‹ La vie chrétienneChapitre 27 sur 57 · LES FUSSES NOTIONS DE LA PERFECTION · texte numérisé non relu

LES FUSSES NOTIONS DE LA PERFECTION

La perfection ne consiste pas à n'avoir pas de tentalions. Les tentations viennent de nous-mêmes, de notre nature, de nos passions ; elles viennent du démon et du monde. La tentation n'es! pas le péché, pas plus que le combat n'est la défaite. Il n'y a pas de péché et de défaite tant qu'il n'y a pas de consentement, quelles que soient l'impression et l'émotion que nous subissons.

(( Mon fils, dit le Sage, en vous consacrant au service de Dieu, tenez-vous ferme dans la justice et la crainte, et préparez votre âme à la tentation »(1). « Bienbeureux, dit l'apôtre saint Jacques, celui qui supporte la tentation, car, quand il aura été éprouvé, il recevra la couronne de gloire que Dieu prépare à ceux qu'il aime » (2).

La tentation nous éclaire sur notre faiblesse et notre misère, elle nous fait comprendre la nécessité de la prière et du secours de Dieu, elle nous fortifie et multiplie nos. mérites, elle fait éclater notre fidélité et notre amour.

enrichira d perfectionnera aus>i davantage toutes les œuvres de vertus qui en procéderont. Ou peut soulîrir la mort et le feu pour Dieu sans avoir la charité, ainsi que saint Paul le présuppose, et que j'' li- déclare ailleurs ; à plus forte raison, on la peut soulîrir avec uni- petite charité. Or, je dis qu'il se peut bien faire qu'une fort petite vertu ait plus de valeur en une Ame où l'amour sacré règne ardemment, que le martyre même en une Ame où l'amour est alangouri, faible et lent. » [Traité dr l'amour de Dieu, livre XI. cliap. V.) l Eccli:, II, 1. <i Jac, I. 12.

LA PERFECTION DE LA VIE CHRETIENNE Zh)

Les ]ilus grands Saints ont subi de terribles tentations. Saint Paul disail : « Je ne fais pas le bien que je

veux, mais je fais le mal que je hais le nie plais

dans la loi de Dieu, selon l'homme intérieur, mais je sens dans les membres de mon corps une autre loi qui combal contre la loi de mon esprit et qui me rend captif de la loi du péché qui est dans les membres démon corps. Malheureux homme que je suis ! Qui me délivrera de ce corps de mort ? » (1)

Et après avoir parlé de ses. visions et de ses révélations, de son ravissement dans le ciel, il ajoutait : o Aussi, de peur que la grandeur de mes révélations ne m'enorgueillisse, il m'a été donné un aiguillon dans ma chair, un ange de Satan qui me soufflette. J'ai supplié trois fois le Seigneur de l'écarter de moi, et il m'a répondu : Ma grâce te suffît, car ma puissance éclate davantage dan- la faiblesse » (2).

Qui ne connaît les tentations de saint Jérôme, dans la solitude de Bethléem, des Pères du Désert, de saint Benoit, de sainte Thérèse, de saint François dé Sale-. et de tant d'autres ?

Les tentations deviennent des moyens puissants de perfection. >i elles sont combattues par la vigilance, la résistance énergique, la confiance, la prière et l'ouverture de l'âme au tribunal de la pénitence. Et l'âme qui a ainsi combattu peut répéter la parole que saint Paul ajoute à celles que nous venons de citer : « C'est pourquoi je me plais dans les infirmités, les outrages, les nécessités, les persécutions, les détresses pour le Clui-t.

1) Rom., VII. 15 et ±±t\.

[2 !I Cor., XII, 7-9.

car lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort » (1).

Nous l'avons déjà dit : la perfection ne consiste pas plus que la charité dans l'intensité de nos sentiments et dans la ferveur sensible, ni dans les consolations et les joies spirituelles que Dieu accorde souvent au commencement de la conversion pour faire avancer une âme dans la vertu, mais dont il prive souvent aussi les âmes les plus fortes et les plus généreuses pour les conduire à une plus haute perfection.

