IMPORTANCE DE LA QUESTION DÉ L'ORDRE SURNATUREL
La question de l'ordre surnaturel, de sa possibilité, de son existence, de ses éléments, des moyens qu'il communique à l'homme, est la question fondamentale de la religion elle même. Il s'agit, en effet, de savoir si les relations fie l'homme avec Dieu, qui constituent la religion, sont restreintes aux lumières de la raison et aux ressources naturelles, ou si elles embrassenl des relations supérieures qui dépassent les exigences et les forces de la nature humaine et qui sont des dons purement gratuits de la bonté divine. (Test le problème que se posent l'intelligence elle bon sens. C'est aussi, en fait, la question de toutes les religions qui, chez tous les peuples el dans tous les siècles, ont affirmé ces relations supérieures el divines.
C'esl la question de la religion chrétienne qui a pour base première !;i révélation et la foi, et qui conduit
LA VIE CHRETIENNE KSI SURNATURELLE ET DIVINE -il
l'homme à la possession immédiate de Dieu, aux visions cl à la félicité du ciel par une doctrine, des lois, i\cs moyens qui surpassent infiniment les ressources de la nature humaine.
C'est la question de l'Eglise catholique qui s'affirme comme une société surnaturelle recevant directement de Dieu son autorité, sa mission, sa vie, ses caractères, sou enseignement, la constitution de sa hiérarchie cl toutes ses puissances de progrès moral, de sanctification et de salut.
C'est la question île la vie chrétienne qui est, dans son essence et son principe, nous le démontrerons bienlùl, uiievie surnaturelle etdivine, et aussi la iniseenpratique constante el parfaite des préceptes du christianisme.
Il nous serait facile de démontrer que la plupart des grandes erreurs du passé, des grandes hérésies qui ont déchiré le sein de l'Eglise, et pour n'en nommer que quelques unes, le Pélagianishie, le Protestantisme, le Jansénisme, ont eu leur source première dans de graves erreurs sur la doctrine du surnaturel. Mais il est plus utile d'établir que les erreurs contemporaines qui s'attaquent à la religion chrétienne, aux croyances fondamentales, aux bases de tout Ordre social, ont le même principe et se heurlenl (oui d'abord à celle grande el fondamentale doctrine.
Il est évident que l'incrédulité ou la libre pensée, sous leurs formes diverses, nient, non seulement l'existence, mais la possibilité du surnaturel.
L'ignorance de celte doctrine, les objections qU'Oû lui oppose, les préjugés qui la condamnent, même sans examen, sont certainement une des causes qui éloignent de la foi chrétienne un grand nombre d'âmes.
La philosophie qui s'est appelée positiviste, et qui repousse les plus hautes conceptions de l'intelligence humaine pour borner la science et la vérité à ce qui tombe sous des démonstrations pour ainsi dire physiques et palpables, a été, dans ce siècle, l'adversaire acharné du surnaturel.
Les attaques si nombreuses, dirigées contre nos Livres saints au nom de l'histoire, de la chronologie, de la science, par les prétentions de la Critique nouvelle, n'ont pas d'autre but que d'enlever à ces Livres tout caractère surnaturel et de détruire ainsi, dans ses hases premières, la religion chrétienne.
Un grand écrivain protestant, qui fut aussi un illustre homme d'Etat, a signalé en ces termes cette cause première des erreurs contemporaines et cette question qui domine aujourd'hui toutes les questions doctrinales: « Quelle est, au fond et religieusement parlant, la grande question, la question suprême qui préoccupe aujourd'hui les esprits '.' C'est la question posée entre ceux qui reconnaissent et ceux qui ne reconnaissent pas un ordre surnaturel, certain et souverain, quoique impénétrable à la raison humaine; la question posée, pour appeler les choses par leur nom, entre le supernaturalisme et le rationalisme. D'un côté les incrédules, les panthéistes, les sceptiques de toute sorte, les purs rationalistes ; de l'autre, les chrétiens.
« Parmi les premiers, les meilleurs laissent subsister, dans le monde et dans l'âme humaine, la statue de Dieu, s'il est permis de se servir d'une telle expression, mais la slalue seulement, une image, un marbre. Dieu luimême n'y esl plus. Les chrétiens seuls ont le Dieu vivant.
« C'esl du Dieu vivant que nous avons besoin. Il faut, pour notre salut présent et futur, que la foi dans l'ordre surnaturel, que le respect et la soumission à l'ordre surnaturel rentrent dans le monde et dans L'âme humaine, dans les grands esprits comme dans les esprits simples, dans les régions les plus élevées comme dans les plus humbles. L'influence vraiment efficace et régénératrice dv> croyances religieuses est à cette condition. Hors de là. elles sont superficielles et bien près d'être vaines » (1).
