‹ La vie chrétienneChapitre 61 sur 75 · Sa'ml Matlneu,-s.w\u · texte numérisé non relu

Sa'ml Matlneu,-s.w\u

Vous avez entre les mains ou vous lisez des écrits frivoles, tlang-ereux pour la foi et les mœurs, soit livres, romans, journaux, feuilletons, et par cette lecture vous causez un dommage réel à l'innocence et à la pureté de votre cœur, à la candeur, comme à la joie d'une foi toute filiale ; il vous faut rejeter loin de vous ces écrits, ces journaux, ces romans, ou vous n'avez nul repentir véritable.

Vous avez dans vos appartements des images, des représentations, des peintures équivoques, immorales, qui souillent votre imagination et corrompent voire cœur: vous devez les éloigner, ou votre repentir n'est ni vrai, ni sincère.

Vous fréquentez des maisons, des sociétés, où vos principes religieux et vos convictions morales sont attaqués; dans ce milieu, des doutes se sont élevés contre votre foi, ou votre vertu a souffert (|uelque dommage : il vous faut fuir ces maisons et ces sociétés, ou votre repentir et votre bon propos n'ont aucune valeur devant Dieu.

Vous fréquentez des spectacles,, vous assistez à des bals, à des soirées où les règles de la convenance et de la morale chrétienne ne sont pas observées, et vous en sortez avec une imagination salie ou un cœur inquiet : il vous faut abandonner ces divertissements, ou votre pénitence, votre conversion est vaine; et quand même le prêtre trompé vous absoudrait ici-bas, la sentence ne serait pas ratifiée dans le ciel.

Quand il s'agit de semblables occasions volontaires et prochaines du péché, il ne peut y avoir absolument aucune alternative,

Kt quand même vous ne succomberiez pas à un danger si immédiat, ce qui est à peine supposable, y demeurer exposé serait déjà un péché ; car mettre si étourdiment le salut de son âme en péril est déjà un péché.

Le troisième point, enfln, dans lequel Pierre converti se présente comme un si magnifique modèle à imiter, c'est dans son ardeur pour \-a pénitence.

« Il alla dehors, » dit de lui TEvangile, « et pleura amèrement. » Mais ce ne fut pas seulement une fois qu'un torrent de larmes coula ainsi de ses yeux. Suivant une ancienne tradition, les pleurs qu'il répandit sur sa chute, furent si fréquents qu'ils creusèrent leur sillon le long de son visage; et pendant tout le reste de sa vie, au chant du coq, il se levait desa couche, et, prosterné sur la terre, il conjurait son Seigneur et Maître de lui pardonner son péché. Sa vie tout entière fut consacrée au saint amour et à la pénitence.

Et pourtant son péché ne lui avait-il pas été pardonné complètement; n'avait- il pas reçu le pardon de la bouche de son Seigneur lui-même? Quelles conséquences en tirerai-je alors, si je vois le bois vert ainsi traité?

J'établis ici une différence entre parfaits et imparfaits pénitents, et je trouve alors que les uns se soumettent à

ce qui constitue la troisième parlic du sacrement de Pénitence, à la satisfaction, senlemont par nécessité, par devoir, tandis que les autres s'y adonnent de tout cœur et dans un saint élan d'amour.

C'est-à-dire que je nomme pénitents imparfaits ceux qui reçoivent le sacrement étant suffisamment préparés, qui le reçoivent avec un repentir, dans lequel la crainte (surnaturelle) des peines éternelles a autant de part que l'amour surnaturel envers Dieu, et même l'emporte sur lui. Quoique la coulpe et les peines éternelles dues à leurs péchés soient remises par le sacrement, la vie nouvelle de leur âme est cependant faible encore. Le péché est détruit en eux, mais il s'y trouve encore certains restes d'attachement pour lui. Le feu de l'amour brûle dans leur àme, mais non avec cette ardeur qui la purifierait de la rouille que la convoitise y a attachée; ils ont le zélé du service de Dieu, mais ce zèle faible et imparfait n'est pas à la hauteur de tous les obstacles. Ils ont pour les péchés mortels une détestation suffisante, mais elle est trop faible quant aux péchés véniels; et semblables à un convalescent qui sort à peine d'une maladie grave, ils sont dans le danger constant d'une, facile riM-lnite. Cette os[ii'ce de pénitents imparfaits ne peut se (lis|)enser de fournir une satisfaction, ne serait-ce que pour cette seule raison qu'elle est, malgré son amertume, le remède nécessaire à leur faiblesse

