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les justes ont dû leur persévérance et les pécheurs leur retour à Dieu. La grâce protège rinnocence de Joseph contre les séductions du vice. Elle jette David repentant aux pieds du prophète qui lui reproche son crime. Elle touche le cœur de Manassès dans la prison de Babylone, et le ramène converti sur le trône de ses pères. Elle retire Madeleine des égarements de sa jeunesse et purifie son âme dans les larmes de la pénitence. Elle terrasse Paul sur le chemin de Damas et transforme en apôtre le persécuteur de la foi. Elle rompt les liens qui attachaient Augustin au péché, et rend à la liberté du bien cette âme qui se débattait dans l'étreinte du mal. Chaque fois que le découragement s'empare de nous, à la vue des difficultés que nous rencontrons sur notre route, Dieu peut nous répéter ce qu'il disait à saint Paul : Sufficit tibi gratia mea, ma grâce vous suffit (1). Car ce secours
(1) 2« aux Cor, XII, 9.
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céleste ne fait défaut à personne ; il est à la portée de tous : chacun peut se l'approprier, à toute heure et en tout heu, par une prière humble et confiante. C'est pourquoi l'apôtre écrivait aux premiers chrétiens : Approchons avec confiance du trône de la grâce, afin d'y trouver un secours proportionné à nos besoins : in auxîlio opportuno. Si, en effet, la grâce vient en aide à la volonté de l'homme, la prière est un moyen sûr d'obtenir la grâce. C'est le sujet d'une seconde réflexion.
Quand Dieu créa le monde, pour manifester sa gloire, il y répandit à pleines mains les merveilles de sa puissance. Mais, quelque splendide que fût cette œuvre, elle n'avait rien par ellemême qui pût l'élever vers son auteur. Au milieu de cette création silencieuse et muette, il n'y avait pas de langue pour bénir Dieu, ni de
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cœur pour Faimer. Dieu fit l'homme, et plaçant sur ses lèvres l'hymne de l'adoration, il voulut que la nature entière, parlant par sa bouche, pût trouver une voix pour louer le Créateur. Cette voix, qui monte vers Dieu au nom de Tunivers, dont l'homme est l'organe et le représentant, c'est la voix de la prière.
La prière est donc essentielle à l'homme et à la fonction qu'il doit remplir dans le monde. Elle est l'acte par lequel il offre à Dieu, avec l'hommage de son être, celui de la création tout entière. Oui, quand nous prions, c'est le monde dont nous sommes un abrégé, dont les éléments divers viennent se réunir dans notre corps, et que nous dominons par Tintelligence, ce sont toutes les œuvres du Seigneur, qui, prenant une voix et une âme, louent, bénissent et glorifient leur auteur : benediciie omnia opéra domini domino (i) !
(1) Daniel^ III^ 57.
Ce n'est pas sous ce rapport, toutefois, que je dois envisager la prière, mais comme secours de la vie chrétienne, comme moyen d'obtenir ces grâces de choix, ces grâces abondantes qui soutiennent et affermissent la volonté dans la pratique du bien. Si la prière est la respiration de notre âme, ainsi que l'appelle Clément d'Alexandrie (1) ; si elle s'échappe des lèvres de l'humanité, comme le témoignage de l'âme naturellement chrétienne, selon la belle expression de Tertallien (2;, elle est aussi le cri du cœur qui implore l'assistance divine. Certes, Dieu connaît tous nos besoins spirituels ou corporels, et la prière ne saurait avoir pour but d'en révéler aucun à sa science infinie. Mais, en faisant de la demande la condition du bienfait. Dieu a voulu que l'homme sentît sa dépendance en confessant sa faiblesse, qu'il comprît d'autant mieux la gratuité du don
(1) Strom tes, Vil, 6.
(2) De teslimonio aninnc.
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divin, et qu'ainsi la prière, sortant de son cœur comme l'expression de la confiance et de l'humilité, lui fournît le moyen de faire éclater tous les sentiments religieux de son âme : la foi, car c'est croire à Tefficacité du sacrifice de Jésus- Christ que d'en solliciter la vertu ; l'espérance, car c'est s'appuyer sur la certitude des promesses divines que d'en attendre l'effet; la charité, car c'est aimer Dieu que d'implorer sa bonté paternelle. Tous ces actes se rencontrent dans la prière, qui les résume en un cri de l'âme, les traduit, les exprime et les élève vers le ciel pour en faire descendre sur nous la lumière et la force.
