‹ La vie chrétienneChapitre 34 sur 57 · Simon. /.</ religion naturelle · texte numérisé non relu

Simon. /.</ religion naturelle

sophe ne reconnaît qu'un Dieu immuable, indilférent aux actes de l'homme et insensible à la prière. Comment ce Dieu immuable, indifférent et insensible, pourrait il, par sa providence qui s'exercerait dans la vie future sans s'exercer dans celle-ci, récompenser, selon leurs mérites, les mêmes actes auxquels il est indifférent?

Dansée siècle, quelques écrivains ont renouvelé' le système de l'immortalité facultative ou conditionnent' qui n'avait pas été ignoré <\i>> philosophes païens (1). D'après ce système, il dépend de nous d'être immortels si nous sommes bons, ou anéantis si nous sommes mauvais (2).

Mais cette sanction de l'anéantissement n'est pas juste parce qu'elle est égale pour toutes les fautes quels que soient leur nombre et leur gravité. Elle ne sau vegarde pas l'autorité de Dieu à laquelle échappent les coupables el qu'ils bravent par cet anéantissement luimême. Bnfm ce système promet aux bons, non pas le repos définitif et le bonheur complet, mais une série indéfinie de transformations et de purifications.

D'autre- oui essayé de renouveler le vieux système de la métempsycose ou des transformations successives de l'homme (3 .

Ces affirmations sont gratuites : ce sont des rêves; lèves contradictoires, déshonorants pour la nature humaine et absurdes. 11 faudrait admettre que nous

i v. Cicéron : Tusculânes.

i M. Petavel : L'immortalité conditionnelle. — M. Renouvier : Lu critique philosophique. — M. Charles Lambert: le spirilualisme et in religion.

'■'■ .1. Regnaud : Ciel et Terre — Figuier : J.r lendemain de la mort. Fourier : Phalange : L'égarement de In raison.

avons été successivement, dans le passé, un être informe, puis articulé, mammifère, oiseau, reptile, lion, ayant d'être homme. Commenl n'avons nous, dans la vie présente, aucune notion de ce que qous avons été, de la peine que nous subissons, des fautes qui ont mérité cettepeine? Et, ici encore, que deviennenl l'autorité de Dieu, sa justice et le bonheur de l'homme dans ce voyage éternel '.' Il faut donc redire ces paroles du philosophe de ce siècle qui a étudié, plus que tout autre, celle grande et inévitable question de nos destinées : « Depuis six mille ans que le monde est monde, la philosophie n'est pas capable d'aborder le problème de l'immortalité de l'âme » (1).

La supériorité de la doctrine catholique est. ici. manifeste, éclatante, irrésistible. Cette doctrine est belle, grande, magnifique ; elle répond à toutes les aspirations de- intelligences et des cœurs, à toutes les nobles tendances de l'homme. Elle est donc nécessaire; elle est bien la doctrine, l'enseignemenl du Dieu qui a mis dans l'homme ces tendances et ces aspirations.

Elle est bienfaisante puisqu'elle encourage, soutient ei entraîne l'homme dans les sentiers souvent si désolés et si ardu- du devoir et de la vertu. Elle est bienfaisante pour l'homme parce queseuleelle offre, dans l'espérance de la béatitude céleste, la vraie consolation dans les épreuves de la vie présente, et que seule elle résout ainsi le problème de la destinée. Elle est bienfaisante pour tous parce qu'elle inspire, soutient et fait réaliser les œuvres les plus magnifiques de la charité, du dévouement et de l'héroïsme.

i Jouflroy : Revue indépendante du l" nov. 1842.

Mais l'erreur et le mal ne font pas le bien, ils ne peuvent pas le faire. Cette doctrine est donc la vérité, elle vient de Dieu.

Toute cette doctrine mise en pratique est la vie chrétienne, la vie de Notre Seigneur Jésus-Christ communiquée à l'homme, une vie manifestement divine, et sa puissance, son triomphe sont la puissance elle triomphe du Fils de Dieu, maître, vainqueur et roi de toutes les générations et de tous les siècles.

