‹ La vie chrétienneChapitre 62 sur 75 · CHAPITRE YII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YII

LE ÏKES-SAINT-SACREMEM DE L AUTEL.

Le très-saint Sacrement de l'autel n'est pas seulement le plus vénérable et le plus saint de tous les sacrements, ilestencore le centre vivantde toutela religion, car il est Jésus-Christ lui-même, caché, avec sa divinité et son humanité^ sous des espèces sensibles ; et le Christ est l'alpha et l'oméga de notre religion. On ne peut pas vraimentaimer et vénérer ce sacrement, le recevoir souvent dans de bonnes dispositions, et toutefois être un mauvais chrétien ; et, quel que soit le bien (ju'on tasse, si l'on n'a pas un vrai amour comme un vrai respect pour ce sacrement, on ne saurait être un bon chrétien. C'est ainsi que toute vie morale et religieuse a son couronnement dans l'union avec Jésus-Christ.

11 ne peut être question ici d'approfondir les enseignements dogmatiques de l'Eglise sur ce saint-Sacrement, mais bien plutôt, en supposant ma connaissance et ma foi ad'ermies quant au fond même de cette

doctrine indubitable, il s'agit pour moi d'aninaer mon amom' et ma vénération envers ce sacrement, d'exciter, de fortifier en même temps mon zèle, pour employer souvent et utilement ce moyen de grâce et de vertu, le plus saint et le plus actif de tous.

Mais pour arriver à ce but, il est nécessaire de revenir sur les principes touchant l'historique de ce mystère, de se rappeler toutes les figures de l' Ancien-Testament le représentant, comme aussi sa promesse et son institution dans le Nouveau-Testament.

Cependant, nous ne voulons pas entrer ici dans des détails circonstanciés sur les figures de ce sacrement et sur la promesse que Jésus-Christ lui-même en a faite ; nous nous arrêterons seulement un peu sur son institution réelle. Comme on le sait, le divin Sauveur institua la sainte Eucharistie la veille au soir de sa passion. Mais quel soir saint et solennel ! et combien sainte, combien formidable fut la nuit qui suivit un tel soir! Et comme tout ce qui entoure cette institution apparaît aussi plein de mystère! Déjà les derniers préparatifs de la fête et de l'institution du festin sacré participent, pour ainsi dire, au mystérieux de l'acte en lui-même. Je vois comment le divin Maître envoie deux de ses disciples, Pierre et Jean, dont l'un est par excellence l'apùtre de la foi, l'autre, celui de l'amour, pour faire reconnaître à l'avance, par le choix même des disciples qu'il envoie, que le mystère

MOYENS l'OUR PAIIVEXIR A L\ VERTC CHRKTIP:.\.\r:. 283

dont Us foat les préparatifs, est lui-même le plus grand mystère de la foi, le plus grand mystère de l'amour. Je vois comment il enveloppe de mystère le message même qu'il leur confie, en leur disant simplement : « Quand vous entrerez dans la ville un homme viendra portant de l'eau; suivez-le où il entrera, et vous direz au maître de la maison : Le Maître vous envoie dire : Où est le lieu où je pourrai manger la pâque avec mes disciples? Et il vous montrera une grande salle ornée de tapisseries; disposez là tout ce qui est nécessaire, n Je vois maintenant, lorsque tout est prêt et qu'il se met à table avec ses disciples, comment il leur déclare qu'il a désiré de manger cette pàque avec eux. Et la solennité de l'Ancien-Testament terminée, je le vois ensuite se lever et commencer à laver les pieds de ses disciples, leur révélant par cette action symbolique sa profonde humilité, et leur donnant aussi par là à reconnaître de quelle pureté intérieure doivent être ornés ceux: qui sont admis à la pâque de la nouvelle alliance. En un mot, je vois couvert d'un voile mystérieux tout ce qui précède, tout ce qui entoure l'institution de ce très-saint Sacrement. Et quoique dès sa plus tendre enfance, on ait une infinité de fois lu, entendu et médité l'histoire de cette institution et les paroles dans lesquelles l'Evangile la raconte, on la relit, on l'entend toujours avec une nouvelle émotion et un nouveau ravissement; on se sent, à cette lecture toujours

286 LA VIE CHRÉTIENNE. s

intérieurement ranimé et élevé vers Dieu. Pour ainsi dire, à chaque mot du récit, on sent ce que cette action a d'important, d'élevé, de mystérieux; et celui qui n'a pas ce sentiment, celui que la simple et sublime beauté de la narration biblique ne touche pas, ne sera jamais ému par des paroles humaines.

