‹ La vie chrétienneChapitre 60 sur 75 · iuliU Luc, XXII, tJl · texte numérisé non relu

iuliU Luc, XXII, tJl

se réunir le lendemain matin, et que ce fut à ce moment qu'il aperçut Pierre ; ou encore ils supposent que la salle dans laquelle Jésus fut interrogé, avait vue extérieure sur la cour, de sorte qu'il avait pu, de là, jeter son regard sur Pierre coupable. Alors je ne nie pas que ce regard de Jésus, mentionné dans l'Evangile, n'ait été extérieur. Et qui pourra se représenter jamais ce regard du Sauveur où parlait toute son àme, regard plein d'amour et de bontés et en même temps plein de douleur et de sévérité! Mais à ce regard extérieur, se joignait le regard intérieur de sa grâce qui pénétra si profondément dans le cœur de Pierre, l'émut et le toucha si fort qu'il se fondit en un torrent de larmes. Ce fut ce regard intérieur de la grâce qui, comme dernière cause, opéra sa conversion. Et Pierre suivant l'impulsion de la grâce, Pierre se rappelant ce qu'il avait fait, se rappelant sa faute, sa témérité, son parjure, le renoncement de son Dieu et de son Seigneur, Pierre se rappelant de quelle ingratitude criante il l'avait payé pour tant d'amour et de bonté, — et se rappelant tout cela sur-lechamp, donne par là à tous les pécheurs un exemple si grand, si beau et si digne d'être imité !

Cependant, au moyen d'une grâce spéciale, d'une grâce extraordinaire, une conversion longtemps différée peut bien encore réussir plus tard ; mais le pkis souvent une conversion différée est une conversion manquée.

Et quelque grand malheur que puisse être un péché commis, toutefois c'est beaucoup moins ce péché que la persévérance qu'on y met et le délai delà conversion, qui précipite une infinité d'àmes dans leur perte.

L'ennemi de notre salut sait ce qu'il fait quand il s'occupe avant tout de gagner du temps. Si nous avons été assez malheureux pour tomber, et s'il voit que, saisis par le regard de la grâce divine, nous voudrions, dans l'inquiétude, l'anxiété et la tristesse de notre cœur, nous relever tout de suite de notre chute et nous retourner vers Dieu, alors il se garde de nous détourner de revenir à lui; il sait que dans la position où nous nous trouvons, nous ne sommes pas encore accessibles à la pensée de nous séparer absolument et pour toujours de Dieu ; il sait que quand même nous ne nous effrayerions pas de continuer à vivre dans le mal, toutefois la pensée de mourir dans l'état du péché nous serait insupportable. Ce qu'il médite, avant tout, c'est de nous arrêter seulement dans ce retour vers Dieu, en nous faisant entendre que plus tard il sera toujours temps. Et si, trompés par ses illusions, nous ditlérons réellement notre conversion, à quel danger n'exposons-nous pas notre àme?

Combien incertain n'est pas le lendemain que l'ennemi me met en perspective; combien l'attendaient, pour lesquels il n'est point venu? Et quand même je vivrais

encore demain et après-demain, aurai-je alors la grâce nécessaire à ma conversion? Dieu seul est le maître de sa grâce, il la donne ou la retire .selon qu'il lui plaît. Il ne me l'a pas promise pour tout temps, mais il m'exhorte ainsi par son prophète : « Aujourd'hui que vous entendez ma voix, n'endurcissez pas votre cœur. » Donc, combien ma témérité n'est-elle pas inexcusable quand je méprise la grâce qui m'appelle, quand je fuis celle qui me. cherche, quand je dédaigne la société des bons anges, pour m'attarder dans celle des mauvais !

De plus, il faut remarquer qu'un péché mortel dont on ne s'arrache pas bien vite, en attire par son poids bientôt d'autres encore après lui. Dans l'état du péché, je me prive de la protection divine, sans laquelle je ne puis vaincre les grandes tentations, tandis que les bonnes œuvres, accomplies dans un tel état de mort spirituelle, sont mortes ehes-mèmes, stériles et perdues pour l'éternité. Et à cela s'ajoute encore quelque chose de très-important. Le péché est tout à fait en opposition avec ce qu'il y a de bon dans ma nature. j\Iais plus je le souffre en moi, plus il me devient naturel. Il s'assimile de plus en plus à mon être, il gagne de jour en jour du terrain, il mine peu à peu le fond de mon âme il empoisonne mon cœur par un souffle délétère, il consume en moi les meilleurs principes vitaux, il souille mon imagination, il rend toujours plus impuissantes ma

volonté et ma force de résistance ; bref, il me lie avec ses chaînes de fer, il est mon maître et je suis son esclave. Voilà pourquoi la conversion est d'autant plus difficile qu'elle est plus différée, et sans un miracle extraordinaire de la grâce, elle devient tout à fait impossible. Donc quelle folie, quelle prodigieuse témérité dans des paroles comme celles-ci : « Puisqu'il faut que je me confesse, il importe peu que j'aie un péché de plus ou de moin;3 à déclarer; je puis donc continuer encore à jouir du plaisir que me donne le péché! » Non, non. Avez-vous imité Pierre dans sa faute, imitez-le aussi dans sa conversion, et relevez-vous de votre chute aussi vite qu'il l'a fait.. Cet avertissement de l'Apôtre: « que le soleil ne se couche pas sur votre colère, y peut s'appliquer k tout péché, en particulier au péché mortel. C'est un serpent que je cache dans mon sein ; et qui voudrait jamais s'abandonner au sommeil dans un pareil danger? Quel épouvantable réveil ne serait-ce pas, si je me retrouvais avec ce serpent sur le cœur, non ici-bas mais dans l'éternité? Alors, ce que vous êtes décidé à faire, faites-le sur-le-champ, comme Pierre vous en donne l'exemple.

