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CHAPITRE PREMIER

LA PUlERi:.

Le saint amour étant le lien qui unit toutes les vertus chrétiennes, tout ce qui entretient, nourrit et perfectionne cet amour, est auxiliaire ou moyen de vertu. Il ne faut pas se heurter à ce mot moyendc vertu, et lui attribuer dans la vie chrétienne l'idée de quelque chose de simplement secondaire. Les moyens de vertu ne sont point chose secondaire dans la vie chrétienne. Soutiens indispensables de cette même vertu, ils en sont eux-mêmes Texercice et souvent c'est d'eux que naissent ses plus belles fleurs. Est-ce que toute bonne action qui procède de la vertu chrétienne, n'a pas pour résultat de fortifier en nous cette vertu? Est-ce que la prière, la sainte communion, qui sont les plus excellentes pratiques de l'esprit de la vertu chrétienne, ne sont pas les actes religieux les plus beaux et les plus sublimes ?

Comme moyens prééminents delà vertu chrétienne, il faut compter la prière, la méditation, en particulier la

méditation de la douloureuse passion de Notre Seigneur Jésus-Christ, la réception des sacrements, l'assistance au saint sacrifice de la messe, la penséefréquente des fins dernières de l'homme, la célébration des saints temps et des saints jours.

1° Si nous considérons ici d'abord le premier nommé de ces moyens, c'est-à-dire la prière, nous y voyons clairement apparaître en même temps un moyen d'acquérir la verlu chrétienne, de la pratiquer et d'y progresser. On a dit avec raison que la prière ^t pour la vie de l'âme ce que la respiration et l'inspiration de l'air sont pour la vie du corps. Car la vie de l'âme est le saint amour. Et la prière, j'entends la prière vraie, pieuse, fervente, qu'est-elle autre chose, sinon la respiration et l'inspiration de ce saint amour? Puisque la prière est une élévalion de notre âme vers Dieu, puisque je ne m'élève jamais vers Dieu, sans qu'il s'abaisse en quelque sorte vers moi et même avant que je m'élève vers lui, puisque, comme le dit l'Apôtre, c'est le Saint-Esprit lui-même qui prie en nous par des gémissements indicibles, il s'établit doiic dans la prière, entre Dieu et moi, un commerce spirituel, une sainte communauté. La prière est un amour qui donne et un amour qui reçoit.

Comme le dit le saint Psalmisie, quand je prie, j'épanche mon cœur devant Dieu, je dépose devant lui tout ce que mou âme porte en elle d'amour, de con-

fiance, de joie et de souffrance ; je la lui ouvre tout entière cette âme, de même que j'ouvre mon cœur tout entier à l'ami vrai; et si je donne ainsi à Dieu dans la prière toutce qu'il y ad'amour en moi, combien d'amour ne reçois-je pas de lui en retour? Car qui s'approche jamais de celle lumière radieuse et n'en ef-t pas éclairé ; qui s'approche de ce feu divin et n'en est pas échauffé, qui s'élève jusqu'à cette inefîable beauté et ne puise pas, dans la vue de ces splendeurs infinies, le déplaisir de sa propre laideur^ de ses imperfections et de ses fautes ;'qui s'unit en esprit à ce divin amour et ne reçoit pas de cette mer au moins quelques gouttes pour le rafraîchissement de son propre amour?

Comme on le sait, il y a différentes sortes de prières, et tout ce que nous venons de dire s'applique à chacune d'elles.

Certainement la prière nommée louange ou adoration est la plus parfaite, la plus élevée. Elle est l'expression et l'exercice de l'amour avec lequel j'aime Dieu pour luimême, à cause de son infinie majesté, de sa perfection, de sa bonté et de sa beauté. Par cette prière, je détourne la vue de ma pauvre personnalité et de mes misérables nécessités, je m'oublie en quel(]uc sorte moi-même et m'élève au-dessus de mon être.

