‹ La vie chrétienneChapitre 24 sur 57 · V. n 7<> et · texte numérisé non relu

V. n 7<> et

(2) Cette distinction, mire les deux aspects de la perfection, est trop néirlifjée : elle répond à bien des difficultés, elle dissipe la confusion <|tii conduirait à affirmer, contre la doctrine commune des grands thcolopiens. l'identité de la charité etde la grâce sanctifiante.

CriAI'lTIlF. V

Considérée dans son principe premier, la perfection de la vie chrétienne esl la grâce sanctifiante. Dans son essence, elle est le degré supérieur de la grâce sanctifiante, des vertus et des dons qui constituent la vie chrétienne et l'union de l'âme avec Dieu.

La perfection, considérée comme une disposition active et permanente de l'homme à réaliser l'union avec Dieu, est la charité.

La charité esl le principe de toute perfection morale, parce qu'elle est le principe de l'accomplissement fidèle de tous les préceptes divins, parce qu'elle entraîne l'âme aux actes de toutes les autres vertus et réalise l'union parfaite avec Dieu. Elle conduit à la communication de la nature divine, au progrés de la vie chrétienne. Elle est donc ainsi la justice, la sainteté et la perfection (1).

Écoutons l'enseignement de nos Livres saints: «Avant tout, dit saint Paul, ayez la charité qui est le lien de la perfection >) (2). « Elle est, dit-il encore, la plénitude de

(1) V. Ripalda, De Ente supernaturali, Disp. 99. Sect. VI, n" 48 : (( Participatio divinitatis quœ in gratta hàbituali fundat mm siiniiifiain<lt est continentia virtualis omnis bonitatis et sanctitatis mon/lis. M hœc continentia virtualis munis bonitatis moralis etiam convenu dilectioni Dei. Ergo etiam convenu partici^ patio divinitatis ». Et, après avoir démontré la mineure de cet argument par les effets que les saintes Écritures et les saints Pères attribuentà la charité, il concful : « lgitur convenu actui charitatis ratio continentice virtualis omnis bonitatis moralis quœ fundat in gratiâ habituait participationem Deitalis ». Et, sect. .s, n" (i2: « Vtraque (la^grâce habituelle el la charité, ou l'acte de charité) est i>rtm<t radia: universalis continens eminenter omnem sanctitatem vitce. Gratta habitualis radix phyaica; net us charitatis

m ont lis. »

(2) Super omnia autem hœccharitatem habete quod est vinculum perfectionis (Col. III, 14).

la loi » (1). « La charité est l'accomplissement de tous li'- préceptes, la fin et le complément de tous les commandements (2), le premier et le plus grand de tous les commandements » (3). « La charité, dit saint Augustin, est la très vraie, très pleine et très parfaite justice. Le commencement de la charité est le commencement de la justice, le progrès de la charité ast le progrès de la justice, une parfaite charité est la justice parfaite » (4).

« Toute la somme des vertus et la plénitude de toute justice, enseigne le Pape saint Léon, naît de cet amour par lequel nous aimons Dieu » (5). « Le premier mouvement de l'âme vers les choses divines, dit saint Denys, est l'amour o (6).

Les effets de la charité constituent notre perfection. Elle purifie nos âmes, efface le péché, « car elle couvre la multitude de nos péchés » (7). Dieu déclare « qu'i] aime ceux qui l'aiment » 8) ; or l'amitié de Dieu ne peut pas admettre le péché qui est la violation de sa loi, la révolte contre son autorité et l'outrage à sa majesté infinie. « Beaucoup de péchés lui sont pardonnes, disait le Sauveur de la pécheresse de la cité, parce qu'elle a beaucoup aimé » (9).

i Plenitudo efgo legisest dilectio Rom. XIH, 10).

■1 I Tim., I, ri.

Ci Matth., XXII, 38.

(ii De nalurâ et gratiâ, cap. 13.

(5) Serm. de sancto Laurentio.

m Cœl. Hierarch., cap. 1.

(7) I Petr., IV. s.

<si Prov., VII, 17.

'.i Luc, VII, 17. — Il faut remarquer ici que la grâce sanctifiante détruil le péché directement et immédiatement par son efficacité

L'adorable Maître nous a révélé encore un dv* eflets admirables de la charité : l'union avec Dieu. « Si quelqu'un m'aime et observe mes commandements, mon Prie l'aimera, et nous viendrons en lui et nous ferons en lui notre demeure » (1). « Celui qui adhère à Dieu, nous enseigne saint Paul, devient un seul espril avec lui » (2). La charité produit cette union si par faite.

