‹ La vie chrétienneChapitre 63 sur 75 · T Cor. V · texte numérisé non relu

T Cor. V

Sacrement à la fin de sa vie, parce que les derniers actes des amis mourants s'impriment plus profondément dans la mémoire de ceux qu'ils aiment, et qu'alors l'amour do ceux-ci est plus enflammé, leurs cœurs mieux disposés pour garder incfl'açables les impressions reçues. C'est comme si, prêt à se séparer de ses disciples, le Sauveur leur eût dit : J'agis avec vous comme un tendre père le fait envers sa famille, lorsqu'il sent que la mort va l'en séparer. Il leur laisse à tous un souvenir qui doit leur rappeler sa dernière heure, leur dernière rencontre avec lui ici-bas; il leur fait un legs précieux. Et moi, je vous laisse ce que je possède de meilleur, déplus précieux, mon corps pur et virginal, transpercé pour vous, mon sang, le prix si cher de votre rédemption. Ce legs doit vous faire souvenir de l'amour extrême que je vous ai témoigné en donnant ma vie pour vous.

Indiquant ceci, comme en passant, dans le récit de l'institution, l'évangélistc saint Jean dit : f Jésus qui avait aimé les siens, les aima jusqu'à la fin, » c'est-à-dire, à la fin encore, il leur laissa la plus grande preuve de son affection, en se donnant lui-même à eux et en instituant ce mystère comme le Testament de son amour.

Comme quatrième motif pour lequel Jésus-Christ a

institué ce sacrement à la fin de sa vie, nous pourrions

encore ajouter qu'il voulait par là, au dernier moment

de la nôtre, nous ranimer, nous consoler, nous fortifier.

Car il apparaît clairement dans l'admirable promesse de ce sacrement qu'il était destiné à être également un saint viatique, un remède contre la crainte de la mort et un gage de la gloire céleste. Et lorsque sur mon lit de mort, je lutterai avec les douloureuses inquiétudes, les angoisses et tant de misères accablantes, qu'est-ce qui pourra mieux me soulager que cette pensée : mon divin Sauveur m'a tant aimé, qu'à la fin de sa vie il s'est oublié lui-même pour ne songer qu'à moi; il m'a légué cet auguste sacrement pour être mon viatique dans le voyage de l'éternité?

0.1 le voit, le sacrement de la très-sainte Eucharistie est réellement en soi un mystère plein d'amour; mais les circonstances qui en accompagnent l'institution font apparaître encore avec plus d'éclat cet amour infmi.

Et maintenant, sera-t-il encore besoin pour moi d'un commandement, pour que je consacre à ce mystère de l'amour, un amour reconnaissant et réciproque comme mon plus profond respect?

Qui serais-je si je refusais au très-saint Sacrement cet amour comme ce respect le plus profond?

Les occasions ne manquent pas dans lesquelles je puis offrir à ce mystère infiniment adorable, l'amour et l'hommage de mon cœur tout entier. Assister à la sainte Messe, recevoir les bénédictions du saint Sacrement, l'accompagner lorsqu'on le porte aux malades ou dans les pro-

cessions publiques, ne sont-cc pas autant d'occasions dans lesquelles je suis invité à présenter à mon divin Jésus, caché sous les voiles eucharistiques, ma louange, mon amour et mon respect; et n'est-ce pas en même temps une occasion pour moi de le confesser devant les hommes? Et si je suis animé d'un véritable esprit de foi, me contenterai-je des occasions qui se présentent, ne les rechcrcherai-je pas plutôt de mon propre mouvement? Combien douces et délicieuses, et en même temps combien riches en grâces ne sont pas les visites au saint Sacremeiît ? Ç^mcom^i^vdilQS conversions commencées au pied du sanctuaire, où le Dieu caché nous attend à toute heure ? Qui comptera tous les bons desseins qui s'y sont affermis, les victoires qui s'y sont préparées pour la vertu? Qui ajamais salué le très-saint Sacrement avec un véritable esprit chrétien et n'a pas expérimenté en luimôme la douceur de cette promesse : «Venez à moi, vous tous qui êtes épuisés de travail et qui êtes chargés, et je vous soulagerai ! »

