‹ La vie chrétienneChapitre 58 sur 75 · Suint Jtan, xx · texte numérisé non relu

Suint Jtan, xx

hérétiques et les sectaires comme les Montanistes, les Novatiens, les Donatistes, qui déclarent irrémissibles certaines espèces de péchés, par exemple, l'apostasie de la foi, le meurtre, l'adultère, et qui par là veulent les soustraire aux clés de l'Eglise, ont visiblement fait violence à ces paroles du Sauveur, ils ont fait violence à son amour auquel, dans leur orgueilleuse étroitesse de cœur, ils ont voulu poser des bornes. Non, l'amour de Jésus-Christ, qui est venu en ce monde pour chercher et sauver les pécheurs, ne connaît point de bornes, sinon celles que, dans son aveuglement opiniâtre, le pécheur endurci et impénitent lui pose. C'est une des ruses les plus habituelles de l'ennemi du salut, de me faire voir le péché comme quelque chose de léger, de peu d'importance, d'agréable, afin que trompé par tant d'illusions mensongères, je m'y engage après m'ètre laissé dérober la crainte de Dieu. Mais à peine me suis-je abandonné au mal qu'il cherche, au nom de cette même crainte de Dieu, à m'arracher la confiance pour me précipiter dans le désespoir. « Continue, » me dit-il, «de te livrer à tes jouissances coupables, tu es tombé trop bas pour que le salut te soit encore possible. ;> Non, non, je ne désespérerai point, car le Christ a dit sans restriction, à ses apôtres et à leurs successeurs : « Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, » car je sais qu'il ne veut pas la mort du pécheur, mais sa conversion et sa

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vie. Et quand même mes péchés seraient aussi nombreux que les grains de sable de la mer, quand même ils seraient toute horreur et toute abomination, je ne désespérerais pas encore, mais courbé sous le poids de mes crimes, je me réfugierais sous les ailes de l'incommensurable miséricorde de Dieu. Aux pieds de mon divin Sauveur, je verserais les larmes brûlantes de la reconnaissance, en voyant que, même à moi, pauvre pécheur tombé si bas, il offre encore dans son sacrement l'espoir de la réconciliation? N'était-ce donc pas assez pour votre bonté, o divin Sauveur, de m'avoir purifié dans le bain do la régénération de la tache do mon péché, n'était-ce pas assez d'avoir ormî mon àmc du blanc vêtement de l'innocence et, d'un ennemi de Dieu que j'étais, de m'avoir fait son enfant, son ami? Et comment ai-je mérité cette insigne faveur, moi qui ai sans cessé offensé mou Père qui est au ciel, et vous, ô Jésus mon souverain l/ietifaitcur, moi ([ui ai profané le Saint- Esprit, et foulé aux pieds tautet de si précieuses grâces, comment ai-je mérité de ne pas être, à l'hciu-c présente, rejeté loin de vous sans espérance ?

Le saint concile de Trente dislingue trois parties dans îe sacrement de Pénitence : La contrition^ la confession et \nsafis friction. D'après l'expression techuiiiue île lat*héologie, elles sont poi(r ainsi dire la matière {quasi nx'iteria) de ce sacrement, tandis ([uc l'ahscilniidn du [)iV'tiT »mi

est la forme; car la matière et la forme sont le signe extérieur de tout sacrement. Or comme clans chacun, la jusie application de la vraie forme et de la vraie matière en constitue la validité, c'est aussi le cas pour le sacrement de Pénitence.

De même que le saint Baptême n'est pas valable, si l'on n'y emploie pas de Teau naturelle, ou si ces paroles : <( Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit » ne sont pas prononcées sans altération en même temps que l'eau est versée sur celui que l'on baptise ; de même aussi le sacrement de Pénitence est nul s'il manque une de ces trois qualités essentielles: le vrai repentir, la vraie confession, la vraie satisfaction (la vraie volonté de satisfaire). Par cette triple action, le pécheur se tourne contre le péché et déchire le pacte qu'il avait formé avec lui par ses pensées, ses paroles et ses œuvres. Il avait péché dans son cœur, voilà pourquoi il faut le repentir intérieur, c'est-à-dire la contrition du cœur; il avait péché en paroles, il avait peut-être pallié, excusé ses péchés, peut-être même s'en était-il vanté, c'est pourquoi il faut la confession, cette accusation de soi-même; enfin, il avait péché par action, c'est pourquoi il faut les œuvres de la pénitence et de la satisfaction.