Depuis quelques années, une école peu nombreuse, mais composée d'écrivains d'un vrai mérite et qu'on a appelés les néo-chrétiens, se rapproche visiblement de la religion chrétienne. Cette école rend hommage aux grands résultats moraux et sociaux obtenus par le christianisme et elle loue la loi évangélique de la charité. Effrayée îles ruines morales qui s'accumulent, du désarroi des intelligences sans direction et sans principes, des terribles périls qui menacent nos sociétés, elle demande à l'Eglise catholique les moyens de salut que seule elle possède encore. Voici les accents sincères et touchants de l'un de ces écrivains : « Enfant de l'Eglise catholique, écrit-il, c'est ma mère que j'adjure de prendre les âmes en pitié et de leur ouvrir son sein élargi. Je m'adresse à une Eglise qui seule, entre toute-. a compris les conditions organiques et vitales du gou vernement spirituel... Il n'y a point d'autre religion constituée que le catholicisme. Nous serons sans religion, ou nous resterons catholiques... Si le catholicisme refusait cet accord, la religion étant de Dieu ne
(1. M. Guizot : Méditations etEtudes morales, préface, p. I. II.
mourrait pas pour le inonde, niais pour l'Europe; l'esprit moderne triompherait seul, et celle horrible victoire, qui sérail la perte de la vie religieuse, de la vie spirituelle, de la vie morale, consommerait une décadence dès lors sans remède, une barbarie profonde, tombeau de la civilisation européenne.
« Que l'Eglise, portant cette lumière nouvelle, éclaire donc la route obscure des peuples qui cherchent l'ordre nouveau. Hélas ! qui en dissipera les ténèbres, si ce n'esl l'Eglise V Qui constituera cet ordre? Qui posera le fondement de l'édifice '.' Quel autre que le christianisme peut organiser la fraternité chrétienne ?... Là est le salut, si quelque part est le salut du monde.
« Levez vous donc et marchez, vous qui brillez comme un signe de salut sur le monde. Allez, la croix du sacrifice à la main et le cœur prêt aux [dus pénibles dévouements, sainte mère t\t^ peuples, Eglise t\vs enfants de Dieu » (i).
Mais cet appel est adressée l'Eglise à la condition qu'elle sacrifiera el sa doctrine et son culte. « L'Église n'imposera plus à ses membres que la morale, dit le même écrivain, se contentanl de proposer la doctrine el d'offrir le culte! Imposer la inorale au lieu du dogme : toute la révolution religieuse est dans ce simple change ment. Peu de chose à ce qu'il semble, rien, mais ce rien est tout... Aillai constituée désormais sur le fondement de la morale au lieu de l'être sur le fondement du
dogme, l'Eglise sera bien alors l'Église universelle
Ainsi réunira-t-elle dans une même vie religieuse des
(1) M. Alaux: /." Religion progressive, p. :57S-S2 (Paris, 1869] le Problème religieux du \l\ siècle (I.S90).
Ames lies différentes d'intelligence el de doctrine. Ainsi le catholicisme pourrait se renouveler sans se déjuger et regagner ce qu'il a perdu » (1).
Un autre écrivain de cette école et des plus autoi ■!dans un opuscule intitulé vLe Devoir présent, exprime te même désir el formule les mêmes exigences. « Il ne s'agit pas de croire d'abord, écrit-il expressément, mais d'abord d'aimer; il s'agit de vouloir. Et. ensuite, que croira ton? Ce que l'amour conseille et exige qu'on croie, simplement. El là-dessus les exigences varient selon les esprits : autant de religions au fond que de personnes el un seul devoir pour toutes ensemble » (2).
Tous réclament de plus la transformation, ils disenl même la conversion de l'Église catholique. Ils demandent, en résumé, la suppression du surnaturel, des dogmes et de la foi. bases premières de la morale chrétienne, de la constitution essentielle et de l'autorité divine de l'Église, de tout ce qui l'ail sa puissance et sa vie. cl ils veulent développer son influence île grandeur morale, de régénération et de salul! Quelle que soit la sincérité de leurs intentions, ils ressemblent à l'homme égaré qui supprimerait la racine de l'arbre, la seve qui le fait vivre, bien plus le tronc lui-même, et ses rameaux, cl prétendrait s'abriter à l'ombre de cet arbre et lui demander se- meilleurs fruits.