Il est une loi admirable qui domine cl gouverne le inonde des corps, les astres et les soleils, l'n philosophe qui fut aussi un brillant écrivain l'a décrite en ces termes : « Voici que, depuis peu d'années, un noble et actif ami de la science construit un instrument plus merveilleux encore <pie celui de Herschell. Kl aussitôt, sur plusieurs points du ciel, l'œil de l'homme aperçoit un spectacle que la pensée n'avait pas osé concevoir. On voit des groupes d'étoiles, c'est-à dire des groupes de soleils rassemblés par millions, (les groupes oui un noyau, un centre incomparablement plus étincelant (pie le reste. En ce centre est une incalculable puissance d'attraction. Tous les soleils tournent autour, rangés eu lignes cl par traînées. Mais comment tournent ils autour du centre de gravité commun ? Ils tournenl en allant à lui. Leurs orbites ne sont point (\v> crvc\v<, ni t\vs ellipses, mais des spirales. Les spirales aboutissent au centre. On les voit dessinées dans le ciel par des traînées prodigieuses de soleils qui se suivent comme des hommes en marche. Les lignes de la céleste armée se

déroulenl en tous sens, mais toutes convergent et arrivent au centre. Les premiers de chaque ligne sont déjà dans le centre ; d'autres y touchent, d'autres approchent, pendant que d'autres sont encore loin. On croirait voir une grande armée entrer par toutes les portes dans une capitale, pour une tète. La ville est remplie de soldats, pendant que d'autres arrivent et que l'on voit encore au loin dans la campagne leurs lignes immenses. Mais il y ;i cette différence qu'ici ce ne sont plus seulement des soldats, ce sont des rois dont chacun gouverne vingt momies ; et chacun de ces rois s'avance escorté de tous ces royaumes. L'esprit, les sens sont confondus ! Ce sont des milliers d'empires, des millions de mondes qui s'unissent, et pour toujours ne seront qu'un » (l) !

Mais il est une loi plus haute, plus puissante et plus admirable encore, la loi delà gravitation surnaturelle. Toute créature inférieure est dans l'homme, tout l'homme est en Jésus-Christ, Jésus Christ est en Dieu. Tous les êtres inanimés, les êtres animés, mais privés de raison, les mondes el les soleils étincelanls, la terre et le ciel, qui chantent la gloire du Créateur, sont faits pour les êtres intelligents, pour les âmes, pour vous, ô chrétiens : Omnia rcslra sunt (2). Esprits célestes. âmes rachetées par le sang de Jésus-Christ, vivant par lui et en lui, vous êtes emportés à votre tour vers le loyer de la lumière, de la chaleur et de la vie divines : Vos aulem Çkristi (3). Et vous, ô Jésus, Fils de Dieu, Pasteur et Maître, Sauveur et Rédempteur, avec Thuma-

1 Gratry : l'Ame, 1. Il, p., 367-368.

2 I Cor., Iff, Ut

3 Ibid., III, 23.

C0N6LUSI0N 347

nilé régénérée, vous emportez tous les êtres el la terre ci le ciel jusqu'à Dieu : Christus autem Dei(l)>

Ainsi. la création sortie «lu sein de Dieu, égarée loin de lui, est ramenée par le Verbe incarné dans le sein de Dieu ; ainsi se réalise la magnifique révolution <lc toutes choses ci s'achève la loi de la gravitation surnaturelle (4).

Levez donc la tête cl voyez, dans les lumières el la splendeur de la patrie, le triomphe du Fils de Dieu, de l'Agneau immolé, source el terme de la vie chrétienne. Voyez : une multitude immense, innombrable, de toute nation, de toute tribu, de tout peuple et de toute langue, se lient debout devant le trône de l'Agneau vainqueur ; et cette multitude chante d'une voix puissante ce cantique éternel : a Salul à notre Dieu sur son trône cl a l'Agneau ! Bénédiction, gloire, sagesse, actions de grâces, honneur, vertu cl force à noire Dieu dans les siècles des siècles. Amen ! » (2).