Mais il se comprend de soi-même que ce triple acte doit être précédé de l'examen de conscience. Non-seule-

ment cet examen se place le premier dans l'ensenihlc de l'œuvre de la pénitence, mais il est eu même temps de la plus hante importance. Et cela parce que d'après la sainte Ecriture et les saiuts Pères, le jugement du tribunal de la Pénitence tenant la place du jugement de Dieu, c'est-à-dire le représentant, l'examen, daus ce jugement, doit représenter l'examen de Dieu lui-même. « Car si nous nous jugeons nous-mêmes, » dit la sainte Ecriture ; « nous ne serons pas jijgés. » Eu outre, l'examen de conscience est la condition essentielle pour la Vraie connaissance de soi-même, et celle-ci est la condition nécessaire à la conversion et à tout progrès dans la vertu.

Mais l'examen de conscience est aussi difticile qu'il est important. Il est difticile, d'abord parce que nous nous voyons nous-mêmes de trop près. Car la trop grande proximité, comme le trop grand éloignement, nous empêche de bien voir les choses. Notre œil se mêle à l'objet vu de trop près, il ne distingue pas bien, il voit faux. Un autre empêchement à l'examen de c(misciencc, c'est l'amour-propre si profondément enraciné en nous ; car cet amour-propre fait que nous voulons nous voir meilleurs que nous ne le sommes réellement. Nous ne nous connaissons que trop bien par les beaux côtés, et nous nous y mirons volontiers, mais les côtés mauvais, défectueux ou obscurs ne sont pas connus Je

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nous, parce cjue nous ne voulons pas les connaître; nous nous les cachons à nous-mêmes, comme une femme vaine cherche à se dissimuler ce qu'elle a de difforme. Le monde entier peut-être connaît nos défauts, en parle, nous montre au doigt, à cause de ces défauts; nous seuls ne les connaissons pas, parce que nous en détournons le regard^ afin de ne pas exciter en nous des impressions désagréables.

De cela, j'apprends donc deux choses. Premièrement que ce n'est pas une pure formalité, mais un usage trés-salutaire et très-utile de commencer l'examen de conscience, et avec lui toute l'œuvre de ma pénitence ^<ivV invocation de T assistance du Saint-Esjjrit. 11 n'est pas nécessaire que je fasse cette prière d'après une formule déterminée ; les paroles se trouveront d'elles-mêmes, si je sens et reconnais seulement combien j'ai besoin des lumières d'en haut, combien je suis plein d'amour-propre, et de plus, si je suis vraiment animé d'un désir sincère de voir mon âme telle qu'elle est en elle-même, et telle qu'elle se présente devant le regard profond du Dieu qui sait tout.

Deuxièmement, j'apprends de ce que nous avons dit plus haut, que je ne dois faire cet examen de ma conscience ni légèrement, ni superficiellement, mais m'y appliquer avec le plus grand soin, comme me l'enseigne le saint concile de Trente, scrutant sévèrement mes

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fautes el mes défauts, eu quelque sorte comme ou épie ceux d'un ennemi ou d'un adversaire, afin que cet examen ne laisse rien à réviser à l'examen de Dieu lui-même.

Pour faciliter l'examen de conscience, il est bon d'y suivre une certaine méthode. Je dois mettre devant mes yeux le miroir des commandements de Dieu, afin de voir ce que je devrais être, et ce que je suis réellement. Car ce n'est ni d'après les jugements dn monde, ni d'après ses préjugés que je serai jugé un jour, mais d'après la loi de Dieu. Cette loi me prescrit trois sortes de devoirs auxquels tous les autres se rattachent.

