CHAPITRE IX
l'amour pour la mère de JÉSUS-CURISr.
i° Parmi tous les êtres créés, le plus cher au cœur de Jésus, c'est sans contredit sa sainte Mère On ne peut imaginer une union plus intime que celle qui existe entre lui et Marie. Il n'est pas nécessaire de remonter dans l'histoire anticipée de notre rédemption, jusqu'à la promesse faite dans le paradis, où déjà nous voyons ces deux noms très-aimables, très-doux el très-saints, si intimement joints l'un à l'autre. Il n'est pas nécessaire non plus de parcourir pas à pas l'hisloire du Nouveau Testament, pour y voir, partout et toujours, tout à côté de Jésus, sa sainte Mère; dans la vie de Jésus-Christ, celle de Marie se rencontre partout élroitcment unie. En disant qu'elle est sa vraie Mère, et qu'il est son vrai Fils, ne disonsnous [)as tout? Ou bien, cette relation, la plus naturelle, la plus intime (|ui puisse jamais exister entre deux êtres, aurait-elle, quand il s'agit d'eux, moins de puissance?
Parce qu'il est le Fils éternel de Dieu, en était-il moins pour sa mère un fils pénétré du plus tendre amour ? Il aimait tant notre humanité qu'il en prit, autant que cela fut possible sans porter préjudice à sa sainteté, les plus grandes faiblesses et les plus grandes misères, même jusqu'à cette sueur de sang au Gethsémani, et il n'aurait pas accepté de notre nature humaine ce qui en est un des plus beaux et des plus nobles attributs, l'amour fihal, l'amour pour une mère qui le porta neuf mois dans son chaste sein, qui l'allaita de son lait virginal? Les indications de TEvangile ne nous laissent pas le moindre doute à ce sujet; c'est-à-dire qu'iln'y eut jamais, au contraire, de fils qui ait tant aimé sa mère, comme, d'autre part, il n'y eut jamais de mère qui ait été attachée à son fds par un semblable amour; elle rapport mutuel et intime qui les unit comme mère et comme fils, est encore surpassé de bien loin par l'union réciproque de ces deux âmes, de ces deux cœurs. Car si Jésus-Cbrist s'unit par l'amour^ dune manière plus intime avec ceux qui lui sont plus semblables, dans quelle âme son image est-elle imprimée en caractères plus particuliers et dans une beauté plus parfaite? Et même en remontant jusqu'aux plus illustres des Chérubins etdes Séraphins, quel est l'être créé dont l'éclat ne soit surpassé par celui de la sainteté de Marie?
Si le rapport qu'ont avec Dieu ou avec Jésus-Christ les
personnes qu'il me faut aimer, doit être la mesure de mon amour pour elles, quelle est la créature qui aurait un plus juste droit à mon amour, que Marie? — Mais en dehors du rapport qu'ont avec Dieu ou avec Jésus-Clirist les personnes que je dois aimer, leur rapport avec moimême est, comme nous l'avons vu plus haut, décisif pour la mesure de mon amour envers elles. La relation de Marie par rapport à moi est celle d'une mère avec son enfant. Jésus-Christ lui-même me la donna pour mère. Dans son amour extrême, dans sa libéralité infinie, il nous donna tout : il nous donna tout ce qu'il est lui-même, tout ce qu'il possède. Il nous donna son Père pour notre Père ; car il devint fils d'Adam, fils de Dieu, et afin que nous devinssions des fils de Dieu, afin qu'il put dire à ses Apôtres en quittant cette terre : « Je monte vers mon Père et votre Père. » Et avec le même amour et la même générosité, il nous donna aussi sa mère. Il voulut que celle qui, devenue féconde par la vertu du Saint-Esprit, l'enfanta selon la chair, nous enfantât aussi selon l'esprit, afin qu'elle put, ainsi que l'exprime saint Augustin, « coopérer par son amour à notre naissance comme enfants de Dieu. » Par suite d'un mystérieux décret do Dieu, elle est conduite sous la croix, afin que là son amour concorde avec celui du Père céleste, et que là, avec le Père éternel, elle offre, elle livre son propre fils à cette mort iguomi-