Je me plonge dans l'océan do la bonté et de la beauté divines, dans ce torrent de lumière infinie ; et, pénétré du

sentiment delà grandeurdeDieu etde mon propre néant, je voudrais plutôt me taire que parler, et je m'écrierais volontiers avec le Chantre divin : « Mon silence, ô Seigneur, est votre louange. » A cause de sa sublimité, cette prière de louange ou d'adoration était sinon la prière exclusive, du moins la prière préférée de l'homme au paradis, comme elle est celle des bienheureux anges et des saints du ciel.

Mais la prière de remerciement ou d'actioji de grâces n'est-elle pas aussi l'exercice de l'amour? La vraie prière d'action de grâces est certainement un exercice d'amour, parce que sans amour il n'y a pas de reconnaissance vraie envers le bienfaiteur. Dans ma gratitude pour les biens que Dieu m'a dispensés, puis-je oublier l'infinie bonté elle-même d'où se sont écoulés ces biens ? Qu'on se rappelle la prière d'action de grâces de Jésus-Christ, celle des saints, celle que l'Eglise offre à Dieu dans toute célébration delà sainte Messe, et qu'elle nous enseigne aussi à présentera la majesté divine : Verc digjiiim et justum est, nos tibi semper et ubiqiie gratias agere (il est juste et raisonnable^ ô Dieu, que nous vous rendions grâces toujours et partout).

Quant à la prière ùq demande, il faut certainement distinguer entre celle des justes et celle des pécheurs. Chez les justes, elle est l'expression de l'amour, et en même temps du désir de plus d'amour encore, même quand

elle demande les biens temporels, désirés dn vrai chrétien seulement entant qu'ils se rapportent aux biens éternels. Chez les pécheurs, bien que cette prière ne soit pas l'expression d'un amour déjà existant, elle est cependant, si c'est une vraie demande faite au nom de Jésus-Christ, une manifestation de désir vers l'amour; et ce désir, s'il est sincère et assez vivant, renferme en quelque sorte déjà en soi un commencement d'amour, puisqu'on ne peut pas désirer véritablement la justice, si l'on n'a pas déjà commencé de l'aimer.

Si dans ce sens la prière impétratoire est dans une certaine mesure, elle aussi, une respiration de l'amour soit du désir d'aimer en général, soit de celui de conserver l'amour et d'aimer encore davantage, ici encore l'âme donnant l'amour ne revient pas à elle-même vide d'amour.

Au contraire, la prière de demande n'est pas seulement un moyen naturel de vertu, en tant que toute vertu est fortifiée par son exercice même, mais elle est aussi un moyen surnaturel de grâce offert par Dieu lui-même. C'est une clé qu'il m'a mise en main pour ouvrir en quelque façon son divin cœur, et obtenir de lui toutes les grâces qui me sont nécessaires ou utiles pour acquérir la vertu chrétienne, c'est-à-dire le saint amour, ou bien pour le conserver et le perfectionner. Elle est dans son genre tout aussi efficace que les sacre-

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ments, en vertu de cette promesse divine: « En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous demandez quelque chose à mon Père en mon nom, il vous le donnera. » Donc, toutes les fois que notre prière, quand elle est est véritablement faite au nom de Jésus-Christ, monte vers Dieu, sa miséricorde descend sur nous {asccndit jjrccatio, descendit miseratio). Elle n'est pas seulement un moyen efficace de vertu et de grâce, mais encore un moyen qui nous est absolument nécessaire. Dieu ne veut pas que j'obtienne la vertu par mes seules forces. La vertu orgueilleuse qui ne lui a pas été demandée humblement, n'est pas une vraie vertu. La vertu vraie, la grâce pour l'obtenir, je ne puis l'attendre que de lui, de qui tout bien descend, et je ne puis la conserver et la perfectionner que si je reste envers lui dans une constante dépendance. Sans prière, il m'est absolument impossible d'opérer mon salut. Ce ne sont pas mes orgueilleuses œuvres de vertu que Dieu veut couronner dans le ciel, maisbien ses propres dons. Par conséquent, toutes les fois que par les Saintes Écritures, il m'exhorte à travailler pour opérer mon salut, il me demande aussi de môme expressément de me livrer à la prière. (( Agissez, » dit-il d'une part, « aussi longtemps qu'il fait jour, car vient la nuit où personne ne peut plus agir;» « Opérez votre salut avec crainte et tremblement;» « Travaillez à ma vigne; » « Résistez fortement au mai; »

eL d'autre part il dit : u Priez sans cesse ; priez, afin que la tentation ne vous domine pas; priez, afin que vous persévériez jusqu'à la fin. Sans moi, vous ne pouvez rien: [larmoi et par la prière, vous pouvez tout. »