Aussi ce grand secours de la vie chrétienne est-il indiqué par Notre Seigneur à toutes les pages de l'Évangile. Il n'est pas de précepte que Jésus-Christ imprime davantage dans l'esprit de ses disciples, ni d'exercice de l'âme auquel il attribue plus de vertu morale et d'efficacité. S'agit-il d'éviter les occasions du
péché? « Veillez et priez, dit-il, afin que vous ne soyez pas induits en tentation (1). » Veut-il parler des dangers qui menacent l'homme dans la partie la plus faible de sa nature, les sens? « Ce genre de mal, ajoute-t-il, ne peut être combattu que par le jeûne et par la prière (2) . r- De plus il engage sa divinité ellemême pour garantir la certitude des effets de la prière : '( En vérité, je vous le dis, tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, il vous le donnera (3). » Et enfin, il trace de sa propre main le modèle de nos demandes dans cette prière à la fois si simple et si sublime, qui depuis deux mille ans a passé sur les lèvres de toutes les générations, et qui embrasse dans sa divine brièveté tous les besoins de Tâme et du corps. Ah! dit saint Augustin, c'est que la prière nous donne la clef du ciel, oratio justi
(1) s. Matthieu, XXVI, 41.
(2) S. Matthieu, XYIT, 20.
<:3) s. Jean, XYI, 23.
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c lavis est cœli (1) ; elle ouvre devant nous les trésors de la grâce, et nous permet d'y puiser dans la mesure de nos infirmités. Cest une chaîne d'or, ajoute saint Jean Chrysostome, suspendue entre le ciel et la terre, et à l'aide de laquelle nous nous élevons jusqu'à Dieu pour attirer sur nous ses miséricordes. C'est l'échelle de Jacob, reprend saint Grégoire de Nysse, le long de laquelle les anges montent et descendent pour porter nos demandes à Dieu et nous rapporter ses bénédictions. C'est le rempart de la foi, s'écrie TertuUien, oratio murus est fidei : la prière nous sert d'arme et de trait contre l'adversaire qui nous épie de toutes parts : arma et tela nostra (2). Oui, la prière est une arme puissante dans les mains de l'homme. Ferdinand le Cathohque disait dans l'élan de sa foi : « Je crains plus les prières d'une sainte qu'une armée de Maures ! » Ceux qui s'arrêtent
(1) Serm. 22.
(2) De orafione, XXIX.
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à la surface des événements, n'en cherchent la cause que dans le calcul des hommes, dans le jeu des intérêts, dans le mouvement et le choc des passions; mais, s'il nous était donné de suivre le fil de cette trame mystérieuse qui se déroule à travers les siècles, nous verrions quelle grande place occupe la prière des justes dans le plan de la Providence, ce qu'elle a d'action sur la vie des peuples et sur la destinée des empires. Car, dit l'Écriture sainte, la prière de l'homme qui s'humilie pénètre jusqu'au ciel ; elle arrive au lieu saint, in habitaculum sanctum, d'où elle revient féconde comme la nuée qui verse la pluie au temps de la sécheresse, quasi nubes pliwiœ in tempore siccitatis (1).
Le temps consacré à la prière n'est donc pas un temps perdu, même pour les affaires de ce monde. C'est dans les rangs élevés de la
(l) l{;ccli., XXXV, 21-26.
société humaine qu'on sent plus vivement la nécessité d'une assistance divine. Car il n'est pas d'intelligence, si haute qu'elle soit, qui puisse se passer des lumières de la grâce. Il n'est pas de volonté dont l'énergie pour le bien n'ait besoin d'être soutenue par une force supérieure, et les plus nobles cœurs ont à se défendre des entraînements d'une nature inclinée au mal. « Si le Seigneur n'édifie la maison, en vain travaillent ceux qui cherchent à la construire. Si le Seigneur ne protège la cité, inutilement veille celui qui la garde (1). » Plus grand est le devoir, plus nécessaire est le secours céleste, plus fréquent doit être le recours à la prière pour obtenir l'assistance divine dans l'accomplissement du devoir.
(1) Ps V. C XXVI, 1, 2.
7S TROISIEME DIMANCHE 1)K CAUÈMF
Sire,
Dans les beaux jours de la monarchie espagnole, un homme de génie présidait aux destinées de celte grande nation ; mais cet homme de génie était en même temps un homme de prière. Lorsqu'il avait fini de traiter avec les hommes, il conversait avec Dieu. Un jour, les grands du royaume s'étaient réunis dans son palais pour conférer avec lui sur les intérêts de l'Étal. Retiré dans son modeste oratoire, Ximénès priait. L'impatience gagnait l'auguste assemblée. Alors, le grand ministre, apparaissant sur le seuil de la porte, jeta lentement au miHeu de la salle ce simple mot : Prier, c'est gouverner. Ximénès disait juste. Oui, prier, c'est gouverner. Car prier, c'est s'entretenir avec Dieu, c'est causer tète à tête avec lui, c'est puiser la lumière à sa source même, c'est rapporter du Sinaï comme Moïse ces inspirations
d'en haut qui décident du sort des peuples, c'est appeler sur soi comme Salomon les secours de la sagesse divine. Prier, c'est s'éclairer soimême pour diriger les autres, c'est s'instruire, c'est travailler, c'est agir; prier, c'est encore gouverner.
Ainsi soit- il !