Bien plus, la charité est Dieu lui-même : « Dieu est charité, et celui qui demeure dans la charité demeure en Dieu et Dieu en lui » (3).

La raison elle même nous affirme (pie la perfection d'un être est d'atteindre la lin pour laquelle il a été créé. Cet être accomplit ainsi sa mission et la volonté de son Créateur; il conduit ses facultés,. ses actes, sa vie tout entière à leur but, et, en donnant satisfaction à ses tendances et à ses aspirations, il trouve dans sa fin la béatitude avec la perfection ; rien ne lui manque, il est achevé, il est parfait. Notre but suprême est Dieu, notre tin est l'union à laquelle il nous a appelés. Cette union, nous venons de le démontrer, est réalisée par la charité ('(■).

propre, comme la lumière éclaire 1rs ténèbres, mais qu'il n'en est pas ainsi de la charité qui est une disposition de l'âme, laquelle étant réalisée, Dieu selon sa promesse détruit le péché.

i Si quis diligit me, sermoriem meum servabit, et Pater meus diliget eum, et ml eum veniemus, et mansionem apud eum faciennis (Joan., XIV. 23).

■±) Qui autém adhœret Domino, unus sjiiritiis est (I Cor., VI, 17).

(3) Uoann., IV, 16.

(4) S. Thomas, Siimm. Uieolog., 2» 2*, qua-st. CLXXXIV, art. 1 : Unumquodque dicitur esse perfectum in quantum attingit pro-

prium finem quœ est ultima ret perfectio ; charitas autem est

Aucune vertu ne réalise cette union aussi parfaitement que la charité qui est le sentiment le plus élevé, le plus puissant, le plus parfait de l'homme, et qui tend à Dieu tel qu'il est en lui même, dans sa perfection infinie. La foi atteint Dieu dans sa vérité qui nous éclaire à travers les ombres de cette vie d'épreuve ; l'espérance, dans sa honte envers nous et pour notre bien : la charité, une fois encore, aime Dieu dans sa souveraine el infinie perfection et pour lui-même.

La foi et l'espérance peuvent exister dans l'âme de l'homme avec le péché; la charité purifie cette âme quels que soient le nombre et la gravité de ses fautes, elle la ressuscite à la vie divine et l'unit à Dieu.

Ces deux premières vertus ne franchissent pas le seuil de la Jérusalem céleste ; la foi s'évanouit dans la splendeur de la vision, l'espérance n'a plus d'objet dans la possession assurée et éternelle du souverain bien ; mais a la charité ne meurt pas ; charitas nunquam e.rcidit o (1). Elle aura, dans le ciel, sa suprême puissance el son triomphe, elle ajoutera sa part de félicité à la félicité de la vision béatifique. Comment ne serait elle pas la perfection de la vie chrétienne dont la vie éter nelle ne sera que l'épanouissement et le couronne meut ?

On pourrait donc dire que la foi et l'espérance appartiennent en quelque sorte à l'imperfection du temps de l'épreuve et de la vie présente. Cependant elles sont liées à la première et à la plus grande des vertus

quwunit nos Deo qui est ultimus /im.< humance mentis... et ideo secundum charitatem specialiter attendttur perfectio christiantpvitee.

ht Cor., IV, 8.

par de tels liens qu'elles peuvent être considérées comme appartenant à l'intégrité de la perfection dire tienne (l).

La charité se sert des vertus morales pour écarter les obstacles qui arrêtent son essor dans la voie de la perfection, et quand elle est arrivée à la perfection, elle perfectionne ces vertus, et elle en multiplie les actes pour se maintenir et se développer elle-même (2).

La charité est, en elïet, la perfection des autres vertus, elle inspire et dirige leurs actes, elle donne à ces actes une valeur supérieure et les rend plus agréables à Dieu, parce qu'ils sont, par elle, les actes des amis de Dieu. Ses ardeurs et sa flamme donnent à toutes les vertus une impulsion puissante. En les transformant en actes de la plus haute et de la plus parfaite des vertus, elle leur communique son prix sans égal. Le martyre luimême, qui est un acte d'une très haute valeur et d'une lies grande puissance surnaturelle, s'il est supporté par un motif de foi et d'espérance, est supérieur encore et atteint sa suprême perfection et son prix le plus élevé s'il est l'œuvre de la charité parfaite (3).

il) Suarez, De xtatu relïgionis, lib. I. cap. 3, n° 23.

l Tbid., n" 17. -- La foi, il ost vrai, « opère par la charité : fides quœ per charitateirn operatur » (Galat., V, 6), mais, ainsi (pic le fait remarquer saint Thomas d'Aquin (2* 2.'', qmest. Il, art. 6, ail 2am), non connue par un instrument, ou un maître par son serviteur, mais par une perfection qui lui vient de la charité. La foi qui est louée dans les saintes Écritures, « la fui qui justifie « Rom., Y, h, par laquelle a vit le juste » (Rom., I, I"), et h qui triomphe du monde entier », est la foi perfectionnée parla charité el non pas la foi stérile et morte.