En première ligne, se placent mes devoirs envers Dieu, devoirs les plus importants, les plus saints de tous, el que je ne puis jamais me dispenser d'accomplir. Je ne possède peut-être rien de superflu, et ne puis dispenser de riches aumônes, mais j'ai un ca'îiir que je puis offrir à Dieu. Je n'ai peut êlre aucune science pour instruire mes frères, mais j'ai la sainte foi, au moyen de laquelle je puis m'élever jnsqu'à Dieu ; je suis peut-être paralysé de tous mes miuTil)res, et depuis de longues années étendu sur un lit de douleurs, dans l'impossibilité de faire quelque chose pour mon prochain, mais je puis cependant encore souffrir pour mon Dieu. De lui, de lui seul, je ne puis ni ne dois me détacher. Car lors même que je prenthwij; les ailes de l'aurore et que je

demeurerais aux extrémités de la mer la plus lointaine, j'y trouverais encore Dieu. Maintenant, comment ai-je rempli mes devoirs envers lui: ai je pensé à lui volontiers, de plein gré, ou à contre-cœur, ai-je élevé mes sentiments vers lui? Combien de fois ai-je renouvelé mes bonnes intentions, en lai offrant mes paroles et mes actions, toute ma conduite ainsi que mes soutTrances? N'ai-je pas passé des jours, des semaines sans prier, vivant dans la tiédeur et la paresse? Avec quelle joie me suis-je intéressé à son honneur, au service qui doit lui être publiquement rendu? Ai-je douté des vérités delà foi, ai-je confessé cette même foi? Au milieu des croix et des souffrances, n'ai-je pas chancelé dans ma confiance en lui; dans tout ce qui m'est arrivé de contraire, ai-je été patient et soumis à sa très-sainte volonté.

Aux devoirs envers Dieu se lient intimement ceux envers l'Eglise qui est sa représentante. Comment ai-je remplîmes obligations envers elle? Ai-je observé ses commandements comme les devoirs de mon amour, de ma fidélité et de mon attachement pour elle ?

Aux devoirs envers Dieu et envers l'Eglise, se rattachent deuxièmement les devoirs envers moi-même : Comment ai-je eu soin de mon àme immortelle? Ai-je éfé laborieux, tempérant, pur? Comment ai-je rempli les devoirs de mon état ?

Tiennent ensuite les devoirs envers le prochain,

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comme ils sont prescrits dans les sept derniers des dix commandements de Dieu, tout particulièrement les devoirs envers les père et mère, les supérieurs, les frères et sœurs, les bienfaiteurs, envers mes inférieurs, envers les pauvres, les délaissés, les opprimés, envers mes ennemis. L'esprit du saint amour du prochain a-t-il vécu en moi? Dans ma conduite, ne me suis-je pas montré quelque peu disposé à mal accueillir, disgracieux, capricieux, ou bien indifférent, froid, pointilleux, volontaire et entêté?

(Quelles sont les causes, les sources de mespéchés, quel est mon défaut dominant, mon côté faible, quelles sont mes tentations les plus fréquentes, les plus fortes ?

Knfin, mes bonnes œuvres elles-mêmes ne doivent pas être exclues de cet le recherche ; je dois me demander avec quelle ponclualilé, quelle fidéHh'', dans quel (;sprit, avec quelle intention je les ai accomjjlies, car Dieu^, comme le dit le Prophète, jugera un jour jusqu'à mes (( jusliccs » mêmes.

Mais tout soigneux ef tout attentif que je doive être dans l'examen de ma conscience, il ne faut cependant pas d'un autre coté, que j'aille jusqu'à l'extrême, sem blable à ces personnes scrupuleuses, qui ne sont jamais satisfaites de leur examen, veulent sans cesse le recommeiiC(M' et ainsi se tourmtMiteut, se troublent inutilement. La l'énitence et la confession ne sonljjas instituées

pour martyriser les consciences, comme le déclare l'Eglise ; et elle, qui garde en tout une si juste proportion, qui souhaite toujours que le zèle le plus vrai soit uni à la plus sainte prudence, ne saurait encore ici approuver l'exagération. Combien facile me serait rendu cet examen préparatoire à la confession, si, fidèle à la belle coutume des chrétiens fervents, je ne terminais aucun jour sans m' examiner en particulier?

