I. Dante, Divine Comcdic, le l'aradis, cliant
ver ; ce ne serait pas de l'or vrai, mais une parure fausse ; ni une réalité, mais seulement une apparence. Toutes les autres pierres de touche du véritable amour et de la vertu chrétienne en particulier, sont incertaines ; leur seul critérium non trompeur c'est l'humluté, non pas une humilité atrectée, ou ne consistant qu'en paroles, mais celle qui agit.
Mais comme le véritable amour ne peut exister qu'avec la vraie vertu d'humilité, il ne peut donc aussi durer que ce qu'elle dure elle-même. Aussi, que faisaient les saints qui ont acquis de si grands mérites, qui ont édifié le monde entier parleur doctrine et par leur exemple ? Ne se déclaraient-ils pas les plus indignes serviteurs de Dieu, et cela dans des expressions qui nous paraissent exagérées, mais qui sortaient de leur âme, parce que se considérant au miroir de la perfection de Dieu et de Jésus-Christ, ils ne voyaient en eux rien qu'imperfections et taches ; et tout ce qui s'y trouvait de bon, loin de le mettre sur leur propre compte, ils ne l'attribuaient qu'à Dieu.
Pénétré de ce sentiment véritable, l'apôtre saint Paul dit de lui qu'il est le plus indigne de tous les apôtres, et qu'il ne mérite pas d'être nommé tel, bien que cependant il ait plus fait que tous les autres. Le saint martyr Polycarpe montant au bûcher parle en ces termes : C'estseulenient maintenant que moi, homme indigne, je commence à
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être un disciple et un serviteur de Jésus-Clirist. Un saint IJasile le Grand est si profondément pénétré du senliment de son indignité, qu'il attribue à ses péchés tous les maux et les souffrances dont sont visitées, de son temps, sa patrie et l'Eglise de Dieu. Un saint François d'Assise avait coutume de dire qu'il ne connaissait dans tout le monde aucun homme plus mauvais que lui. Un saint Bernard se nomme la chimère de son siècle. Un saint Philippe de Nérij tenant le Saint-Sacrement entre ses mains, invoque ardemment Dieu chaque jour en disant : 0 Seigneur, préservez moi, afin que du moins en ce jour je ne vous trahisse pas et que je ne vous cause aucun outrage ! Une autre fois, il disait : La blessure que mon Sauveur a reçue dans son flanc sacré est très-large ; mais si la grâce de Dieu ne me gardait, je la ferais encore plus large. Dans sa dernière maladie, fréquemment il priait ainsi : Seigneur, si je guérissais, je craindrais de commettre encore plus de péchés qu'autrefois ; je vous ai si souvent promis d'améliorer ma vie et sans avoir tenu parole, qu'il me faut presque désespérer de moi-même. Ensuite, il versa un torrent de larmes, et dit : Je n'ai pas encore fait une seule bonne action.
Donc, c'est toujours la même parole qui résonne à mon oreille, et delà bouche de Dieu, et des enseignements comme de l'exemple de tous les saints de Dieu : « Quand vous avez fait tout ce qui vous était commandé,
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dites encore : nous sommes des serviteurs inutiles ; celui qui s'élève sera abaissé, et celui qui s'abaisse sera élevé ; que celui qui se tient debout prenne garde à tomber ; celui qui veut être quelque chose et qui tire vanité de sa vertu et de ses actes vertueux, n'est rien devant Dieu; car Dieu résiste aux superbes et donne sa grâce aux humbles. »
Puis-jc bien me comparer, même de loin, à un de ces grands saints ? Et par conséquent, me convient-il, en présence de tels exemples, de me mirer vainement dans mes avantages, et oubliant ma pauvreté de me glorifier fièrement de mes actions et de mes mérites ?
Toutefois, les tentations contre l'humilité sont souvent très-fortes, toujours renouvelées, et s'élevant de mon propre cœur perverti, elles sont extrêmement dangereuses. Mais aussi combien d'armes n'ai-je pas en main pour repousser victorieusement leurs attaques? Outre la prière humble et les autres moyens de salut el de vertu, ne sais-je pas que l'ennemi qui me tente et me pousse à l'orgueil, ne peut faire quelque chose contre moi que parce qu'il pêche en eau trouble, ainsi que le dit un proverbe ? Conséquemraent, la prière de saint Augustin : « Noverim me, noverim Te^ » 0 Dieu, faites que je me connaisse et que je fo«5 connaisse, n'est-elle pas encore pour moi ici la meilleure devise? Car sije me connais dans toute ma pauvreté, ma perversité, et si je connais Dieu
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daQS toute sa perfection et sa sainteté ; si je me mire souvent dans la loi de Dieu, si chaque soir dans mon examen de conscience, que je ne dois jamais omettre, je me tiens devant ce m'roir, omnont alors puis-je bien me vanter encore de mes mérites, de ma vertu, et m'élever fièrement contre Dieu?
Et combien d'autres occasions ne s'ofTrent pas à mo i qui, toujours à nouveau^ me font reconnaître mon néant et m'invitent à m'humilier profondément devant Dieu ? Les fautes nombreuses que je commets, tant de bonnes résolutions si souvent renouvelées, et derechef si souvent violées, les jugements vrais ou faux que portent sur moi mes semblables, les torts, les injustices que j'ai à supporter, les souffrances et les épreuves que Dieu m'impose, les disgrâces, les petites contrariétés qui m'arrivent chaque jour, mon manque si fréquent de disposition pour la prière, ma sécheresse dans l'oraison : tout cela n'est il pas autant de motifs pour moi de m'exercer dans l'humilité ? Et toutes ces occasions fidèlement employées, ne sont-elles pas autant de glorieuses victoires sur cet ennemi dangereux que je porte partout en moi et avec moi, mais aussi ne sout-cllcs pas en même temps autant de gains qui profitent à ma vertuet au véritable amour lui-même ?
En deuxième lieu, ce que j'ai à faire pour conserver le saint amour, c'est de Y exercer, car l'amour est une force^
et toute force a besoin d'être fortifiée par l'exercice. Et dans chaque vraie vertu exercée, le saint amour l'est en même temps, comme dans toute vertu blessée, le saint amour est aussi blessé.
Ceci tient à l'essence même de la vertu réellement chrétienne. A la vérité, le saint amour est une vertu 'chrétienne spéciale, car il a pour objet un bien spécial, Dieu, considéré en soi et pour soi, comme le plus grand bien. Mais outre que cet amour est une vertu spéciale, il prête à chaque autre vertu sa forme ou sa vraie direction vers Dieu le but final ; il est, comme dit le docteur angélique \ « le principe de toutes les bonnes œuvres qui peuvent être dirigées vers la fin dernière. »
Nous n'exagérons pas cette vérité, lorsque nous disons que sans le saint amour il ne pourrait y avoir ni de vertus naturelles, ni en particulier, de vertus acquises. Nous ne nions pas que les quatre vertus, nommées cardinales : la prudence, la justice, la force, la tempérance, comme toutes celles qui en découlent, n'aient été déjà connues des païens et exercées par eux. Encore moins, tenons-nous ces vertus naturelles pour de '< brillants vices, » comme les nomment ces hérétiques fanatisés (Luthériens, Calvinistes, Jansénistes) qui nient la liberté delà volonté. Ce que nous soutenons seulement, c'est