De ce qui vient d'être dit, je conclus que je puis avec une égale raison affirmer cette double proposition: l'homme est comme sa prière, et la prière de l'homme est comme il est lui-même. Les prières des chrétiens parfaits et saints sont autres que les miennes si misérables; elles sont parfaites suivant le degré de perfection de leur vertu chrétienne, ou du saint amour dont elles sont l'épanchcment direct vers Dieu; et aux difFéreuts degrés de perfection et de sainteté d'un homme se mesurent justement ceux de la perfection de sa prière. Mais ce que. je ne suis pas, parla prière je puis le devenir, et plus je prie avec zèle, avec persévérance, avec humilité, avec confiance, avec ferveur, plus j'obtiendrai; je serai ce qu'est ma prière. Portés sur les ailes de la prière, les saints ne se sont-ils pas élevés, de degré en degré, jusqu'à la perfection ? Pour la pratique de toutes leurs héroïques vertus, que j'admire et que je voudrais pouvoir admirer encore davantage, c'est à cette source merveilleuse qu'ils ont puisé la force nécessaire, et cette source ils se la sont ouverte par leurs prières. Là, est la base profonde et mystérieuse de toute leur sainteté. Plus que moi, ils eurent des ennemis à combattre, de

plus fréquents et de pires. Mais souvent, ne leur suffisait-il pas d'élever un simple regard vers le ciel, de faire un signe de croix ou d'invoquer avec dévotion le nom de Jésus, pour mettre en fuite toute une troupe d'ennemis ?

A présent, puis-je encore demander si la prière est pour moi un devoir? Le mot si froid de devoir ne dit-il pas infiniment trop peu? Pour celui qui aime Dieu, la prière, au lieu d'être un simple devoir, n'est-elle pas beaucoup plus un besoin ; dans ce commerce intime avec Dieu, ne trouve-t-il pas sa joie et ses délices, ne reconnaît-il pas que sa plus haute prérogative, à lui, cendre et poussière, c'est de pouvoir nommer Père, celui qui est le Seigneur du ciel et de la terre, de pouvoir lui parler comme l'ami parle à son ami ? Et le dégoût qui me fait abandonner la prière des jours entiers, peut-être des semaines, ne doit-il pas m'ètre un symptôme sur du mauvais état de mon âme ?

2° Dans le cours de ce chapitre, il a déjà été fait une distinction entre la prière de louange, la prière d'actions de grâce et la prière de demande. Il en est encore d'autres. Par exemple, on divise la prière en prière s'adressant à Dieu directement ou indirectement. Sous ce nom de prière indirecte, nous comprenons celle que nous adressons aux saints, car en les invoquant, nous les prenons comme des compagnons, pour nous con-

(luire jusqu'au Irôue de Dieu, et là, par le parfum de leur intercession, rendre nos prières plus agréables au souverain Roi et plus dignes d'être exaucées. Ce n'est pas par manque de confiance en Dieu que nous cherchons notre refuge dans lossaints du ciel, mais beaucoup plus par un sentiment de juste défiance de nous-mêmes. Cette invocation des Saints forme en même tem:)s une partie intégrante de l'honneur que nous leur rendons ; et pour tout chrétien qui connaît son catéchisme, les motifs, empruntés à l'Ecriture sainte, comme à la saine raison pour justifier cette invocation, sont suffisamment connus. Ine autre distinction, [ilus importan<e pour notre but actuel, est celle qui existe entre la prière vocale, s'exprimant par une formule précise, et la prière mentale ou intérieure dont renonciation, au lieu d'être donnée du dehors, jaillit comme d'elle-même du cœur de celui qui prie.

