JÉSUS-CHRIST, SEULE VOIE QUI NOUS CONDUISE A. NOTRE FIN DERNIÈRE
« Le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous. » Chaque fois que je prononce ces paroles, saisi d'un profond respect, je me prosterne le front dans la poussière. Que pourrais-je devant un tel mystère, si ce n'est admirer l'incompréhensible amour de Dieu, le louer, l'adorer en toute humilité! Le Fils de Dieu, le Verbe éternel du Père, descend des hauteurs du ciel jusque sur cette terre, il se fait homme pour rouvrir à l'homme tombé, perdu, le chemin du ciel sa vraie patrie, son but éternel. Pour nous délivrer de la dette dont nous étions hors d'état de nous acquitter, il se fait notre caution devant son Père céleste : « Voici l'Agneau de Dieu, Celui qui efface les péchés du monde. » Comme il est Dieu et homme dans une seule personne, toutes ses actions et ses souffrances étaient par conséquent divines et, comme telles, d'une valeur infinie; il eût pu, par la moindre souffrance^ par
une seule goutte de son sang, racheter les péchés du monde entier; mais ce qui suffisait à la justice de Dieu, ne suffisait pas à son amour. Pour nous, il voulut verser son sang par torrents; pour nous, il voulut mourir de la mort la plus douloureuse comme la plus infâme, de la mort de la croix. Sa rédemption fut surabondante, inlinie.
Mais ce qui n'est pas moins pour nous un objet d'ndmiration et un juste motif de vive gratitude, c'est cin'il n'a pas seulement fourni une satisfaction infinie; la manière dont il expie nos péchés est en même temps la plus énergique prédication contre eux. Combien do fois les saints docteurs de l'Eglise ne nous ont-ils pas, dans ce sens, présenté sa croix comme une chaire éloquente où il ne nous enseigne pas seulement la vertu, mais où il condamne sévèrement le péché et nous eu inspire la plus vive horreur, en prenant sur lui toutes les différentes sortes de péché, la punition qui convient à chacune, et la souffrance opposée à la jouissance particulière qui y a été goûtée. C'est par là que chaque douleur, supportée pour nous parle divin Pénitent, depuis son agonie au jardin des Oliviers, jusqu'au Consiimmatuni est, n'est pas seulement une voix qui s'élève vers le ciel et implore pour nous le pardon près de Dieu, mais aussi une éloquente prédication de la pénitence, prédication (jni doit saisir notre cœur, le pénétrer puissamment. La croix est, en
effet, ce grand et sublime livre des Evangiles, tout écrit de son sang précieux, et qui remplacerait même, s'il pouvait disparaître, celui qui a été écrit avec des lettres. Cependant, sur la croix, Jésus-Christ n'a fait qu'achever le grand ouvrage de réconciliation qu'il commence dès qu'il entre dans le monde. Déjà dans la crèche il expie nos péchés, et déjà sa crèche nous est un haut enseignement. Caria racine de laquelle sortent tous les péchés c'est la triple concupiscence : la concupiscence des yeux, celle de la chair, et l'orgueil de la vie. Et à cette triple concupiscence, il oppose un triple mystère par lequel il l'expie, et en l'expiant, la condamne. A la concupiscence des yeux, il oppose le mystère de son infinie pauvreté; à la concupiscence de la chair, le mystère de ses inexprimables douleurs; enfin, à l'orgueil de la vie, le mystère de son humilité et de son profond et incompréhensible abaissement. Et ces trois grands mystères, dans lesquels domine dans son ensemble le grand œuvre de notre rédemption, il les commence déjà dans la crèche, et il les continue ensuite dans tout le cours de sa vie jusqu'à sa mort. Le mystère de la pauvreté : car est-il jamais né un homme aussi pauvre que ce très-puissant Seigneur du ciel et de la terre? le mystère de ses douleurs : car déjà dans la crèche, couché sur la paille, exposé au froid, à l'humidité, ses membres délicats enveloppés de langes grossiers, il commence à souffrir; eu
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fin, le mystère de son liumilité cl de son profond abaissement : car qui ne s'étonnerait de voir venir au monde, dans une ctable et entre des animaux, le Seigneur de toute gloire !
Parconscqucnt, comme nous l'avons dit, Jesus -Christ n'expie pas seulement nos péchés, en offrant pour eux à Dieu son père une satisfaction parfaite et surabondante; la manière dont il les expie est en même temps leur plus éloquente condamnation; la souffrance, par laquelle il délivre le monde de la dette du péché, est encore pour nous une grande école de vérité et de sagesse. Mais cette considération nous conduit à reconnaître de nous-mêmes que, en dehors du but de la satisfaction pour les péchés de l'humanité, il y en a encore d'autres qui doivent être atteints par l'iucaruatiou du Fils de Dieu.
En ce qui concerne ces différentes causes de l'Incarcarnation, il se trouve dans la Sainte Ecriture des indications claires et nombreuses, qui ont servi de base aux exposés des saints Docteurs de l'Eglise.
Entre autres, le Docteur angélique, pour mettre en
lumière, autant que possible, l'infinie sagesse de Dieu
dans ce mystère, réunit ensemble dans l'exposé suivant
les motifs do l'Incarnation, par où nous voyons que ces
mêmes motifs ont encore une relation intime avec notre
fin dernière. \" D'abord, dit-il, il faut considérer que
rincarnation est le secours le plus puissant pour l'homme aspirant à la félicité ; car la félicité de l'homme consiste dans la contemplation immédiate de Dieu. Mais, à quelques-uns il pourrait paraître impossible que l'homme arrivât jamais à une telle contemplation et que l'esprit humain put, à cause de l'immense espace qui sépare les deux natures, s'unir immédiatement à celle de Dieu : l'homme ^lors, saisi et abattu par le désespoir, s'épuiserait en vains efforts vers la félicité. Mais par cela même que Dieu voulut s'unir personnellement à la nature humaine, alors l'abîme infini entre Dieu et l'homme est en quelque sorte comblé. Par cela, il est donc démontré à l'homme, et de la façon la plus évidente, qu'il peut absolument arriver à la claire vision de Dieu, et qu'il peut s'unir immédiatement à lui. Voilà pourquoi il paraît tout à fait convenable à la sagesse, divine, que Dieu ait pris la nature humaine pour protéger, soutenir l'homme dans son effort plein d'espérance vers la félicité, par conséquent aussi pour que les hommes, après l'Incarnation, y aspirassent avec plus d'ardeur, d'après les propres paroles de Jésus-Christ, notre divin Sauveur: « Je suis venu, afin que les hommes aient la vie, et qu'ils l'aient plus abondamment' ! »
2° Les principaux obstacles qui empêchent l'homme d'atteindre laféhcité, sont écartés par l'Incarnation. Car