‹ La vie chrétienneChapitre 31 sur 75 · Suiiitn. tliéo.W. II. qii. xwi, ait. i:i · texte numérisé non relu

Suiiitn. tliéo.W. II. qii. xwi, ait. i:i

108 t LA VIE CHRÉTIENNE.

s'aime pas soi-même, comment pourrait-il en aimer un autre ? C'est pourquoi dans aucune circonstance, je n'ai la permission, pour arracher au danger l'âme de mon frère, de mettre la mienne en péril; je ne dois commettre aucun péché, pour [affranchir le prochain du péché '. Encore beaucoup moins, devrais-je sacrifier les biens de mon âme, aux biens extérieurs des autres. Cependant la règle donnée, que je dois m'aimer moimême plus que le prochain, ne peut exister que lorsqu'il s'agit de mes plus grands biens, de ceux de mon âme, de mon salut que je dois, après Dieu, préférera toute autre chose. D'après ce que nous venons de dire, je pais, je dois même, pour l'amour du prochain, souffrir du dommage dans mes biens extérieurs, non pas seulcmenL pour son bien spirituel et éternel, mais même pour son bien temporel et corporel. Mon repos, mes aises, mon plaisir, mon avantage extérieur, ma santé et ma vie même, je puis et parfois je dois les offrir au prochain, les lui sacrifier. Souvent, c'est un devoir pénible, sévère, souvent c'est une haute perfection et l'héroïsme de la vertu. Mais ce que je perds ici dans l'homme extérieur, je le gagne dans mon être intérieur, c'est-à-dire dans celui qui vaut le plus, et la règle qui m'ordonne de m'aimer après Dieu plus que le prochain, ici encore

1. Voy. S. Thomas d'Aquin, Sam. Ihéol. II. H. qu. xxvi, arl. i.

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reste donc intacte. Mais si la règle qui m'ordonne dans la première manière de m'aimer plus que le prochain, est juste, il s'ensuit que, outre la relation que les personnes que je dois aimer ont avec Dieu, c'est-à-dire leur plus ou moins de perfection, leur relation avec moimême est aussi la mesure qui doit régler l'ordre et le degré de mon amour. Les personnes qui me sont le plus attachées par les liens du sang, de la famille, de l'amitié, ou par quelques rapports d'état et de société, doivent avoir part à mon amour, suivant le degré d'union plus ou moins intime qu'elles ont avec moi. Non pas, à la vérité en tant qu'il s'agit dans cet amour de l'estime et delà considération de ces personnes, mais des efforts que réclame de moi leur vrai bien. C'est la relation qu'elles ont avec Dieu qui doit décider dans quel degré je d:is les estimer ou les apprécier. Colles que je reconnais pour plus intimement unies avec Dieu sont plus dignes de mon respect et de mon estime, je les leur dois donc dans une mesure plus large, quelque éloignées que puissent être mes relations avec elles. La vérité elle-même l'exige ainsi. Mais lorsqu'il s'agit de contribuer à leur bien, c'est leur rapport avec moi qui décide du degré de mou amour pour elles. Plus leur relation avec moi est intime, plus je dois être soucieux de contribuer à leur bien, non pas simplement par un penchant purement naturel, mais par le motif de la

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saiiito charité^ et pour obéir à la volonté de Dieu qui luimême a formé ces liens étroits, comme des titres à l'amour, titres nouveaux qui viennent s'ajouter à ceux sur lesquels s'appuie l'amour du prochain ' ; aussi d'après la parole formelle de l'Apôtre : Si quelqu'un n'a pas soin des siens, et particulièrement de ceux de sa maison, il a renié la foi, et il est pire qu'un infidèle \

3° L'amour chrétien du prochain n'excluant aucun de ceux que le Christ lui-même n'a pas rejetés sans espoir, il ne peut donc exclure les ennemis. L'amour des ennemis nous est aussi expressément commandé par le Christ que l'amour du prochain, a Vous avez entendu qu'il a été dit : Vous aimerez votre prochain, et vous haïrez votre ennemi. Mais moi jo vous dis : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient, afin que vous soyezles enfants de votre Père qui est dans les cieux, lequel fait lever son soleil sur les bons et surles méchants, et pleuvoir sur les justes et sur les ingrats '\ » Mais quand même il n'existerait pas un commandemant si formel d'aimer ses ennemis, cet amour n'est-il pas émané de l'esprit de Jésus-Christ, et déjà renfermé dans celui que nous lui devons à lui-même? Qu'est-ce donc que l'œuvre

1. Voy. S.Thomas d'Aqnin, Summ. Ihéol. II. II. qii. xxvi, art. 7.

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