‹ La vie chrétienneChapitre 34 sur 75 · Serin. 79 in Cantic · texte numérisé non relu

Serin. 79 in Cantic

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taiont peiit-t'-fro détournés du droit chemin. La grâce qui les avait poursuivis et à laquelle ils avaient si longtemps échappé, les avait enfin trouvés et amenés à cette connaissance que tout est vanité, rien que vanité, excepté craindre Dieu et ohscrvcr ses commandements. Jésus vint à eux ; il apporta sa lumière et sa paix dans leur àmc égarée et obscurcie. Mais Jésus vint à eux comme il vint autrefois à son précurseur Jean encore caché dans le sein de sa mère Elisabeth, il y vint avec Marie. Par cette même grâce, il leur versa dans l'àme le même amour indiciblcmcnt tendre et profond : amour envers lui-même, amour envers elle, la Mère du bel amour. Ces deux amours sont inséparables, et les expliquer d'une manière naturelle est aussi impossible pour l'un que pour l'autre. C'est le Saint-Esprit qui opère ce double amour tendre, intime et saint, cet amour de Jésus, en même temps que l'amour de Marie.

2" L'amour plein de vénération envers Marie ne peut naturellement pas s'exprimer par le désir d'augmenter ses biens ou sou incomparable bonheur: la seule manière dont il puisse se manifester, c'est en se réjouissant de la surabondante et immuable félicité dont elle jouit, félicité dont il la glorifie, et pour laquelle il loue et remercie Dieu, chantant ce sublime Magnificat, dans lequel un jour c//e ofi^rit cWc-mèma à Dieu sa louange et sa gratitude pour les merveilles qu'il a

opérées en elle par son amour : Magnificat, pur chant d'action de grâces qu'elle continue de lui offrir dans le ciel.

Mais où est mon trésor, là est aussi mon cœur. Si J'aime vraiment Marie, son nom si cher est imprimé dans mon cœur, sa belle image y brille d'un éclat qui ne peut ni pâlir, ni s'effacer; elle plane au-dessus de moi, en quelque lieu que je sois. Elle est ma joie, mes délices, mon rafraîchissement. Si mes travaux et mes affaires m'en éloignent, ma pensée et mon penchant m'y ramènent bientôt, et toujours avec un nouveau bonheur. Les mystères de sa vie sont le plus agréable objet de ma pensée et de ma méditation. Les jours que l'Eglise consacre à sa mémoire sont pour moi de vrais jours de fête, des jours de sainte joie. Cependant je ne puis garder enfermés dans mon coîur mes vifs sentiments, ni mon attrait vers elle. Ils se répandent comme d'eux-mêmes en hommages et en prières à sa louange. La salutation que l'ange lui apporta un jour du ciel sur cette terre, souvent, bien souvent, je la lui renvoie de la terre au ciel !

J'aime le Rosaire qui, à sa louange, réunit comme dans une couronne de fleurs, ses mystères et ceux de son divin FilS;, et je le lui présente comme l'offrande parfumée de mon amour.

De plus, où est le vrai amour, là est aussi le zèle. Je

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ne puis augmenter la félicité de Marie par le feu de mon amour, mais pour l'honorer, je puis agir. Si cet amour est réellement zélé pour l'honneur de Marie, il me presse de répandre la louange de son nom, de lui gagner par l'exemple de ma vénération pour elle, comme par des parole?, des images, des écrits, les cœurs de mes semblables, en particulier de ceux qui me sont confiés ; il me presse d'imiter ses vertus et de porter aussi tous les autres à cette imitation.

Marie ne m'a pas seulement aimé en affections et en sentiments du cœur, elle m'a aimé enactio}i, car elle m'a donné ce qu'elle avait de plus cher, son Fils auquel toute son âme était attachée; elle m'a enfanté sous la croix de son Jésus dans les douleurs d'un maternel amour. Et cet amour si riche en sacrifices et en douleurs, no dois-je pas le lui reiulre en un filial amour, actif et géuéreux, ou du moins ne dois-je pas faii'c tous mes efforts pour cela? Et comment pourraisje mieux répondre à cet amour qu'en cherchant à former toujours plus parfaits en moi les traits de sa propre image, ou plutôt de l'original divin d'après lequel elle s'est formée elle-même ;, c'est-à-dire les traits de l'image de son Fils, afin (pi'cUe reconnaisse avec joie en moi crlni (ju'aii milieu de tant de douleurs, elle a livré poui' moi.

Je ne dois pas être dur, mais compatissant et miséricordieux envers les pauvres et ceux qui souHVcmiI, si

je veux que Marie reconnaisse en moi son Jésus qui passa en faisant le bien à tous, et qui, comme le bon Samaritain^ touché de compassion en nous voyant tous si grièvement blessés, versa l'huile et le vin dans nos plaies. Je ne dois pas être vindicatif, mais je dois pardonner de tout cœur à ceux qui m'ont offensé, afin que Marie reconnaisse en moi son divin Jésus qui, persécuté par les ennemis les plus cruels et les plus méchants, pria pour eux sur la croix en disant : a Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font. »

Je ne dois pas être intempérant dans le manger et le boire, mais je dois châtier mon corps, pour qu'il se soumette à mon esprit, et à la loi de Dieu, afin que les yeux de Marie reconnaissent en moi son Jésus qui, sur la croix, fut abreuvé de fiel et de vinaigre, et qui, pour expier les péchés d'intempérance, se laissa flageller et eut 1.5 corps entier couvert de blessures sanglantes.