En second lieu, ce qui doit fixer mon attention dans la conversion de Pierre, se trouve indiqué par ces paroles de l'Evangile :» VA il alhi dehors. » // alla dehors, c'est-à-dire il s'éloigna en hâte de la cour de Caïphe, où

il avait commis sa malheureuse faute, il s'éloigna du lieu et delà compagnie qui l'avaient entraîné au mal, il quitta l'occasion prochaine du péché. C'est par là qu'il prouva surtout sa ferme résolution de rompre avec le péché, comme aussi le sérieux et la sincérité de sa conversion. Il y a bien différents autres signes auxquels on reconnaît un vrai et sincère repentir, mais aucun, pas même un torrent de larmes amères, ou l'angoisse, l'oppression, la tristesse, n'est aussi infaillible que de quitter ou d'éviter l'occasion prochaine du péché. Cela tient à la nature même de la chose. Je puis exciter, fortifier ou atTaiblir les sentiments de mon cœur, mais ils ne sont pas tellement en mon pouvoir que j'en reste le maître absolu. C'est pourquoi, je puis concevoir de mes péchés une douleur très-vive et très-sensible, je puis même les pleurer amèrement, et cependant n'en avoir pas un repentir, entièrement profond, entièrement vrai et sincère. Et par contre, la douleur que je ressens de mes péchés n'est peut-être pas très- sensible, le don des larmes m'est peut-être refusé, et cependant mon repentir, dans ce cas, ne laisse rien à désirer. Ce n'est point de sensibilité qu'il s'agit pour le repentir, mais c'est une volonté fermement résolue qui est réclamée, car la pénitence véritable est une vertu et toute vertu prend racine dans la volonté. Si ma volonté hait et déteste le péché, je n'ai pas besoin de me tourmenter si les sentiments de mon cœur restent

en arrière do la résolufiou forme do ma volonté, et peutêtre même y font une opposition obstinée. La seule chose que je puisse faire sous ce rapport, c'est de prier Dieu humblement, afin qu'il m'accorde aussi cette douleur sensible et le don des larmes de la pénitence. La détestation et la haine (]ue ma volonté conçoit résolument pour le péché, se manifestent de préférence lorsque j'évite les causes de mes péchés et que je prends tous les moyens nécessaires à un changement de vie, par conséquent lorsque je m'éloigne des occasions prochaines du péché, autant que cela est en mon pouvoir, c'est-à-dire de ces occasions prochaines que l'on nomme volonlaires. Car il y a aussi des occasions prochaines de péché, nommées nécessaires et qu'on ne peut absolument éviter, ou du moins sans mettre en jeu do plus hauts intérêts. Par exemple, une épouse qui doit vivre avec son époux, quoiqu'il lui soit une occasion [irochaine do péché; un médecin, un confesseur, un juge, un garde-malade, un serviteur, ne trouvent-ils pas bien des fois, dans l'accomplissement même de leurs devoirs, un danger, une occasion prochaine de péché? Mais si une semblable occasion prochaine et nécessaire ne peut ni toujonrs, ni sur-le-champ s'(''vitor, elle peut au moins se changer en une occasion éloignée, c'est-à-dire (|ue je dois d'autant plus armer en moi l'homme int(''riour contre cette occasion extérieure, combattre sérieusement le penchant inté-

rieur au mal, affermir ma volonté contre le péché, en employant les moyens qui me sont si richement offerts pour cela, par exemple : les grâces des sacrements, de la prière, l'invocation de la Sainte Yierge, de mon ange, gardien, le souvenir fréquent de la présence de Dieu, la méditation des vérités éternelles, en particulier des fins dernières de l'homme.

Je dois donc éviter l'occasion prochaine du péché, de toute l'étendue de mes forces, et quand même cela me serait de la dernière difficulté, ce qu'expriment bien ces paroles du Sauveur : Si voire main ou votre pied vous scandalisent, coupez-les et jetez-les loin de vous : il vaut mieux entrer dans la vie boiteux, ou estropié, qu'être jeté, ayant deux pieds et deux mains, dans le feu éternel ^. Si les occasions volontaires et prochaines du péché ne sont pas ainsi évitées, il ne peut être question de vrai et sincère repentir, lors même qu'un torrent de larmes amères serait versé.

Yous avez, par exemple, une liaison avec une personne d'un autre sexe, non dans l'intention de vous unir à ehe par les liens du mariage, mais pour entretenir avec elle de chimériques intrigues, pour contenter voti 3 sensuaUté ou votre vanité : il vous faut rompre cettj liaison, ou vous n'avez nul repentir.

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