La première, la prière vocale (dont nous voulons seulement ici nous occuper), ne doit pas du tout être confondue avec la simple prière des lèvres dans laquelle le cœur (( loin de Dieu d ne [jrie pas. Cette prière est sans aucune valeur, et, d'après la sentence si connue de saint Augustin, plutôt un ad'ront pour Dieu qu'un honneur. La véritable prière vocale ne répète pas, pour ainsi dire sans pensée et sans intelligence, l'énoncé de la formule consacrée, mais elle s'unit ainsi que le cœur, au

sens des mots prononcés, se l'approprie et l'offre à Dieu. (Le saint Docteur angélique distingue trois sortes d'attention dans la prière vocale : l'attention sur les paroles, l'attention sur le sens des paroles, et l'attention sur Dieu lui-même '). Alors cette prière vocale a une valeur tout aussi grande que celle de la formule consacrée elle-mèmO;, et les distractions, inévitables à la faiblesse humaine, qui viennent se glisser dans la prière, ne peuvent anéantir cette valeur, en tant toutefois que la volonté les combat sérieusement.

Les plus grands saints n'ont-ils pas ainsi prié : oui, le Roi de tous les saints, le grand Adorateur, Jésus-Christ lui-même, n'a-t-il pas exhalé son amour, sa joie et ses douleurs dans les psaumes inspirés de Dieu? Mais ce divin Maître qui nous a enseigné toutes les vertus, a ajouté à toutes les jirières inspirées parle Saint-Esprit et qui sont contenues dans la Sainte Écriture, une nouvelle prière dont la perfection correspond justement à la perfection des vertus pour lesquelles elle doit nous obtenir la force céleste, et qu'il nous a expressément commandée.

C'est celle qui est nommée l'Oraison du Seigneur {Oratio Dominica), la prière divine par excellence. Car quoique toutes les autres tirées de l'Ecriture sacrée, comme

1. Somme théologiçue, seciinda seciinclœ, qiiœst. lxxxiii, art. 13.

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les Psaumes de David, le splendide Magnificat et le Bcnedictiis, Y Ave Maria (dans sa première partie), et cette prière, résonnant jour et nuit sur la terre entière comme dans les hauteurs des cicux : Gloria Patri et Filio et Spiritiii sancto (g'ioirc soit au Père et au Fils et au Saint- Esprit), soient également de divine origine, puisqu'elles ont été inspirées par le Saint-Esprit, cependant le saint Pater noster a coulé immédiatement de la bouche divine, et nous a été expressément ordonné par le précepte direct du Seigneur.

Mais même en laissant de côté l'origine toute divine de cette prière, ne nous apparaîtelle pas, considérée en elle-même, comme le plus parfait modèle d'oraison?

Une prière bonne, parfaite doit, avant tout, nous disent les savants docteurs de l'Eglise et les maîtres spirituels, être ordonnée en vue des biens pour lesquels nous prions Dieu, et cela d'après les paroles mêmes de Jésus-Christ : « Cherchez avant tout le royaume de Dieu et sa justice ; tout le reste vous sera donné par surcroît.» Mais cette juste ordonnance, n'est-elle pas observée admirablement dans l'Oraison dominicale ? Ce sont, avant tout, les biens d'un ordre supérieur, ayant rapport au royaume de Dieu et à sa justice, qui font l'objet des trois premières demandes de cette prière sublime. Ce sont ensuite les seuls vrais maux, les maux du péché, et ceux qui en découlent et ceux qui y con-

duisent de nouveau, que nous prions Dieu, dans les trois dernières demandes, d'éloigner ou de détourner de nous. Et parmi les sept demandes qui la composent, une seule regarde les biens nécessaires à notre vie temporelle ; et même sous ce mot de pain quotidien, pour lequel nous prions Dieu dans la quatrième, il ne faut pas seulement entendre le pain corporel, mais encore, comme l'expliquent les saints Pères, le pain spirituel de la sainte Eucharistie.