La perfection ne consiste pas à n'avoir point de défauts, mais à les combattre avec constance et avec énergie. Les défauts sont inhérents à notre nature humaine. Les Saints ont eu des défauts, et plusieurs ont dû lutter contre eux, au prix de bien des efforts et de bien des sacrifices, jusqu'à leur dernière heure.

Certains défauts, ou l'obstination dans certains défauts, viennent de l'intelligence, d'un manque de jugement pratique qui peut excuser un certain nombre de fautes et en diminuer la gravité, mais dont il est difficile et parfois impossible de se corriger. Saint François de Sales disait avec beaucoup d'esprit : « Pour comprendre qu'on manque de jugement, il' faudrait d'abord en avoir. »

Ln grand nombre de défauts viennent du tempérament, qui peut et doit être dompté, modifié, mais qui rarement est complètement transformé. Les défauts sont liés aux passions qui peuvent être bonnes ou mauvaises ; c'est pourquoi on dit que nous avons les qualités de nos défauts et les défauts de nos qualités.

Il) II Cor., XH. 10.

LA PERFECTION l>K LA VIE CHRETIENNE Zll

Un caractère ardent devient facilement emporté et

violent, niais il peut être actif, énergique et généreux. Un caractère doux est patient et aimable, mais il a des tendances à la lenteur et à la faiblesse.

Les défauts ont encore pour causes l'habitude et l'éducation.

Ils doivent être combattus en eux-mêmes et dans leurs causes, et il faut développer les vertus qui leur sont opposées.

Il est impossible de combattre à la fois et avec succès tous les défauts, quoique notre vigilance doive s'exercer sur tous, a Si nous nous corrigions chaque année d'un défaut, nous serions bientôt parfaits, » dit le livre de l' Imitation.

Il faut d'abord combattre le défaut principal ou dominant, c'est-à-dire celui qui est le principe du plus grand nombre de nos fautes ou des plus grave- et aussi de plusieurs autres défauts. Il est évident que ce défaut t'-tant vaincu, nos fautes seront moins nombreuses et les autres défauts, dont celui-ci est la source, seront détruits ou profondément atteints. Si l'orgueil était vaincu, la jalousie, l'envie, l'ambition coupable, la résistance à l'autorité n'existeraient plus. Si la violence du caractère était domptée, les paroles vives et amères, les rancunes, bien de- divisions regrettables auraient bientôt disparu.

11 faut opposer au défaut dominant d'abord la volonté sincère et énergique de le détruire, puis des résolutions tris précises et souvent renouvelées. Mais, pour que ces résolutions aient toute leur efficacité, il importe d'en faire chaque matin, par un examen de prévoyance. l'application aux occasions favorables à ce défaut qui

pourront se présenter dans la journée, et, le soir, commencer l'examen des fautes de la journée par relies qui soûl opposées aux résolutions du matin. Ces examens ue demandent que quelques instants.

Le défaut dominant, doit être l'objet principal de l'examen de préparation à la confession, des aveux du tribunal sacré et de la direction donnée par le confesseur.

La perfection n'est pas seulement la part des Saints que l'Eglise place sur ses autels ; et les prodiges qui manifestent leur sainteté ne sont pas la sainteté ou la perfection elle même. La perfection des Saints est grande, sans doute ; l'Eglise, pour leur décerner les honneurs d'un culte public exige des vertus héroïques, c'est-à-dire des vertus supérieures et exceptionnelles. Elle exige que leur sainteté soit complète et comprenne toutes les vertus.

11 est vrai, la perfection même de Dieu nous est présentée comme l'idéal que nous devons réaliser, et, nous l'avons dit, le progrès de la vie chrétienne est sans limites, mais dans la perfection, comme dans le ciel, il y a différentes demeures : « Indomo Patris met mansiones multœ surit » (1), et la perfection peut exister, et elle existe, sans s'élever jusqu'à ces hauteurs.