A la lin des temps se réalisera une transfiguration glorieuse de la création matérielle, c< Voici, dit le Seigneur, que je créVdes cieux nouveaux el une terre nouvelle, el il ne restera îles premiers aucun sou venir o (3). C'esl pourquoi l'Apôtre sainl Pierre s'écrie : o Nous attendons, selon la promesse il*' Dieu, de nouveaux cieiix el une nouvelle terre dans lesquels la justice habitera >> (4). La création matérielle ainsi transformée

1 L'Église, au temps de la Passion, chante en ces termes l'efficacité du sang répandu par Notre Seigneur Jésus-Christ :

Terra, pontus, astra, mundus Quo lavantur fluminc.

2 Apoc, VII, 12.

t3) Is., LXV, 17.

(41 !1 Petr., Ml, 13.

el transfigurée sera l'instrument de la gloire de Dieu et de la félicité des élus. Ainsi se terminera, selou l'expression de saint Thomas d'Aquin, « la magnifique circulation de toutes choses revenant dans la perfection, à Dieu leur créateur » ( 1).

La vie surnaturelle et divine vient donc de Dieu comme de sa source ; elle y retourne comme à son tenue. Les Ilots de cette vie sortent de l'océan divin, enveloppent tous les êtres, les purifient, les transforment, les transfigurent et reviennent se perdre de nouveau dans cet océan infini. Voilà la beauté, le prix, la splendeur, l'immensité de l'ordre surnaturel. Voilà la grandeur, la beauté divine de la doctrine catholique sur la vie chrétienne.

Que conclure de ces grandes, admirables et consolantes vérités, sinon que « le bien de la grâce, comme parle saint Thomas d'Aquin. est plus" grand que le bien naturel de l'univers entier » (2). Ce n'est point assez dire. La moindre parcelle de ces dons divins, la moindre étincelle de la vie divine dans l'âme d'un petit enfant sont supérieures à la science, à l'éloquence, à la flamme du génie, à toutes les œuvres de la puissance et de la bonté de Dieu dans l'ordre naturel, à la terre et aux cieux, aux astres et aux inondes, comme le divin dépasse le créé, comme l'infini dépasse le fini.

Mais, s'il en est ainsi, quel est donc le prix de l'en semble magnifique de la grâce sanctifiante, des vertus infuses, des dons de l'Esprit Saint. t\v> actes du chrétien el île leur mérite surnaturel, quel est le prix de la vie

I ( nnim gentes, lib. IV, cap. IV, n. 1. (2) S, m, uni ttieol, l;l 2e, q. CXI, art. '.I. ad 1.

chrétienne? 0 dignité sublime, ô ravissante beauté, splendeur éblouissante, trésor sans égal, richesse divine, qui déconcertent toutes les conceptions humaines même éclairées par la foi ! Et cette beauté se développe, cette splendeur devient plus resplendissante, ce trésor s'accroît, cette richesse se multiplie elle-même par les mérites incessants des actes surnaturels les plus grands, comme les plus humbles et les plus obscurs, et ainsi la vie chrétienne ajoute à chaque instant aux visions, à la félicité, à la gloire de la vie éternelle.

Qu'ils sont donc aveugles et criminels ceux qui ensevelissent dans l'indifférence ces trésors divins ou qui les sacrifient à un plaisir passager, à un intérêt du temps, à une ambition coupable, à une passion avilissante ! Qu'ils sont aveugles et criminels ceux qui détruisent dans les âmes, dans une seule âme, la vie chrétienne et la vie éternelle, et qui, à la place de cette dignité, de cette beauté, de cette splendeur, de ces joies, de ces espérances immortelles, mettent dans les cœurs les ténèbres, l'abjection, le remords qui précèdent les supplices de l'éternité !

0 chrétiens, « si vous connaissiez le don de Dieu : Si scires donum Dei » (1) ; si vous connaissiez le prix de cette vie divine, personne ne pourrait vous la ravir. Vol re fidélité et votre ardeur multiplieraient chaque jour cet incomparable trésor, et déjà sur cette terre vous feriez monter sans cesse vers Dieu un chant d'amour, de reconnaissance et d'adoration.

(h Joann., IV, 10.

Page 1