VIII PRÉFACE
dans la vie religieuse el aux personnes pieuses qui vivrnl dans le monde.
Un grand nombre de points de doctrine que je me suis efforcé de mettre en lumière sont trop peu connus ou mal connus. Ils sonl raremenl traités du haut de la chaire, dans les cours d'instruction religieuse, les catéchismes de persévérance et les livres de piélé, ou il- le sont comme en passant, en termes vagues et obscurs qui ne peuvent ni éclairer, ni fortifier la foi, ni diriger la vie.
Que les litres des sujets traités dans eel ouvrage [l'effrayent personne ! Je me suis efforcé de mettre ces sujets à la portée de tous en leur donnant cependant toute leur valeur théologique. Je démontre, en particulier dans le paragraphe premier du second chapitre, que la vraie doctrine catholique sur le surnaturel est absolument nécessaire pouréviter les plus graves erreurs dogmatiques et pratiques, pour que les formules les plus communes de la foi soient comprises, et je démontre (pie cette connaissance est possible pour le grand nombre ^\i'> fidèles.
CE QU EST LA VIE. — DIFFERENTES VIES. — L IMPORTANCE DE LA QUESTION DE LA VIE.
D'après la philosophie la plus haute, la simple raisou et le langage vulgaire, vivre, c'esl se mouvoir par soi même. « Ceux-là sont vivants, dil sainl Thomas d'Aquin, qui se meuvent, quel que soit d'ailleurs le genre de leur mouvement. » Et encore: « On appelle œuvres de la vie, dil le sainl Docteur, les œuvres donl les principes sont dans ceux qui les produisent, en sorte qu'ils se portenl d'eux mêmes à ces opérations o (1). La vie esl .Inné, dans sod acception la plus générale, le principe intérieure! spontané du mouvement, de l'activité, ou bien encore la faculté qu'a un être de se mouvoir et d'agir par lui-même.
Dieu est la source de toute vie. « En lui. dit saint Paul, nous avons la vie. le mouvement et l'être » (2). Il est, eu
1 Summ. theol., la k • , q. 18, art. II. 1 Act, XVII. 28. >
effet, l'être par essence, l'être sans mélange, parfait, éternel, infini, et, en conséquence, parfaitement et infiniment actif. Il est l'idéal et le principe de toute existence, de toute perfection. Toute vie n'est qu'une goutte d'eau tombée de l'océan infini de sa vie, une étincelle partie de ce foyer qui anime et vivifie toutes choses. « Dieu, dit saint Anselme, est la suprême essence, la vie suprême, la suprême raison, la suprême justice, la suprême sagesse, la souveraine vérité, la souveraine bonté, la grandeur, la beauté, la félicité, la puissance et l'unité parfaites » (1). « Dieu, dit saint Jean Damascène, est l'être éternel, immense, sans limites, tout-puissant, immuable et invisible, source de toute bonté et de toute justice, lumière intellectuelle et inaccessible, créateur et conservateur de tous les êtres, dominant toutes les substances ; il est la lumière même, la bonté et la vie par essence. Il est la source de l'être pour tout ce qui existe, la source de vie pour tout ce qui possède une énergie vitale, le principe de la raison chez tous les êtres raisonnables. .11 est l'océan sans limites où la vie se joue dans la plénitude de l'être et l'immensité de l'étendue, mer sans rivage qui seule se contient elle même » (2).
Mais Dieu n'a pas communiqué la vie à tous les êtres, et ceux auxquels il l'a accordée l'ont reçue à différents degrés et sous des formes diverses. Le minéral, la pierre, le rocher ne sont pas vivants, mais la plante vit, elle se nourrit, elle grandit, elle se multiplie. Les animaux ont une vie supérieure à celle de la plante î
i S. Anselme : Monologium, c. 16.
■i !>.• lide orthodoxa, 1. 1, c. 8.
ils ont une activité plus complète, plus puissante et qui les met en relation avec un plus grand nombre d'êtres. L'insecte imperceptible possède le mouvement et l'activité, le cheval s'élance et dévore l'espace, le lion bondit, l'aigle fend les airs. Aux fonctions de la vie des plantes ils unissent la vie sensitive, ils perçoivent certains phénomènes qui les entourent, en conservent les images, saisissent par une appréciation instinctive certains rapports entre les choses, conservent comme le souvenir de leurs appréciations passées, jouissent et souffrent. Ils se meuvent et agissent pour se procurer des jouissances ou éviter des souffrances corporelles. Ils ont la vie sensitive ou animale.