L'aberration de beaucoup d'esprits que de fausses notions du surnaturel conduisent à la religion de l'Inde, au Bouddhisme, au Spiritisme, aux pratiques occultes d'une nouvelle magie, démontre combien il est néces
I M. Alaux : loc. cit., p. 330.
1 M. Des jardins : te Devoir présent, p. 14, i-
saire de répandre les vraies doctrines sur un sujet d'une si haute importance.
Pie IX a affirmé bien souvent que les erreurs contemporaines sur la mission et l'autorité de l'Eglise, sur ses relations avec l'État, sur les droits de la religion et les libertés catholiques, avaient pour principe premier le naturalisme ou la négation du surnaturel. Dans l'Encyclique du8décembre 1864, qui précède la condamnation des principales erreurs contemporaines, l'auguste Pontife s'exprime ainsi : ci En effet, il vous est parfaitement connu. Vénérables Frères, qu'aujourd'hui il ne manque pas d'hommes qui, appliquant à la société civile l'impie et obscur principe du naturalisme, comme ils l'appellent, osent enseigner que la perfection des gouvernements et le progrès civil demandent impérieusement que la société humaine soil constituée et gouvernée sans plus tenir compte de la religion que si elle n'existait pas. ou, du moins, sans faire aucune différence entre la vraie religion et les fausses, o Et dans l'allocution du 19 juin 1862 : « Personne de vous n'ignore. Vénérables Frères, que ces hommes détruisent complètement la cohésion nécessaire qui, par la volonté de Dieu, unit l'ordre naturel et l'ordre surnaturel, et qu'en même temps ils changent, renversent et abolissent le caractère propre, véritable, légitime de la révélation divine, l'autorité, la constitution et la puissance de l'Église. Et ils en arrivent à cette témérité d'opinion, qu'ils ne craignenl point de nier audacieusement toute vérité, toute loi, toute puissance, tout droit d'origine divine; ils n'ont pas honte d'affirmer que la science de la philosophie et de la morale, ainsi que les lois civiles, peuvent et doivent ne pas relever de la révélation et
décliner l'autorité de l'Eglise; que l'Eglise n'est pas une société véritable el parfaite, pleinement libre, et qu'elle ne peut pas s'appuyer sur les droits propres et permanents que lui a conférés sou divin Fondateur; mais qu'il appartient à la puissance civile de définir quels sont les droits de l'Eglise et dans quelles limites elle peut les exercer. »
Léon XIII revient sans cesse, dans ses Encycliques, à ce même principe des luttes entre l'Eglise et l'Etat et aussi des périls et des désordres de nos sociétés. (( Prétendre assujettir l'Eglise au pouvoir civil dans l'exercice de son ministère, dit-il, c'est à la fois une grande injustice et une grande témérité; par le l'ail même on I rouble l'ordre, car on donne le pas aux choses naturelles sur les choses surnaturelles, on tarit ou certainement on diminue beaucoup l'affluence des biens donl l'Eglise, si elle était sans entraves, comblerait la société, el. de plus, on ouvre la voie à des haines el à des luttes donl de trop fréquentes expériences onl démontré la grande cl funeste influence sur l'une el l'autre société »> (1).
Le Vicaire de Jésus-Chrisl ne cesse d'indiquer où est la seule voie du salut. « Le temps lui-même où nous vivons, dit-il, nous avertit de chercher les remèdes là où ils se trouvent, c'est-.à-dire de rétablir dans la vie privée et dans toutes les parties de l'organisme social les principes el les pratiques du christianisme. C'est l'unique moyen de nous délivrer des maux qui nous accablent el de prévenir les dangers donl nous sommes mena ces o (2).
I Encyclique Imtnortale lui.
2) Ibid.
La vraie doctrine sur le surnaturel n'est pas seulemenl indispensable pour écarter et réfuter les plus dangereuses erreurs; elle l'esi encore à l'intelligence de la doctrine el de la morale chrétiennes, à l'intelligence des formules et des mots employés à chaque instant dans la chaire chrétienne, dans les - catéchismes et dans les ouvrages, même les plus élémentaires, qui traitent des vérités religieuses.
Comment, en effet, sans ces notions essentielles, pou voir comprendre le langage chrétien sur la révélation et la foi, sur leurs preuves fondamentales, les miracles et les prophéties, sur l'Incarnation, la Rédemption, l'Eglise, la grâce, les sacrements, les dons du Saint- Esprit, la morale évangélique. la vie et les vertus dire tiennes, l'efficacité de la prière et le culte ?