De plus, une prière bonne et parfaite doit aussi bien éveiller la confiance qu'inspirer le respect, parce que quand nous apparaissons devant Dieu dans la prière, nous devons, d'après l'expression de saint Augustin, nous présenter comme des « mendiants », comme l'ouvrage de ses mains, cendre et poussière, comme ses serviteurs les plus abjects ; elle doit exciter en nous la confiance, parce que, priant devant Dieu, nous devons épancher notre cœur en amour, et l'amour n'est jamais vide de confiance. Le saint Patej' ne répond-il pas parfaitement à ce besoin? Est-ce que ces paroles du début : « Notre Père qui êtes dans le ciel », n'éveillent pas dans notre cœur un saint respect et en même temps la plus douce confiance? Je m'adresse à Dieu comme à un père ! Y a-t-ilunnomplus doux, plus aimable, plus consolant, plus capable d'inspirer la confiance que le nom de père ? Mais aussi, fiuel respect m'inspire la pensée de ce Père qui de-

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meure dans le ciel, et qui do là «';tend sur le monde entier les effets do sa puissance et de sa sagesse ?

Une prière bonne et parfaite doit être courte, afin qu'elle maintienne la dévotion et le recueillement de l'esprit, d'après ces paroles de n.otre Sauveur : « Quand vous voulez prier, ne vous répandez pas en paroles, comme le font les païens i[ui pensent être plus t(jt entendus, s'ils multiplient les mots ; ne faites pas comme eux, car votre Père dans le ciel sait déjà ce dont vous avez besoin, avant que vous le lui ayez demandé.»

Et ne trouvé-jc pas encore dans l'Oraison dominicale tout réuni pour remplir cette condition : peut-on imaginer une prière qui, en si peu de mots, renferme une substance plus pleine, un contenu plus riche? Cette prière se compose de peu de mots, mais le sens (ju'elle présente est profond, il répond à l'immenso et ardent désir do mon conir, qui no peut èlre apaisé par aucun bien fini, mais [)ar le sou! bien infini, par Dieu lui-même.

Enfin, une prière hoiuie et par faite AoliévaiWav, vivifier, fortifier en moi l'amour, aussi bien envers Di(Mi ([u'envers les enfants de Dieu et mes frères, c'est-à-dire le prochain. Car l'homme vaut ce que vaut son amour ; et la prière qui doit le faire meilleur, plus parfait, le peut seulement parce qu'elle rallume ou lui ia fiammc de l'amour. Ce ne sont pas souh.'ment ukîs lU'oprtîs besoins [tarticuliors, mes intérêts, mes poim's ^pii' je [)i)rtt' devant Dieu

dans le saint Pater Jioster, ce sont les besoins, les intérêts de toute l'humanité dont je me fais le représentant, lorsque je parais devant Dieu en récitant cette belle prière. A chacune de ses demandes, je me rappelle le lien qui m'unit indissolublement à la inultitude entière de mes frères *. On voit que tout ce qui peut être exigé dans une prière-type se trouve recueilli dans TOraison dominicale, et avec quelle raison un homme éminent " ravi de tant de beauté et d'excellence pouvait dire : Si Jésus- Christ ne nous eût laissé rien autre que le saint Patei' noster (si petit avec les petits qu'ils le comprennent, si grand que les plus grands sages ne le comprennent pas encore assez), cette prière, dis-je, serait déjà, à elle seule, une preuve évidente de sa divinité.

Combien de considérations peuvent se rattacher encore ici à ce qu'il y a de beau et de merveilleux dans l'alliance que l'Eglise fait ordinairement du saint Pater avec l'/^ye i>/«r«a; peut-être aussi à l'excellence et à la beauté des difTérentes autres formules de prière que si libéralement m'ofTre cette grande trésorière spirituelle, cette fiancée de Jésus-Christ si richement ornée qu'elle est, en particulier, l'excellence et la beauté du saint Rosaire qui, semblable à une riche et magnifique couronne contient en lui tout ce qu'il y a de bon, de substantiel et

1. Voir le magnifique écrit de saint Thomas sur VOrahon dowinicnle.

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