Et pourrai-je jamais rester insensible, si je me transporte en esprit, comme je devrais le faire de temps en temps, dans la salle où le mystérieux festin est célébré, si je considère ce qui s'y passe et y prends part; si je m'inspire, autant que je le puis, des sentiments dont étaient pénétrés ceux qui y assistaient réellement, partageant leur attention, leur admiration, leur étonnement, lorsque le Maître tout à coup se lève de table, se ceint d'un linge, prend un bassinet leur lave les pieds à tous! Je sens leur confusion, leur trouble, leur crainte et leur tristesse, lorsqu'il leur annonce si clairement qu'il va les quitter, et qu'un d'entre eux le trahira; je les vois, étonnés, se regarderies uns les autres et aussi leur divin Maître ; ils ne peuvent résister à leur sainte impatience de découvrir l'auteur de cette action si noire, mais l'un après l'autre lui demande « : Est-ce moi. Seigneur, ? » jusqu'à ce que Pierre fasse signe à Jean reposant sur la poitrine de Jésus, afin qu'il demande h celui-ci de leur indiquer plus précisément le traître. Quelle n'est point ma propre émotion, si je me représente toutes les agi-

tations, les émotions de leurs cœurs(sentimenls que tant de peintres chréticnsont essayé de reproduire à l'aide de leur pinceau, en figurant dans leurs traits l'imag-e intérieure de leur àme) ! Et si j'ose pénétrer dans l'àme du divin Seigneur lui-même, dans les sentiments dont il était ému lorsque, à la pensée que ceux qu'il avait tant aimés allaient bientôt l'abandonner, surtout dans le clair pressentiment des indicibles souffrances qu'il avaitencoreà endurer dans cette nuitterrible, jeTentends, après s'être mis à table, leur dire ces paroles : « J'ai désiré d'un grand désir de manger cette pàque avec vous . ;> Kt si d'un autre côté, je m'identifie à lui lorsqu'il pense à la reconnaissance, au bonheur, à l'amour et à la louauge des millions de chrétiens de tous les siècles, solennisant après lui ce festin de l'amour, et à tous les fruits qu'en recueillera son Bglise, combien froid, combien insensible ne serais-je pas alors, si je n'étais ému et touché jusqu'au plus intime de mon âme !

On pourrait demander pourquoi notre divin Sauveur a attendu ce dernier soir de sa vie, pour instituer le trèssaint Sacrement ; à cette question, qui se rattache dans cette étude au but indiqué plus haut, nous répondrons, avec les saints Docteurs de l'Eglise, qu'il en a été ainsi, premièrement à cause de la nature même de ce que renferme ce sacrement. Car dans la sainte Eucharistie, c'est Jésus-Christ lui-même qui est contenu sous les espèces

sacramenlelles ; c'est pourquoi il ne voulut se laisser à ses Apôtres, sous ces espèces saintes, qu'à l'instant où il allait, sous sa propre forme, se séparer d'eux ; de même que, c'est seulement quand l'empereur est absent, dit le Docteur angélique, que son image est exposée à la vénération de ses sujets '.

L'institution de la sainte Eucharistie eut lieu le soir qui précéda sa passion, deuxiême?ncnt, parce que ce sacrement devait en être le constant mémorial. Car, puisqu'il n'y a pas de salut sanslafoienlapassion du Dieu-Homme, par conséquent, en aucun temps, la représentation et la vivante exposition de cette passion ne devaient faire défaut. Dans l'Ancien-Testament. l'agneau pascal en était la mystérieuse image ; voilà aussi pourquoi l'Apôtre dit : « Le Christ notre agneau pascal a été immolé "". Dans le nouveau, Tagneau pascal est remplacé parle sacrement de l'Eucharistie, symbolique célébration de cette passion, comme l'agneau pascal en était la figure ; seulement, ici, l'image et la réalité existent ensemble. C'est pour cela même que Jésus-Christ dit dans l'institution : « Toutes les fois que vous ferez ceci, faites-le en mémoire de moi. »

Troisièmement, le divin Sauveur institua le très-saint

Page 1