Il faut, donc choisir entre renseignement exact de celle doctrine et l'ignorance ou l'erreur sur tout l'ensemble de la religion catholique: l'ignorance, si on se borne à des formules vides de sens ou qui ne sont point comprises ; l'erreur, si on attribue à ces formules une signification qu'elles n'ont pas.
Mais, nous dira-ton, combien de catholiques ne possèdent pas ces notions et cette doctrine! Nous répondons : Combien ne sont catholiques que de nom ! Combien renoncent, après quelques années, aux pratiques religieuses el se laissent dominer par l'indifférence ou l'incrédulité ! Combien portent, non seulement dans leur vie privée, mais dans leur vie publique, l'influence funeste de l'ignorance et de l'erreur sur la religion et sur l'Église ! Comment la foi de ces chrétiens serait-elle forte, active et féconde, -i elle n'est pas éclairée, et éliminent sérail elle éclairée, si les notions fondamentales
leur font défaut, s'ils n'ont lion compris à ce qu'on a prétendu leur apprendre ?
On se plaint de l'insuffisance de l'instruction religieuse même dans les classes supérieures de la société el parmi les hommes qui ont été élevés dans les établissements chrétiens. N'es! ce pas là une des causes premières ^\i' celle insuffisance '.' ( I ).
Un des plus illustres commentateurs de nos Saintes Ecritures (2), après avoir résumé celle doctrine du surnaturel, s'exprime en ces termes : « Apprenez ainsi combien grand, combien inestimable est le bienfait de la filiation et de l'adoption divine! Peu de chrétiens savent qu'ils possèdent celle haute dignité que nous avons démontrée; moins encore l'apprécient comme elle le mérite. Chacun devrait l'admirer respectueusement en soi; les docteurs et les prédicateurs, l'expliquer comme nous avons fait et l'inculquer au peuple, afin que les tidèles el les saints sachenl qu'ils sont les temples
(1) Un ancien professeur de Dogpae à l'Institut Catholique de Paris, dans la préface d'un ouvrage de haute valeur sur la Grâce ri lu Gloire, s'exprime ainsi : « Le dirai-je ? Il me semble que si le peuple liilele vit dans une trop grande ignorance de ces trésors surnaturels dont le Père des miséricordes l'a si libéralement comblé, on pourrait, sans injustice, en rejeter la faute, en partie du moins, sur ceux qui par vocation ont charge de l'instruire. Ils parlent trop peu de ces mystères de la Grâce et de la Gloire; el quand ils en parlent, c'est en termes si généraux, si vagues, si peu précis, si nuageux parfois, qui' l'auditeur est souvent plu-, charmé de la beauté du langage que pénétré des pensées qu'il devrait exprimer, u
Le même auteur dil encore : » La conséquence qui s'ensuit naturellement île cette ignorance», c'esl qu'on n'estime pas ce qu'on connaît trop peu, c'esl qu'on n'a ni énergie, ni vigueur pour acquérir, conserver, accroître ce trésor inconnu. » Le l'. Terrien, La Grâce i 1 lu Cintre.
(2) Corneille di la Pierre.
Ii(l CHAPITRE II
vivants de Dieu, qu'ils portent Dieu lui-même dans leur cœur, el que, par conséquent, ils doivent marcher avec Dieu el se conduire d'une manière digne d'un tel hôte, qui les accompagne partout, leur est partout présent et les regarde partout. C'est avec raison que l'Apôtre dit : n Ne savez-vous pas que vos membres sont le temple du Sainl Esprit qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu, cl que vous n'êtes plus à vous-mêmes? Car vous avez clé achetés à un grand prix : glorifiez et portez Dieu^ dans voire corps » (1).
Après avoir reproduit ces paroles, un savant auteur de l'histoire de l'Église, qui est une des gloires du diocèse de Nancy, ajoute : « Cette conclusion morale de Cornélius a Lapide est une des plus graves leçons de l'histoire. Supposez un pays, un siècle où l'on se contente de prêcher au peuplé les vérités générales du christia nisme, particulièrement en t'ait de morale, mais sans lui faire connaître, sentir, goûter l'esprit cl l'âme, celle vie de la grâce cl de la loi, celle vie surnaturelle el divine; ce pays, ce siècle pourra être fécond en orateurs éloquents ou grammaticalemeril irrépréhensibles, mais il sera indigent en apôtres, el. stérile en saints. On ne verra du christianisme que le dehors, la superficie liltéraire, on négligera l'esprit et l'âme » (2).