:i s. Thomas, Swnm., theol., 2-* 2«, quaest. XXIII, art. ï. -l'erroné, De rtrliilihiis. de chiintitte, cap. Il, prop. .">.

LA PERFECTION DK .LA VIE CHRETIENNE ï\ t

Ainsi, la charité dirige tout vers Dieu, elle donne toul à Dieu, elle unit à Dieu toutes nos vertus, tous nos actes cl toute notre vie. « C'est une des propriétés de l'amitié, dit saiul François de Sales, qu'elle rend agréable l'ami et toul ce qui est en lui de bon et d?honnête. L'amitié répand ses grâces el faveurs sur toutes les actions de celui que l'on aime pour peu qu'elles en soient susceptibles. Toutes les amvres vertueuses d'un cœur ami de Dieu sont dédiées à Dieu, car le cœur qui s'est donné soi-même, comment n'a t il pas donné tout ce qui dépend de lui même? Qui donne l'arbre sans réserve ne donne t il pas aussi les feuilles, les Heurs et les fruits? Le juste fleurira comme la palme ; il croîtra comme le cèdre du Liban. Plaides dans la maison du Seigneur, ils fleuriront en les parvis de la maison de notre Dieu. Parce que le juste est piaulé dans la maison de Dieu, continue le saint évêque de Genève, ses feuilles, ses Heurs el ses fruits sont dédiés au service de sa majesté » I .

Aussi saint Paul, après avoir déclaré qu'il va enseigner une voie de salut et de sanctification, la meilleure (If toutes, ei avoir exhorté les Corinthiens à l'ambition des dons 1rs iiIh* parfaits (2), exalte la valeur, la puissance el la nécessité de la charité. « Quand je parlerais toutes les langues des hommes ci le langage des Anges, si je n'ai point la charité, je ne suis qu'un airain sonnant et une cymbale retentissante » (3). El saint Paul attribue à

il) Traité de l'amour de Dieu, Liv. XI, chap. 1. cl) JEmulamvni autrui charismata meliora. lit adhuc excellentiorem viam vobis demonstro l Cor., XII, 31). 3) I Cor., XIII, 1.

la charité elle-même les actes des aulres vertus parce qu'elles sont soumises à son influence et que ces actes deviennent aussi des actes de charité. « La charité est patiente, douce, elle supporte tout, elle croit tout, elle espère tout, elle souffre tout » (l).

Mais n'oublions pas que l'intensité ou la ferveur de la charité n'appartient pas à son essence, que ce qui cous titue la charité parfaite est le motif pour lequel nous aimons Dieu, c'est-à-dire sa perfection en elle-même. La charité est parfaite quand nous aimons Dieu au-dessus de tout, parce qu'il est infiniment parfait en lui-même, infiniment digne d'être aimé. Cependant l'intensité ou la ferveur de la charité rend ses actes plus agréables à Dieu, leur donne une plus grande puissance, et en unis sanl plus complètement l'âme à Dieu la conduit à une plus haute perfection (2).

La charité à l'égard du prochain appartient aussi à la perfection de la vie chrétienne : elle est l'objet du « second commandement qui est semblable au premier » (3) ; elle a le même motif que la charité envers Dieu, car c'est pour Dieu que nous aimons le prochain, ou plutôt c'est Dieu, son image, sa ressemblance que nous aimons dans nos frères. Mais il est évident que

i 1 Cor., XIII, i.

cl Ce sont les etîets ordinaires de la ferveur. 11 pourrait se faire cependant qu'un chrétien fit des actes de charité plus ardents et ne consacrât pas sa volonté et ses efforts à dompter complètement ses passions cl a éviter les fautes légères, et que sa vie fût moins parfaite que celle du chrétien qui lutterait ainsi contre le mal et l'imperfection. — Suarez. J)e statu religionis, lib. t., cap. V, n 10 et seq.

(3 Malth ., XXII, 39.

LA PERFECTION DE LA VIE CHRÉTIENNE ^V.l

cettecharité n'appartient que secondairement à ta perfection (I i.

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