‹ La vie chrétienneChapitre 29 sur 75 · I. Doclrihe chrdlicnne, chap. xxxvii · texte numérisé non relu

I. Doclrihe chrdlicnne, chap. xxxvii

ment de ces devoirs de justice résulte en moi d'une eslime vraie et d'une bienveillance entière pour mes s emblables, alors mon amour envers le prochain s'y manifeste d'une manière réelle quoique négative.

Mais envers ceux de mes semblables que quelque indigence spirituelle ou corporelle recommande spécialement à ma tendresse, comme ceux auxquels je tiens par les liens de la nature, de la famille, par des rapports sociaux, par état ouparvocation; enversceux-làmon amour peut et doit se manifester par des actes et d'une manière véritablement active. Et pourtant le bien que je leur fais ne saurait égaler ce/?</ que je leur veux; car je ne puis aider et secourir autant que le voudrait mon amour, ceux auxquels je dois aide et assistance. Il s'élève conséquemment ici la question comment l'amour ou charité doit être ordonné envers les personnes auxquelles je le dois. Qui dois-je aimer davantage? dois-je aimer les meilleures et les plus vertueuses personnes, plus que mes proches et ceux qui m'appartiennent, mais qui sont moins recommandables ? Et même parmi mes proches et alliés, quels sont ceux que je dois préférer? Est-ce ma mère ou mon père, mon père ou mon fils, mes parents ou mon époux, mon époux ou mes enfants, mes enfants ou ceux qui sont confiés à ma charge? Ces questions et d'autres semblables ne sont ni oiseuses, ni très-faciles à éclaircir : elles sont expliquées à fond par

106 ^ LA VIE CHRÉTIENiXE.

le saint Docteur aiigélique'. L'opinion que tons les hommes, en vertu de l'amour du prochain, doivent être ég-alement aimés, est rejetée comme fausse par ce saint Docteur, et il s'appuie sur cette proposition générale que l'amour doit êtie bien ordonné. Que les meilleurs et les plus vertueux doivent être préférés à tous les autres, cela parait indubitable ; car ne sont-ils pas plus semblables à Dieu, plus près du saint cœur de Jésus ? Et peut-il être quelque chose de plus décisif pour l'ordre et la mesure de noire amour, que l'union plus proche ou plus éloignée des personnes à aimer avec Dieu ou avec Jésus-Christ, dans lequel seul l'amour du prochain a sa source, sa règle et son but? Dans la patrie céleste, où l'amour, comme aussi l'ordre qu'il a à garder, loin de cesser, recevra au contraire sa complète perfection, lerapport des saints avec Dieu, c'est-à-dire leur degré de sainteté phis ou moins élevé, sera aussi, pour la mesure de mon amour envers eux, le point important et décisif. Là-baut, Dieu est tout en tons. Phis intime est l'union des saints avec Dieu, et par conséquent plus parfaite leur félicité, plus seront-ils aimés de moi. La parfaite conformité de ma volontéavec celle de Dieu, conformité qui a lieu nécessairementdans le ciel, le demande ainsi. Comme je ne veux dans le ciel que

Page 1