L'Eglise exige encore que ces vertus exceptionnelles des Saiids soient démontrées, et que leur sainteté embrasse leur vie entière et, par conséquent, que des miracles opérés après leur mort attestent qu'ils ont persévéré jusqu'à leur dernière heure. Mais les miracles, les prophéties el les autres prodiges que l'Eglise

.1 Joanii., XIV, 2.

réclame pour la canonisation des Saints sont la manifestation de la sainteté, ël non pas La sainteté elle-même. Il esl possible que desâmes auxquelles n'est point accordé l'éclat extérieur cl public de vérins supérieures et exceptionnelles, et qui ne possèdent pas le don des prodiges, (;i;alcnl et surpassent en sainteté les Saints placés sur les autels.

Bien pins, des prodiges peuvent être accomplis pailles pécheurs ; c'est ce que démontrent les paroles de Notre Seigneur Jésus-Christ quand, à ceuxqui lui diront] « N'avons-nous pas chassé les démons en votre nom ? n'avons nous pas prophétisé en votre nom ? n'avonsnous pas fait des miracles en votre nom ? » il répondra : « Je ne vous ai jamais connus ; retirez-vous, vous qui faites des œuvres d'iniquité » (1).

C'est ce que démontrent encore ces paroles île saint Paul : « Quand je parlerais le langage des anges, quand j'aurais le don de prophétie et que je connaîtrais tous les mystères, quand j'aurais une foi capable de trans porter les montagnes, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien » (2).

C'est que le don d'accomplir des prodiges, les grâces gratuitement données sont quelquefois accordées à des pécheurs pour la démonstration de la divinité de la foi et pour le salut des autres, et diffèrent des grâces qui rendent agréable à Dieu et qui ont pour but la sanctification de ceux qui les reçoivent (3).

(1) Maltli., vil, 21, il.

(2) I Cor., XIII, I. 1.

(3) Suarez: De Fide, disp. IV, sect. 3. — Benoit XIV ; De servorum Bei beatificatione, lin. III, cap. 21, 11, et Iib. IV, cap. :i, art. 20. — Cornélius a Lapide : in Matth., VII. 21, 22.

JSU CHAPITRE V

Cependant, ces prodiges, œuvres de la puissance de Dieu, sont la preuve de la vérité de la doctrine en faveur de laquelle ils sont accomplis. C'est pourquoi l'Eglise, après Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même et les Apôtres, les invoque pour démontrer la divinité de sa doctrine. Ils peuvent être la preuve encore de la sainteté de ceux que Dieu veut proposer comme des modèles et dont il veut attester les vertus. Ils ne peuvent jamais être la démonstration ni d'une fausse doctrine, ni d'une fausse sainteté. L'invocation adressée à tel ou tel serviteur de Dieu précédant les miracles obtenus démontre la sainteté de celui qui a été ainsi invoqué (1).

Mais, direz-vous, si ces prodiges peuvent être accomplis par des pécheurs, comment peuvent-ils être des preuves de sainteté et servir au jugement de la béatification et de la canonisation ? « La réponse est facile, dit le Pape Benoit XIV' , car, quoique la faveur de faire des miracles soit quelquefois accordée à des pécheurs, ordinairement elle n'est accordée qu'aux Saints. De plus, l'examen des miracles n'est entrepris qu'après qu'un jugement a été porté sur les vertus héroïques ou le martyre » (2).

(1) Benoit XIV : De sèrvorum Dei heatificatione, lib. IV, cap. :i, n. 7

(2) Ibid., lib. III, cap. 44, n. 10.

La Vie éternelle couronnement de la Vie Chrétienne.

Tout ce que nous avons dit dans les chapitres précédents démontre que la vie éternelle est l'achèvement glorieux et le couronnement de la vie chrétienne.

I lit' vie supérieure, pleine, parfaite, heureuse, doit succède:" à la vie incomplète, troublée, douloureuse, imparfaite de cette terre. C'est la vie que nous attendons, que nous espérons ; c'est un dogme de foi : « Je crois la vie éternelle : Credo vitam (Bternam.».