Maintenant si, par l'examen de conscience, j'ai acquis une connaissance suffisante de mes péchés et de l'entier état de mon âme, alors se présentent àleur tour les trois forces actives nommées plus haut.

La première est le repenti?' ou contrition. C'est, d'après l'explication du saint concile de Trente, une douleur de l'âme, une détestation des péchés commis, avec le propos de ne plus pécher à l'avenir, renfermant conséquemment en soi en même temps deux choses : douleur ei détestation ; le. dis douleur et détestation, bien que, ici, la détestation précède la douleur, car je ne puis sentir de douleur sur mes péchés si je ne les déteste. Il se comprend de soi-même que le repentir, étant le premier acte du pénitent, doive précéder la confession qui n'a de valeur que si elle est repentante ; mais que le repentir précède immédiatement la confession, ou soit encore excité au moment où on la fait, cela est salutaire mais non indispensable. On peut s'exciter au repentir de ses

péchés des heures, des jours même avant de les conftîsser, seulement il doit, comme partie intégrante du sacrement de Pénitence, se trouver en relation avec la confession, y tendre, et nul péché grave ne doit être commis entre le temps où l'on s'est excité au repentir et celui où l'on se confesse, autrement le repentir serait de fait détruit.

Parmi les actes que doit fournir le pécheur, la contrition ne vient pas seulement en première ligne, mais dans un certain sens elle est aussi la plus nécessaire. Dans quelques circonstances, le pardon des péchés pourrait être obtenu sans la confession, si toutefois elle était impossible. De même l'accomplissement des œuvres de pénitence ou de satisfaction ne constitue pas une partie absolument essentielle, mais seulement secondaire du sacrement de Pénitence, et dans certains cas, par exemple pour un mourant, la satisfaction peut être remise, d'autant plus que la volonté de satisfaire dans la mesure du possible est déjà renfermée dans un vrai repentir. Mais celui-ci est absolument nécessaire, en toute circonstance, et il ne peut y avoir de pardon des péchés où il n'y a pas de repentir. Dieu m'absout du péché, et mon cœur tient encore au péché ; ce serait là une contradiction, puisque c'est par le repentir que le cœur se détache d'abord du péché.

Que le repentir doive être surnaturel, c'est-à-dire ex-

cité par la grâce surnaturelle, produit par un motif surnaturel, ou par la crainte de l'enfer (contrition imparfaite), ou par l'amour de Dieu (contrition parfaite) ; qu'il doive être universel, c'est-à-dire s'étendre à tous les péchés commis, au moins à tous les péchés graves ; enfin qu'il doive être si grand, c'est-à-dire que la douleur et la détestation du péché doivent surpasser la douleur que cause le mal de cette vie, quel qu'il soit, de sorte qu'on soit prêt à se priver de tous les biens et à souffrir tous les maux plutôt que de retomber dans le péché : tout m'est enseigné déjà dans le catéchisme, et trouvera dans le chapitre suivant un développement plus complet, ainsi que la satisfaction, troisième acte du pécheur pénitent.

Il ne s'agit plus ici que desavoir comment je dois m'acquitterde la Confession, deuxième acte que doitaccomplir le pécheur, si je veux que le sacrement de Pénitence soit valable, si je veux le recevoir dignement et participer ainsi au bienfait de la rémission des péchés. Entre autres quahtés que doit avoir la confession, elle doit être courte et claire ; courte, c'est-à-dire laissant de côté ce qui ne la concerne pas, ce qui ne sert pas d'intermédiaire au confesseur, pour bien voir l'état de mon kmQ\ claire, c'est-à-dire droite, simple et exposant au prêtre, sans la moindre confusion, les péchés commis. Cependant nous ne voulons pas ici appuyer davantage

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sur ces deux qualités. Elles sont désirables, mais non d'une nécessité si grande rjae la validité du sacrement en dépende. Mais il ne sera valide que si la confession est repentante, vraie et sincère, enfin intcfjre.