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nieusc. Et en toute obéissance, elle s'abandonne à ce dessein suprême. Comme un jour elle le conçut en disant : Je suis la servante du Seigneur» cccc oncilla Domini), de même maintenant elle le rend à son Père. Debout au pied de la croix, elle regarde son divin Fils, puis lève aussi son regard vers le Père éternel dans le ciel ; et elle semble dire de la voix de son cœur déchiré par la douleur, mais aussi épanoui d'amour pour Dieu le Père : « Yousle voulez^ ô Dieu, Père céleste, vous voulez que je consente à votre éternel dessein et que, en union avec vous, je livre mou fds bien-aimé au supplice d'une mort honteuse, pour le salut des pécheurs. Grande, à la vérité est la douleur qui perce mon àme à ce sacrifice, mais je ne veux que ce que vous voulez, eccc ancilla Doinini, (voici la servante du Seigneur.) » Dans cet esprit de sacrifice et dans cette douleur de l'amour, Marie nous enfanta au pied delà croix. Du haut de cette croix, son fils lui-même nous la donne pour mère, de même que dans la personne de Jean, il nous donne à elle pour enfant : « Femme, voici votre fils; Jean, voici votre mère ! »
Par conséquent, soit que je considère le rapport de Marie avec Dieu et avec Jésus-Christ, soit que je considère celui qu'elle a avec nous-mêmes, il n'y a aucune créature, aucun être dansle ciel et sur la terre, à l'exception du Dieu en trois personnes et du Dieu devenu homme, Jésus-Christ, que je doive aimer plus profondé-
MOI-, ALE CHRÉTIENNE. Hl
ment, plus tendrement, avec plus d'abandon et de vénération, que Marie. Si cet amour intime, tendre, soumis et respectueux env^ers Marie vient à manquer, qu'on dise ce qu'on voudra, il manque aussi l'amour pour Jésus-Christ, il manque la piété chrétienne; et toutes les vertus étant liées,unies ensemble par l'amour, alors il manque véritablement la vertu chrétienne. Etptir opposition, où l'amour de Jésus-Christ règne, où le vrai esprit chrétien et le sentiment chrétien se trouvent, là se place aussi de soi-même l'amour de Marie, non pas un amour comme celui que nous ressentons pour nos semblables, mais un amour extrêmement profond, doux, tendre^ qui ne peut être exprimé par des paroles, ni rendu compréhensible à celui qui ne le possède pas. — Ueprésentez à ce cœur qui n'aime pas la Vierge tous les motifs do cet amour profond et tendre, de cet honneur dû à Marie, placez dans une aussi belle lumière que possible les deux motifs que nous avons nommés plus haut, appuyez-vous sur les preuves de la sainte Ecriture et de la plus ancienne tradition, sur la relation intime des dogmes chrétiens les uns avec les autres, sur la croyance unanime des peuples chrétiens, renvoyez-le même au témoignage de la saine raison et du cœur ; le langage que vous [larlcrczlui sera incompréhensible. « Le langage de l'amour ne [)cut être compris que de ceux qui aiment. Il sera toujours une langue •'■trangère pour relui qui n'aime pas, > comme le dit saint
Bernard '. Cette intimité, cette tendresse, cette douceur de l'amour et de la dévotion envers Marie parait, à celui qui n'aime pas, singulière, bizarre, inexplicable, peutêtre même scandaleuse, folle et déraisonnable. Mais de plus, celui qui est assez heureux pour posséder cet amour tendre et profond ne pourrait rendre raison de la manière dont il est né en lui. L'a-t-il, par hasard, appris dans les livres? lui a-t-il été apporté par quelques motifs extérieurs? Une pieuse mère le lui a-t-elle Inoculé dans l'âme avec le lait maternel ? Certes^ une bonne et pieuse mère est pour les enfants un inappréciable bonheur. Ce qu'elle ne peut, près des êtres chéris qu'elle a portés dans son sein, obtenir par des paroles tendres et pressantes, elle l'obtient par la puissance de ses larmes et de ses prières vers Dieu, et les deux noms si doux de Jésus et Marie sont les premiers qu'elle place sur leurs lèvres enfantines. Mais combien en est-il qui n'ont pas eu en partage ce bonheur de posséder une mère pieuse, pleine d'amour et de sollicitude, et qui cependant aiment Marie, sont pénétrés pour elle d'une tendresse indicible et profonde? De qui l'ont-ils apprise? Cet amour tendre^ profond, cette dévotion envers Marie s'est pour ainsi dire emparé d'eux, et il ne savent eux-mêmes comment. Dans leur jeunesse, trompés par les illusions et les attraits du monde, ils s'é-