La terre est le lieu de l'exil, *\^> combats, des"ténèbres et des douleurs. Là-haut est la pairie, la terre des révélations splendides, du repos el du bonheur ; c'est « la terre des vivants où nous verrons Dieu : Videbo bona Domini in terra civentium o il).

La félicité et la vie ne dous seront plus données comme goutte à goutte, mais elles tomberont dans nos âmes à

(ij Psalm., XXVI, 13.

flots pressés ; car là-haut, où Dieu habite et se dévoilera à nos regards ravis, est la source même de la vie : Torrente wluptatis tuœ potabis cas, quoniam apud te est fons vitœ (1).

Cette vie jaillira du trône de Dieu et s'étendra comme un fleuve vivant, splendide, éternellement resplendissant sous les rayons des visions et des ardeurs célestes (2).

Cette vie est le couronnement de la vie présente ; elle est elle même, dans le langage de nos Livres saints, « une couronne de vie : Dabo tibi coronam vitœ » (3) ; elle est une couronne, parce qu'elle est la fin, le suprême sommet de la vie chrétienne et aussi une récompense. « Bienheureux, dit l'apôtre saint Jacques, celui qui a souffert la tentation ; parce qu'il a été éprouvé, il recevra la couronue de vie que Dieu a promise à ceux qui l'aiment » (4) ; et le Psalmiste nous enseigne que « Dieu nous couronne dans la miséricorde et comble nos désirs par l'ensemble de tous les biens » (5). « Quand le Prince des pasteurs apparaîtra, <lil l'apôtre saint Pierre, vous receviez une couronne immortelle de gloire » (G).

La grâce qui est le principe de la vie chrétienne est la vie éternelle commencée et la vie éternelle est l'achève ment et le terme de la grâce. « A présent, affranchis du péché, écrit saint Paul aux Romains, vous êtes deve-

l Psalm., XXXV, 9, 10.

(2 Et ostendit mihi fluvium aquce vilœ splendidum taijbquam crystallum procedentem de sede Dei et Agni Apoc, XXII, I .

3 Apoc, II. 10.

(4) Jacob., r, 12.

(o) Psalm. Cil, i. a.

1 I Petr., V, '..

nus les serviteurs de Dieu, vous obtenez la récompense dans [a sanctification, mais le terme estlavie éternelle. La solde du péché, c'est la mort ; mais la grâce de Dieu est la vie éternelle dans le Christ Jésus Notre- Seigneur » (1).

Nous l'avons démontré (2), la vie chrétienne est la vie. dirigée vers Jésus-Christ dans la fidélité à sa doctrine, dans la voie de son amour et l'accomplissement de ses commandements, mais vers Jésus Christ glorifié, triomphant dans cette patrie céleste où il est allé nous préparer une place (3), où il veut que nous voyions la gloire qui lui vient de son Père (4).

« Les justes iront à la vie éternelle : lbunt justi in vitam (Cternam » (5) : voilà la fin, la récompense de la justice, de la sainteté, de la vie chrétienne. G'estvers ces sommets célestes que nous devons nous élever par nos efforts et nos sacrifices. « Si vous èlcs ressuscites avec Jésus-Christ, dit saint Paul, cherchez toul ce qui est en haut, où Jésus Christ esl à la droite de son Père ; goûtez Ce qui est en haut, et non pas ce qui esl sur la terre »(6).

Tout ce que nous avons dit dans les chapitres précédents sur l'union avec Jésus-Christ, sur la nécessité du travail de la perfection et du progrès de la vie chrétienne démontre que cette vie s'achève au ciel. La ressemblance avec Dieu, la déification du chrétien est icibas une œuvre ébauchée et qui attend une communtea-

I Rom., VI, ±L,±-J,.

Ji Voir h' premier chapitre : lu Nature de lu I ie chrétienne. (3] Joann., XIV, 2.

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