La confession doit être repentante , elle doit sortir d'un cœur contrit, être une liumhle accusation de soi-même devant le prêtre, représentant de Dieu. Et ce caractère doit se traduire dans la manière dont je me confesse, comme dans toute ma tenue extérieure : je me présente au confessionnal en posture de coupable et de suppliant, tête nue, si cela se peut, agenouillé sur la terre, semblable au Publicain qui n'osait lever les yeux au ciel, et se frappait humblomcnt la poitrine.

La confession doit être vraie et sincère. Je dois montrer au prêtre le véritable état de mou àme, tel que je le reconnais moi-même. Il ne m'est pas permis de pallier, de déguiser mes péchés, ou de me servir d'expressions à doul)le sens, de détours qui en voileraient, en diminueraient la laideur, ou empêcheraient en particulier le confesseur de les voir dans leur véritable jour.

Enfin la confession doit être intègre, c'est-à-dire que je dois confesser au moins tous mes p(''('h(''S graves, les péchés mortels, dont je me souviens après un examen sérieux, et cela avec les circonstances (pii rendent le péché plus grand ou en changent l'espèce. Cette intégrité de la confession, c'est-à-dire l'aveu complet des

péchés dont je me sais coupable, après un sérieux examen, est suffisante ; — (les théologiens la nomment intégrité formelle, par opposition à l'intégrité matérielle). Les péchés qui ont pu échappera mon examen de conscience, et que j'avais la volonté de confesser, si je m'en étais souvenu, se trouvent compris dans ma confession, et ils me seront aussi pardonnes, à la condition toutefois que je les accuserai danslaprochai ne confession, si je m'en souviens.

Comme nous venons de le dire, il appartient à l'intégrité [ïoYmQWo), jji'etnièremeiit, que je confesse au moins les péchés graves, les péchés mortels que j'ai commis (depuis la dernière confession valable) et dont je me souviens après un examen attentif. Il n'est pas nécessaire, cependant il est utile et salutaire de confesser les péchés véniels, bien que le pardon puisse en être obtenu d'une autre manière que par le sacrement de Pénitence.

On ne peut nier qu'il existe une différence marquée entre les péchés. A la vérité, on dit qu'un péché est une déviation de la loi, et que, dès qu'on s'est détourné de la règle, il importe peu que ce soit de telle ou telle manière. Mais un pareil langage ne contredit-il pas les plus claires sentences de la sainte Ecriture, aussi bien que la saine raison elle-même ? Ou, n'y a-t-il aucune différence palpable entre une calomnie odieuse, préméditée, malicieuse et une parole irréfléchie blessant légèrement la charité? Est-ce que le code pénal n'établit aucune dis-

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tinction entre les différentes sortes d'actions coupables ?

Mais la différence entre péché mortel et péché véniel, comme le nom lui-même l'indique, n'est pas une simple gradation dans le mal, c'est une différence essentielle, comme celle qui existe entre la vie et la mort, puisque par le péché mortel la grâce et l'amour de Dieu, qui sont la vie spirituelle de l'àmc. sont détruits, tandis (|uc le péché véniel n'atteint pas cette vie au cœur, mais n'en altère eu quelque sorte que la surface ; il n'éteint pas dans l'âme la lumière de la grâce, il ne l'obscurcit que légèrement. Toutefois, cela ne veut pas dire qu'il ne doit pas être détesté sérieusement; c'est pour moi une obligation de l'éviter, non-seulement parce que, considéré d'ordinaire comme de peu d'importance, il conduit au péché mortel, semblable à ces maladies légères qui peu à peu amènent la mort du corps, mais encore parce qu'il est un mal qui déplaît à Dieu.

Quant à ce qui concerne la différence iii concreto entre le péché mortel et le péché véniel, on peut poser ici comme règle, que le péché est mortel, lorsque la matière en est grave et qu'il est commis avec une suffisante liberté de volonté. La matière des péchés est grave, s'ils sont directement opposés à l'amour et au respect dus à Dieu, ou encore à l'amour du prochain : comme, par exemple, les péchés contre les trois vertus théologales, et aussi tous ceux dont la sainte Ecriture dit qu'ils ex-