En tant qu'elle est, pour eux médicinale, qu'elle doit leur donner la force d'agir, elle ne peut être suppléée même par les Indulgences Mais outre les pénitences ou peines curatives {pœuœ mcdi cinales), on distingue encore les peines coiTCCtionnelles {pœnx vindicativœ)^ c'est-à-dire celles dont on est redevable à la justice de Dieu, après que la dette du péché et les peines éternelles ont été remises par le sacrement. Ces pénitences sont ou imposées par le confesseur, ou [faites volontairement par le pénitent qui les ajoute à celles qui lui ont été données au saint tribunal, ou bien elles se trouvent encore dans les souffrances envoyées de Dieu et supportées par le chrétien dans un véritable esprit de pénitence. Car dans le sacrement de Pénitence, la justice de Dieu doit avoir ses droits comme la miséricorde. Celle-ci me remet la dette et les peines éternelles, pour lesquelles Jésus-Christ seul pouvait satisfaire, et dont les mériles me sont communiqués par le sacrement. Mais comme représentant volontaire de la justice divine, je dois lui donner action contre moi-même, en satisfaisant pour les peines temporelles dues à mes péchés, en agissant et en souffrant en esprit de pénitence, et particulièrement en exerçant les trois bonnes œuvres par excellence : le jeune Taumône, et la prière. Loin de m'épargner moimême, m'imaginant que la pénitence ne consiste que dans le changement de vie et non encore dans une sainte

correction personnelle, je dois brûler, tailler, afin que Dieu m'épargne dans l'éternité. Pour que je puisse acquitter complètement ces pénitences correctionnelles, l'Eg-lise me prête son secours par le moyen de l'indulgence; je dois donc l'utiliser avec le plus grand zèle, et bien me garder de ne lui accorder que peu d'importance. Mais j'ai distingué des pénitents imparfaits, les pénitents parfaits, c'est-à-dire ceux qui s'approchent du sacrement avec le repentir parfait (qui efface le péché même avant le sacrement, quand il est joint au désir de le recevoir réellement) ; ce sont des pénitents dans lesquels règne le parfait amour de Dieu, qui est lui-même la source du vrai repentir; c'est aussi cet amour qui a rompu les derniers liens qui les attachaient encore au péché. Quant à ces pénitents parfaits, je ne ne dis pas, certes, qu'il leur reste encore des peines expiatoires à subir dans le temps, puisque l'Eglise n'enseigne pas que ces peines demGurGni tottjoiü^s après la réception du sacrement, mais seulement la plupart du temps. Cependant, lors même qu'ils n'auraient pas à se soumettre à ces œuvres saintes de pénitence pour l'expiation de peines temporelles dues au péché, toutefois, dans la ferveur de leur amour, ils s'y assujettissent volontairement pour se rendre semblables à leur Seigneur et Maître. Car le divin Sauveur j)our expier des péchés étrangers a vidé jusqu'à la lie le calice amer de la souf-

france, et eux, pour l'expiation de leurs propres péchés, n'en boiraient pas même quelques gouttes: cette pensée leur est insupportable. Je vois ce saint zèle d'expiation dans tous les grands pénitents que me nomme la sainte Ecriture ; je le vois en parliculier dans Pierre converti. Et maintenant, puisque je vois et comprends, je serai bienheureux, si j'agis en conséquence!

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