Voyez son onvraj^p, : Cur Dpus houio
-î l.A VIE CIIRKIIKNAE.
redevable. Mais à quoi l'homme est-il obligé envers Dieu? Il doit soumettre sa volonté à celle de Dieu. Celui qui paie à Dieu ce tribut, lui donne l'honneur qu'il lui doit et il se conforme à la justice. En effet, la justice n'est autre chose que le paiement de ce tribut. Car nous sommes justes, si nous avons une volonté bonne, équitable ; et notre volonté est bonne et équitable, si elle veut ce que Dieu veut ( ce que la volonté de Dieu demande de nous). Car la seule volonté de Dieu est bonne ; et c'est pourquoi, toute autre volonté ne peut être bonne et juste que par cette volonté souveraine, et autant qu'elle s'y soumet et s'y conforme. Les êtres privés de raison accomplissent aussi la volonté de Dieu : depuis que le monde existe, le soleil brille au firmament, les étoiles parcourent la route qui leur a été tracée, les saisons se succèdent avec la plus parfaite régularité, et la terre produit toujours des herbes et des plantes. Mais les créatures inintelligentes accomplissent la volonté de Dieu par une muette nécessité. Seul, l'homme est pourvu d'une volonté libre pour accomplir, avec liberté, la volonté de Dieu et, dans une soumission volontaire, s'assujettir à sa puissante et souveraine grandeur. Mais parce qu'il est libre, il peut aussi se révolter contre la volonté de Dieu, et lui refuser la sujétion qu'il lui doit comme à son souverain Seigneur et Maître. Et c'est ce qu'il fait lorsqu'il pèche ; il enlève et dérobe à Dieu l'honneur qui
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lui appai'iieiiL comme au Très-Haut, il le déshoiiure, il l'uirense. Et le vrai rapport de l'homme avec Dieu étaut uu rapport de sujétion, l'homme par son péché a rompu cet harmonieux rap[.ort. Il s'est formé entre Dieu et lui, un ahîmo, une discorde contre nature, qui s'annonce dans sa propre conscience comme le sentiment de la faute, parce que l'homme est créé pour Dieu, et ne peut, pour ainsi dire, se séparer de lui.
Moi-même, toutes les fois que j'ai sciemment péché, et que ma conscience n'était pas tout à fait étourdie, j'ai éprouvé ce sentiment de la faute. Je sentais qu'un voile était tomhé sur mon àme, et lui obstruait l'accès vers l'éclatant rayon de la lumière divine, en l'enveloppant d'ombre et de nuit. Je sentais quelque chose comme un cauchemar pesant lourdement sur mon àme inquiète, et oppressant mon cœur attristé. Mon àme repliée sur elle-même souffrait, et la paix, le repos avait fui loin d'elle. Tous mes os étaient brisés. J'essayais de me ritrouver moi-même, je cherchais la distraction. Je la cherchais dans le tumulte des affaires, dans les enivrantes et fugitives images de la vie, ou dans la jouissance des plaisirs bruyants ; je la cherchais dans la compagnie de mes semblables et dans la séréuilé de la nature qui m'entourait, ^lais tout ce (jui, aulrcfois, m'avait réjoui et charmé, se montrait à moi sous un fout autre aspect. Et c'é'tait comme si la nature entière eût conjure contre
2Cr LA VIE CHRÉTIENNE.
moi. La lumière du jour, témoin de mon crime, me semblait pleine de reproches. L'éclat de le lune, le scintillement des étoiles, le murmure du ruisseau, le bruissement de la forêt, la terre parsemée de fleurs, tout avait perdu pour moi ses charmes. Kn considérant toutes ces beautés de la nature, j'entendais comme une secrète voix me dire : Tu ne peux plus te réjouir; par ton péché tu t'es aliéné tout droit sur chacune des joies de la vie.