cluent (\n ciel : l'idolâtrie, le pacte avec le démon, le parjure^ l'inimitié, l'envie, la colère, limpureté, la gourmandise, l'avarice, la fraude, le vol, le mensonge, la calomnie. Toutefois, tandis que certaines espèces de péchés nommés ici, s'ils sont commis avec un consentement suffisant de la volonté, conservent toujours le caractère mortel qui n'est nullement modifié par le plus ou moins de gravité de la matière, comme par exemple dans les péchés opposés aux vertus théologales, il en est d'autres qui, au contraire, à cause de la matière peu considérable, peuvent devenir véniels, comme par exemple : le détournement d'objets de peu de valeur, un oubli léger ou involontaire des règles de la tempérance, les mensonges joyeux et encore d'autres manquements semblables. Le consentement de la volonté, suffisant pour former un péché mortel, existe, si d'un côté je connais le commandement violé par le péché, ou si mon ignorance à cet égard est coupable, (car par rapport à ces commandements qu'en ma qualité de chrétien, je dois nécessairement connaître, ou à ceux qui, comme les dix du Décalogue, sont gravés au fond même de mon cœur, il se comprend de soi que mon ignorance à leur égard ne peut nullement être une excuse), et de l'autre rôté ce consentement est encore suffisant, si j'étais assez fort pour pouvoir opposer résistance aux pressantes séductions du péché. Mais, par exemple, si j'ai agi dans le premier em-

portement «l'iui mouvement d'humenr ijni me dominait, si mon esprit était égaré et me rendait incapable de toute réflexion calme, alors il manquait le consentement suffisant pour un péché mortel. Seulement, il faut que je ne sois pas responsable de la cause qui a empêché ma réflexion et le libre consentement de ma volonté. Maints pécheurs d'habitude, par exemple, sont tellement enserrés, éblouis par leur passion qu'ils la suivent aveuglément ; mais de tels péchés d^habitude perdent-ils à cause de cela leur caractère mortel?

Avec une volonté réellement sincère, dans la plupart des cas je ne serai pas incertain sur le caractère des péchés que j'ai commis ; cependant si je le suis, je les confesserai comme douteusement mortels sans en avoir la certitude, et j'en laisserai le discernement au confesseur.

Mais outre cela, il appartient à l'intégrité (formelle) de la confession, deuxièmement, que j'accuse avec les péchés graves, les circonstances qui en changent l' espèce^ ou qui les rendent plus grands. Sur ce point, uous pouvons en référer à ce qui en a été dit dans le chapitre précédent, nous ajouterons seulement que la circonstance du no)}ibre et celle des suites do mon [jéclié, suites que j'ai prévues ou que j'aurais dû prévoir, doivent de même, et cela ne peut faire doute, être comptées dans les circonstances qui rendent le péché plus grand.

Maintenant parlerons-nous en terminant de l'empressement avec lequel je dois me soumettre à la confession. Supposé qu'elle me soit très-pénible, et qu'il faille me faire une grande violence pour en user, n'est-ce pas au Dieu que j'ai tant offensé que je fais ce sacrifice, et ne m'en dédommage-t-il pas par la plus douce récompense ? Mais pour le pécheur vraiment l'epentant et contrit, la confession est moins un sacrifice qu'un besoin.

Est-ce qu'il n'est pas profondément naturel à l'homme de se sentir soulagé, quand il a versé son cœur pressé de douleur dans le sein d'un ami compatissant ? On connaît de nombreux criminels, qui, même au risque de s'exposer aux peines les plus grandes, ont soulagé par un aveu volontaire leur cœur oppressé. Et quel est l'ami auquel j'ouvre mon cœur dans la confession ? N'est-ce 'pas le représentant de Dieu, qui cache sous le sceau d'un silence éternel le mystère qui lui a été confié, et qui d'un autre côté est lui-même un homme pécheur? En efTet, nulle institution religieuse qui réponde mieux à notre plus intime nature et à nos plus véritables besoins, nulle qui nous verse une telle bénédiction surabondante de consolation, de lumière et de sainteté. L'Eglise réclame de moi au moins une confession par année. Mais vu l'utilité si grande de la confession,, le chrétien vraiment désireux de son salut, se contenterat-il de la seule qui soit exigée ?

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