In théologien du xvir siècle donne pour raison du soin qu'il a apporté à exposer aussi complètement que possible ces hautes vérités, l'obligation qu'ont les prêtres de les connaître parfaitement et de les enseigner souvent au peuple, même dans les instructions familière*? el les catéchismes (.'3).
'li I Cor., VI, 19.
[2) Rohrbacher : Histoire de l'Église, 2:>" vol., liv. LXXXVII.
(3j Haberl : T héolog . dogmat . et moral., cap. I, q. ï, § 9.
()n non- objectera, sans doute, qu'un certain nombre parmi les fidèles ne comprendront pas cette doctrine. Nous répétons ques'ilsne la comprennent pas, ils ne comprendront rien à l'ensemble même de la religion chrétienne. Ils entendront un langage qui frappera leurs oreilles, mais qui ne dira rien à leurs intelligences et à leurs cœurs; ils ne retiendront que *\e> formules et des mots vides de sens.
Un prêtre du diocèse de Nancy qui a laissé, comme curé et comme catéchiste, une réputation que le temps n'a pas amoindrie el qui a publié, il y a plus de qua rante ans, sur cette question du surnaturel, un ouvrage d'une valeur exceptionnelle, s'est fait à lui-même eette objection, et voici comment il y répond :
« Dira-ton que les fidèles sont incapables de coin prendre des vérités aussi élevées? Mais il ne faut [tas oublier que. tandis que la parole du prédicateur retentit à leurs oreilles. l'Esprit Saint les éclaire intérieurement. Sainl Paul ne cesse de prêcher ces hautes vérités aux premiers chrétiens, qui notaient pas plus instruits que ceux de nos jours. Mais, en même temps, il prie Dieu sans cesse de leur donner l'intelligence de ce qu'il leur annonce, de leur donner (\i^ yeux surnaturel- pour voir combien grande est la récompense promise aux serviteurs fidèles i. i II.
I M. l'Abbé Gridel : De l'Ordre surnaturel et divin, p. îil. — Ccl ouvrage mérite encore aujourd'hui d'être placé aux premiers rangs parmi ceux qui traitent du surnaturel, et sil'on tient coin pie de i'oubli, bous pourrions dire de l'ignorance dans laquelle cette question capitale était tombée ;i l'époque où Rohrbacher publiai! ses dissertations dans son Histoire de VÉglise, et l'Abbé Gridel l'ouvrage que nous venons de citer, ils méritent l'un et l'autre la haute estime et la reconnaissance des catholiques.
Les grands évêques el les grands docteurs des pre miers siècles chrétiens, saint Jean Chrysostome, saint Ainbroise. saint Augustin el tant d'autres, ne s'adressaient pas dans leurs discours et leurs homélies à des chrétiens plus instruits que ceux qui fréquentent nos églises, et ils leur donnaient pourtant renseignement, le plus élevé. Ils revenaient sans cesse à cet enseigne ment pour le faire pénétrer dans les esprits, et la crainte de n'être pas parfaitement compris d'un certain nombre de leurs auditeurs ne les arrêtait pas : « Je sais bien, dis;iil saint Augustin abordant ces hautes questions, que plusieurs peut-être ne comprendront p;is, mais je ne veux p;is pour cela priver de la doctrine ceux qui peuvent comprendre » (1).
Nous croyons que les prédicateurs et les catéchistes, dirigés et soutenus par la grâce de Dieu qui illumine aussi l'intelligence de leurs auditeurs, peuvent arriver par un enseignement clair, précis el souvent renouvelé, à l'aire s;iisir ces vérités essentielles à l'ensemble des chrétiens. C'est là, pour eux et pour nous, une 1res grave obligation que nous imposent notre ministère et notre apostolat, et que nous devons par conséquent nous efforcer d'accomplir (2).
fl) In Psalm. XLIV, n. .i.
■1 L'auteur d'un ouvrage de valeur publié, il y a quelques années, sous ce titre : laVie surnaturelle considérée doits son principe, M. l'abbé Bellamy, s'exprime ainsi sur l'importance de cette question : ci i oe autre considération qui nous à guidé dans noire choix, c'est que les ouvrages traitant du principe de la vie surnaturelle sont extrêmement rares en notre langue. Oserons-nous; dire, d'autre part, que môme certains manuels de théologie effleurent à peine ce sujet capital ".' » — Kl plu- loin il rappelle que l'Université catholique de Lille lit observer, il y n quelques années, que ci ce?