Plus haut encore, l'homme réunit à la double vie de la plante et de l'animal la vie de l'intelligence et de la raison ; il connaît et il veut ; son esprit recherche la lumière et se meut dans la vérité ; sa volonté se meut dans le bien ; il est capable de devoir et de vertu. Il est le concert harmonieux de ces trois vies, il est tout à la fois la plante qui végète, l'animal qui sent, et un corps animé par une âme intelligente, libre et immortelle.
D'après l'enseignement catholique, l'âme est dans l'homme le principe unique de ces trois vies (l). « Dieu, dit le Livre de la Genèse, forma l'homme du limon de la terre, il répandit sur son visage un souffle de vie, et .l'homme eut une âme vivante : Et foetus est Jtomu in animam xn/centem » (2).
Le Créateur, par l'acte même de la création, a donné à l'homme la vie qui appartient à la nature humaine,
1 Concile général de Vienne. — 4e Concile général de Latran. — Lettres de Pie IX à l'Archevêque de Cologne. (2) Gen., II, 7.
les facultés et les moyens qui dépendent de cette nature, el il lui a assigné une lin. Cette fin est Dieu lui-même, connu, aimé, possédé par ces facultés et ces moyens et capablede satisfaire les aspirations et les désirs naturels de l'homme.
Mais Dieu a élevé l'homme à un ordre supérieur. Il lui a communiqué la nature et la vie divines ; il l'a destiné à voir son Dieu face à face et tel qu'il est en luimême; il l'a éclairé des lumières de la révélation, dirigé et fortifié par des secours divins pour atteindre cette fin suprême. Il l'a enrichi d'habitudes qui sont comme les puissances et les facultés de la nature divine ainsi communiquée.
Cette seconde vie ne détruit point la première ; elle es! dans l'homme la vie de l'être parfait et infini, elle est par conséquent infiniment supérieure aux exigences et aux forces de la nature humaine et de toute nature créée et possible. C'est la vie chrétienne. Par elle le chrétien vit en Jésus-Christ et Jésus Christ vit dans le chrétien : en d'autres termes, la vie chrétienne est la vie divine de Jésus Christ communiquée à l'homme.
La question de la vie, du but qu'elle doit atteindre, de la loi qui doit la diriger, des devoirs qu'elle impose. résume eu quelque sorte toutes les autres questions; elle est la question suprême et décisive. La plante s'élève, donne sa Ileur et ses fruits, puis se flétrit, tombe et disparaît ; l'animal sans raison va guidé par l'instinct, aveuglément et sans appréhension, dans la voie que la Providence lui a tracée, et il péril tout entier. Mais l'homme, l'ait à l'image du Créateur, portant dans son esprit des clartés qui sont <\c> rayons de la pensée divine.
dans son cœur des désirs qui appellent l'infini, l'homme qui dirige librement ses actes, doit aussi diriger sa vie vers un but suprême. Le problème de sa vie est essentiellement le problème de ses destinées.
En vain, la légèreté, l'indifférence, les plaisirs et les fêtes du monde, la sollicitude des intérêts matériels, les rêves de l'orgueil, les luttes de l'ambition, la domination des [lassions écartent ces redoutables problèmes; la raison, le bon sens, la voix de la conscience les ramènent toujours. Les déceptions cruelles, les revers de la fortune, les étreintes de la maladie, la douloureuse expérience des hommes et de- choses, la vanité de tout ce qui se passe imposent ces problèmes aux âmes les plus distraites et les plus obstinées. La vie est un mouvement : où va t il ? Va-t-il à une vie supérieure, heureuse, éternelle ? Descend-il vers la mort. la destruction et le néant ? La vie est une force, un don de Dieu, un trésor : (pie faut-il en faire ? Elle est un ensemble de pensées, de sentiments, d'actions, de travaux, d'efforts, de douleurs presque incessantes, de joies passagères et imparfaites : qu'est ce que tout cela V Pourquoi cette course si rapide et si attristée ? Qu'esl ce que vingf ans. cinquante ans. quatre vingts ans. quand non- regardons derrière nous, et (pie nous reprenons par la pensée les chemins où presque chaque jour nous avons laissé quelques uns de ceux que nous avons aimés ? « La vie de l'homme, disait Job. est un combat sans repos et nos jours sont semblables à ceux du mercenaire» ; et « elle n'est qu'un souffle qui passe » (1). « Elle est. dit l'apôtre saint Jacques, une fumée que le moindre vent