Je ne dois pas aimer le monde et ses joies, mais je dois boire à cette coupe de souffrances que Jésus a épuisée jusqu'à la lie, le mépris de tout ce monde vain et de toute sa gloire, afin que Marie reconnaisse en moi l'image de son Fils couronné d'épines, l'image de l'Homme des douleurs.

Je dois avant tout aimer la pureté du cœur, la sainte chasteté, la plus belle vertu que Jésus nous ait apprise, lui qui, comme un lis pur, s'élança du pur sein d'une

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mère vierge, afin que la chaste et virginale Marie reconnaisse en moi l'image de son chaste Jésus.

Cependant, rempli de faiblesse et de fragilité et constamment arrêté, paralysé dans mon élan vers la perfection par ma nature sensuelle, pourrai-jo prouve r de cette manière mon amour à Marie et former en moi, de ma propre main, l'image de son divin Jésus? Non. Mais je puis obtenir de son divin Fils, par sa maternelle intercession, le secours qui m'est nécessaire pour pratiquer cet amour actif et généreux en sacrifices. Et cette prière vers Marie, prière fdiale et pleine de confiance, est ellemême une émanation do l'amour pour elle, une expression de profond respect. Que serait un amour filial sans une confiance filiale? Et en élevant vers Marie mon regard plein de confiance, je reconnais tout autant sa puissance que son empressement à me secourir. Je lui donne de l'amour, pour en recevoir encore davantage.

Je ne serai pas trompé dans ma confiance en elle, car on n'a jamais entendu dire qu'aucun de ses enfants qifelle a enfantés dans la douleur, et qui l'a invoquée avec une vraie confiance, ait été abandonné par elle. Quand mémo une mère pourrait oublier son enfant, elle ne nous oublierait jamais, nous ses enfants, qu'elle a aimés etaime comme aucune mère n'aima jamais les siens, parce que aucune ne lésa enfantés si douloureusement.

et nulle ne peut l'égaler en perfection. Mais si parfaitement qu'elle aime ses enfants, elle est elle-même encore plus parfaitement aimée de sou divin Jésus, qui, tout le temps qu'il vécut sur la terre, ne rejeta jamais une prière qu'elle adressait à son cœui% et qui peut encore bien moins lui refuser quelque chose, maintenant qu'elle partage sa gloire et règne avec lui dans l'éternité, comme reine du ciel et 'de la terre. C'est une partie de sa gloire qu'elle puisse secourir, dans chacune de leurs nécessités et de leurs souffrances, ses pauvres enfants vivant dans cette vallée de larmes, les aider en particulier quand le vin vient à leur manquer, ce vin nouveau qui enivre les cœurs, cest-à-dirc le saint amour. Les chrétiens toujours, ont invoqué Marie dans leur détresse, et si leurs prières étaient pleines de confiance et dignes d'être exaucées, ellc)i l'ont toujours été, non peut-être comme celui (juila priait, le comprenait, le désirait, mais souvent, d'une façon bien plus avantageuse à ses désirs et à son espoir. Nos prières venant de cœurs étroits, ne sont que trop souvent elles-mêmes petites et mesquines. Mais passant par les mains de Marie, elles arrivent cependant jusqu'au cœur de son divin Fils, qui nous accorde par son intercession plus que nous ne désirions !

Peut être que comme conclusion, la magnifique louange de Marie, sortie de la bouche du plus grand poêle chrétien, trouvera ici une place convenable, en

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prêtant ù ce que nous venons de dire sa belle et poétilique expression :

(( Vierge mère, fille de ton fils^humble et haute plus qu'aucune autre créature, objet de la complaisance éternelle.

» Tu es celle qui a eimobli tellement la nature humaine, ([ue son auteur n'a pas dédaigné de devenir fils de sa propre créature.

)) Dans ton sein s'est rallumé l'amour dont lachalcur a fait ainsi éclore cette fleur dans la paix éternelle.

» Ici tu es pour nous un soleil de charité dans son midi, etlà-bas, parmi les mortels, tu es une source vive d'espérance.

» Femme, tues si grande, et tu as tant de puissance, que celui qui veut une grâce et ne recourt pas à toi veut que son désir vole sans ailes.

» ïa bonté ne secourtpas seulement celui (jui demande, mais bien des fois elle va libéralement au-devant de la demande.

» En toise réunit la miséricorde, en toi la pitié, en toi la magnificence, en toi tout ce qu'il y a de bon dans la créature.

» Or celui ({ui du fond du bourbier du monde s'est élevé jusqu'ici, et a vu les existences dcsesprils une à une,

» T(î su[)[)lie en grâce de lui accorder assez de force pouriju'il {)uisse s'éleverencore plus haut du regard vers la félicité suprême.

» Et moi qui n'ai jamais souhaité pour moi ce^.tc vue plus ardemment que je ne fais pour lui, je t'adresse toutes mes prières, te suppliant qu'elles ne soient pas vaines.

» Afin que par tes prières tu dissipes tous les nuages de sa mortalité, en sorte que la souveraine joie se déploie devant lui.

» Je te prie encore, o Reine, qui peux ce que tu veux, de lui conserver entier son désir après une si sublime contemplation.

» Que ta protection triomphe en lui des penchants terrestres. Vois Béatrice avec tous les bienheureux qui joignent les mains pour s'unir à mes prières K »

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