‹ La vie chrétienneChapitre 28 sur 75 · Mathieu , xxv · texte numérisé non relu

Mathieu , xxv

MORALE CHRÉTIENXE. 10 l

monde non chrétien nomme amour? L'un s'oublie lui-même, il aime,ildonne pour l'amour de Dieu, coulent si l'œil de Dieu seul, voit le bien qu'il fait au prochain ! L'autre né de la chair, n'aime que d'une manière charnelle ; il aime seulement où il est aimé, il ne donne que pourrecevoiroupourse procurer à lui-même des créatures parses bienfaits : en un mot, il n'est que la triste contrefaçon de l'amour vrai du prochain, il n'est au fond qu'un égoïsme voilé. Et pourrait-il en être autrement? Dans le monde étranger ou hostile au christianisme, il ne se trouve aucun terrain solide pour l'amour du prochain comme le chrétien l'exerce : sur ce sol, toute condition d'existence lui manque. Pour pouvoir vraiment aimer le prochain, il faut en connaître la valeur et la dignité, car un véritable amour est impossible sans une véritable estime. Mais avant le Christ et en dehors du Christ, où pourrai-je trouver la vraie dignité de l'homme reconnue et estimée ?

L'estime que l'antique paganisme faisait de la dignité humaine, nous apparaît surtout dans cette plaie si générale et si profondément enracinée de l'esclavage, et même les plus sages des philosophes 'païens n'ontils pas protégé ce honteux avilissement de l'homme? Mais le paganisme moderne ne voit de même dans l'homme qu'un animal perfectionné. Comment cette noble fleur de l'amour vrai du prochain pfjurrait-elle

fleurir sur un terrain si impur, si fangeux? Même en supposant que, hors du Christ, la dignité de l'homme lut reconnue, où serait, hors de lui, la force qui élève l'homme jusqu'à l'oubli, jusqu'au sacrifice de soimême pour l'amour du prochain?

Ce n'est donc pas en vain que le divin Sauveur a indiqué cet amour comme un signe caractéristique auquel on reconnaîtrait ses disciples. Déjà dans les premiers siècles de l'Eglise, les païens, en se montrant les chrétiens, disaient : « Voyez comme ils s'aiment les uns les autres ! »

L'amour des pauvres, des délaissés, des souffrants et des opprimés de toute espèce, les disciples l'avaient appris du divin Maître lui-même. Dans son esprit de sacrifice seulement, ils puisaient la force nécessaire au généreux exercice de cet amour. On a pu, comme le fit Julien l'Apostat, contrefaire cet amour des chrétiens devenu proverbial, on a pu essayer de transplanter sur un sol païen, quant à leur forme extérieure, les établissements créés par l'amour chrétien ; mais où était l'esprit qui donne la vie à ces institutions?

Et encore après tant de siècles, le trait distinctif des vrais disciples du Christ n'a pas cessé, de nos jours, de jeter son éclat. Les ennemis du nom chrétien pensent pouvoir se mesurer au moins sur le champ de l'amour avec le christianisme, le dépasser en zèle pour

le bien de riuimanité, et même montrer que l'on peut se passer de lui. Mais les institutions que fonde Tamour chrétien, dévoué jusqu'au sacrifice, et par lesquelles il a su procurer à chaque souffrance un secours toujours prêt, à chaque misère un frère ou une sœur de charité, — eux, d'une main froidement hardie, ils ont bien pu les détruire les unes après les autres, mais aussi quant à en édifier une seule, ils n'ont pu jusqu'ici y réussir. Le manque de tout amour véritable est écrit an front de ces efforts soi-disan' tentés pour le bien de l'humanité et son progrès ; et parce qu'ils sont sans amour, ils sont aussi sans bénédiction. Froid mépris et exploitation des hommes en vue de l'intérêt personnel et de l'ambition, abus de ces mêmes hommes pour les œuvres de l'injustice, leur abaissement dans la fange et la boue, égoïsme raffiné de plus en plus grossier ; tels sont les seuls fruits qui croissent sur le sol païen et déchristianisé. Le vrai amour du prochain, au contraire, croît, prospère seulement là où est l'esprit de Jésus - Christ, et où il coule de la source même ùe l'amour, suivant cette belle comparaison de sainte Catherine de Sienne : « Si vous prenez un vorreet que, le tenant dans la fontaine, vous y buviez, vous pourrez y boire autant que vous voudrez, il ne se videra pas. Mais si vous le relirez de l'eau, dès que vous aurez bu, le verre sera vide. »

2° L'amour chrétien du prochain, comme écoulement de l'amour de Jésus-Christ, cmbi^asse tous les hommes. Mais son action ne peut s'étendre à tous dans la même mesure, « il ne peut» commo le dit saint Augustin, profiter à tous ^ i; La seule chose que l'amour puissefaire pour tous les hommes sans exception, c'est de prier pour eux, et il le fait tous les jours dans l'Oraison dominicale. Ailleurs encore, particulièrement à la sainte Messe, il se souvient des besoins et des afflictions, non-seulement de toute la chrétienté, mais de toute l'humanité. Mais, en ce qui concerne les milliers d'hommes que je rencontre réellement sur le chemin de la vie, mon amour pour la plupart d'entre eux, ne peut se manifester que d'une manière négative, en raison du peu d'étendue de mes forces et de mes moyens. Je ne suis envers eux ni envieux, ni malveillant, ni soupçonneux ; je n'en méprise pas un ; dans l'orgueil de mon cœur je ne m'élève au-dessus d'aucun; je ne blesse envers personne les égards dus à l'amitié, à la politesse, aux convenances sociales; je ne nuis à aucun dans ses droits et ses biens, ni dans ses richesses extérieures en blessant son honneur et sa réputation, ni dans ses biens intérieurs parla tromperie, le scandale et l'impulsion au péché ; bref je ne reste redevable envers aucun. Si l'accomplisse-

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