mortel (2).

Deux conclusions principales et de la plus haute importance s'imposent à nous. D'abord nous devons prendre la résolution énergique, généreuse, de réaliser en nous le progrès de la vie chrétienne qui est un de nos grands devoirs et la garantie la plus puissante de notre salut. Puis la reconnaissance envers la bouté divine doit enflammer nos cœurs, élever et transformer notre vie.

Celte bonté éclate au terme de toutes les démonstrations que nous venons d'établir. Elle est la source première de toutes ces richesses divines dont nous avons essayé de dire le prix, la puissance et la fécondité. C'est d'elle, en effet, que nous viennent les tendances elles aspirations élevées de notre nature, qui prépaient nos finies à l'action de la grâce et à notre destinée surnaturelle, la communication de la vie divine et des vertus chrétiennes-, l'efficacité des sacrements, les mérites si

1 1 S. Thomas, Suarez, Ripalda, Mazella, Iungmanja, etc.

1 V . Mazella, rie Virtuiïbus in fus., rlisp. J, art. 10, 11, 12. — Hurter, île gratiâ, de justificatiorte, n" 2.">!>, etc. Dans ce sens on peut dire que les péchés véniels affaiblissent la jjrace sanctifiante.

puissants île toutes nos bonnes œuvres qui répondent à nos dispositions et à notre coopération et multiplient sans cesse les trésors de la vie surnaturelle et nos droits aux degrés toujours plus élevés de la félicité et de la gloire du ciel. Et, ue l'oublions pas, tous les actes d'une vie vraiment chrétienne, faits dans de bonnes intentions, ont cette efficacité et produisent ces fruits de sanctification et de salut.

Pour effacer les péchés véniels et pour satisfaire à la peine temporelle due à nos péchés déjà pardonnes, nous avons des ressources puissantes et mises toujours à notre disposition. Quand les péehés mortels sont effarés par une sincère pénitence, les mérites acquis dans l'état de grâce qui lésa précédés revivent avec toute leur valeur et sont de nouveau inscrits au livre de vie.

La reconnaissance nousconduit à la perfection de la charité et « la charité parfaite bannit ta crainte » (1) : elle fait régner dans nos âmes l'espérance et la confiance -ans bornes dans la bonté de Dieu.

Les lumières de l'éternité révéleront sans doute decrimes cachés. de> iniquités ensevelies au fond des consciences el dont les pécheurs eux-mêmes avaient oublié la gravité el le nombre. Mais ces lumières révéleront aussi dr> mérites ignorés de ceux qui les ont obtenus, des trésors surnaturels que notre bonne volonté et la miséricorde divine ont multipliés dans les conditions les plus humbles, i]e> sacrifices héroïques qui ont ému le Gœur de Dieu, les merveilles de la çrâce et de la sainteté. Dans l'éclat de ces révélation-, les ailles et les élus s'écrieront : a Dieu est admirable dans

(li I .lo;inn., 1\ . Iv

l'M CHAPITRE IV

ses saints : Mirabilis liens in sanctis suis » (1). Les âmes fidèles, comblées de toutes ces richesses dont elles ne soupçonnaient pas toute l'étendue et toute la splendeur, rediront éternellement ces paroles du Psalmiste : « La miséricorde divine triomphe dans les cieux : Mai/ni ficata est usque ddcœlos miserîcordia tua » (2). C'est elle qui a élevé l'édifice splendide, immortel de la Jérusalem céleste : /// mtern i immiser ko ni ia œdi/icabilur incœUs. » (3). « Nous chanterons éternellement les miséricordes du Seigneur : MisericordiasDominîin mternum cantabo » (4).

{{) Ps. LXVII, :w..

£) lbid., LVI, 11.

(3 lbid., LXXXVIH, 3.

I) Uiiil., 2.

La Perfection de la Vie chrétienne.

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