Mais je me sentais surtout mal à ^l'aise dans la pensée de Dieu. Il me semblait que je n'avais plus la permission de regarder vers lui.La crainte et l'angoisse m'éloignaient en quelque sorte de sa présence. Je comprenais et expérimentais par moi-même ce que j'avais vu dans ces pécheurs que la Sainte Ecriture nous donne 'pour exemples : je me représentais Adam après son péché, poussé par le même sentiment de sa faute, se cachant sous les arbres du paradis terrestre, afin d'éviter le regard de Dieu. L'image du fratricide Gain planait devant mes yeux; je le voyais, l'âme déchirée par l'aiguillon du remords, s'abandonner au désespoir. Mais je me souvenais aussi de l'humble Publicain dans le temple, que le Sauveur nous montre comme le vrai modèle du pécheur repentant, et je comprenais pourquoi il se tient à l'entrée du saint lieu, pourquoi il n'ose lever les yeux au ciel, mais frappe sa poitrine et implore de Dieu son pardon.
3° Par ce que nous venons de dire, il est évident que
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le péché qui pèse sur nous, doit d'abord être expié, que Tabîme qu'il a creusé entre Dieu et nous, doit être comblé, avant que nous puissions atteindre notre fin dernière, c'est-ù-dirc notre union parfaite avec Dieu. Mais qui peut expier le péché, c'est-à-dire qui peut fournir à Dieu une expiation compensant la dette de l'offense? Impossible à moi d'expier la dette du péché, et 7ml homme sur la terre ne le peut.
Le motif de cette impuissance repose, d'un coté, dans le caractère du péché, considéré comme offense infinie, de Tautre, dans le caractère des bonnes œuvres humaines, qui n'ont qu'un mi'^riteTini, et ne peuvent par conséquent contrebalancer une offense infinie, ou en d'autres termes, fournir une satisfaction infinie. Sur ces deux points, la tliéologie est unanime. Par le péché, j'offense Dieu, je me mets en opposition avec lui; et parce que le degré de culpabilité d'une offense se mesure au degré de dignité de la personne offensée. Dieu étant un être infini, donc le péché, offense infinie envers Dieu, est une dette infinie. Certainement, tout péché (nous voulons, on le comprend, parler ici du péché mortel) est aussi un abus de la créature; et comme simple abus de la créature, il jpourrait, selon sa dette, être fini. Mais l'ür.lrc moral fondé par Dieu l'exige ainsi : que toute conversion désordonnée vers la créature renferme en même temps un acte par lequel nous nous détournons de Dieu,
le créateur, et qu'il n'y ait aucun abns de la créature qui se tienne hors de relation avec Dieu le créateur de toutes choses. La distinction entre péché théologique et non théologique est une pure fiction rejetée par l'Eglise. Il n'est pas question de rechercher si, quand on pèche, on a conscience que par là on se met en opposition avec Dieu et qu'on l'offense. La malice du péché peut être aggravée par cette conscience qui l'accompagne, mais le manque de conscience n'enlève pas la dette infinie. Aatrement l'oubli de Dieu deviendrait quelque chose de pardonnable et même quelque chose de désirable. Mais si le péché est une offense infinie, il est aussi un mal dont la grièveté ne peut être comprise par une intelligence finie, et il n'est point d'actes humains, si parfaits et si nombreux qu'ils soient, qui puissent entrer en balance avec ce mal. Car l'homme abandonné à lui-même (et celui qui est séparé de Dieu est livré à luimême) est, dans tout ce qu'il peut faire et offrir ue bien à Dieu, enfermé dans les limites du fini, et il ne peut en sortir.
Même les anges les plus élevés en gloire ne sont que des êtres finis; et, livrés à eux-mêmes, ils ne peuvent rien fournir qui compense l'oifense infinie de l'homme; ils ne peuvent donc non plus satisfaire pleinement à la justice de Dieu pour cette offense. Pour que l'offense infinie de l'homme soit expiée, il faut qu'un Dieu-honune
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inicrvienne : celui qui veut expier l'offense de l'iionmie, doit être homme, car la faute pèse sur l'homme; un être pris dans l'espèce humaine doit accomplir l'expiation, afin qu'elle puisse être valahle pour l'espèce humaine; et il doit en même temps être Dieu, parce que seul le mérite d'un être infini peut compenser une offense infinie. On voit donc que notre unique espérance de pouvoir jamais atteindre notre fin dernière, repose seulement sur notre rédemption par Jésus-Christ le Dieu-homme.