Mais je ne dois pas me contenter de vénérer la trèssainte Eucharistie, je dois la recevoir réellement, car elle a été aussi instituée pour être ma nourriture spirituelle. Et ce n'est que dans la communion qu'elle verse sur moi la plénitude de ses faveurs. Par cette manducation, je m'unis à Jésus-Christ aussi intimement que la nourriture et le breuvage s'identifient à mon corps; ou

mieux encore, c'est le Christ qui s'unit intimement à moi. Par son incarnation, un jour, il vint s'identifier à notre nature humaine; et dans ce sacrement, qui est pour ainsi dire une incarnation continuée, il s'unit en particulier à chaque personne qui le reçoit; et comme dans son incarnation il attira à lui la nature humaine et se l'unit personnellement, par conséquent la même chose arrive dans la sainte communion. Ce n'est pas nous qui nous unissons à Jésus-Christ, mais c'est lui qui s'unit à nous. La nourriture terrestre que nous prenons, étant moindre que nous, s'assimile à notre corps, elle devient notre chair, notre sang; mais cette nourriture supérieure, cette nourriture divine ne veut pas se changer en nous, elle veut nous changer en elle. Le Christ ne veut pas nos imperfections, notre faiblesse, nos convoitises, notre tiédeur et notre paresse ; mais c'est nous qui devons attirer à nous ses perfections, sa force céleste, son pur et saint amour, son zèle pour la gloire de Dieu, son incomparable humilité, sa douceur, son amour delà paix; en un mot, c'est son esprit que nous devons revêtir; nous devons dans ce sacrement, nous assimiler toutes ses vertus, sa grâce qui nous est nécessaire pour les pratiquer, nous devons nous unira sa divinité. Oui, par la communion, nous sommes, pour ainsi dire, divinisés. Le Dieu devenu homme et l'homme devenu Dieu s'unissent ici de la façon la plus intime, comme il le dit lui-même : « Celui

qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi et je demeure en lui. »

Les théologiens énumèrent plusieurs effets d'une bonne communion. Elle entretient et fortifie en nous la vie spirituelle, elle nous ranime par le vin si doux de la bonté divine. Elle efface en nous le pèche véniel; et, par le feu sacré de l'amour divin qu'elle allume dans nos àmcs, elle affaiblit celui des désirs impurs. La sainte communion faite avec de bonnes dispositions nous préserve du péché mortel ; car puisque ce péché, comme le dit le Docteur angélique, est une espèce de mort spirituelle, nous en sommes alors gardés pour l'avenir, de la même manière que le corps est préservé delà mort naturelle, par un double moyen. Premièrement, par la nourriture et les médicaments la nature de l'homme est à l'intérieur affermie, fortifiée contre le dépérissement et la corruption interne, et deuxièmement ensuite son corps est protégé contre les accidents et les attaques extérieures, par les armes dont il est pourvu, et au moyen desquelles il peut résister. C'est do la môme manière que le très-saint Sacrement nous préserve de la mort spirituelle du péché. Comme nourriture et médecine de l'àme, il nous garde à l'intérieur du dépérissement et de la corruption de la vie spirituelle, puis comme signe de la passion de Jésus- Christ, par laquelle les démons sont vaincus, il est une arme sûre nous protégeant contre l'effort dos ennemis

de notre salut, suivant ce que dit saint Jean Chrysostome ' que nous revenons de la sainte table comme des lions enflammés, terribles aux démons^

Mais toutes ces opérations salutaires sont contenues dans l'efTet principal d'une bonne communion, qui est de nous unir intimement à Jésus-Christ. Cette sainte nourriture a pour effet de réunir en elle, comme la manne du désert, les goûts les plus agréables, et il ne dépend que de nous de jouir de ces goûts divers et exquis. Tantôt vous devez y goûter, dit le savant Bossuet, la sainte humilité, tantôt la sainte mortification, tantôt la charité fraternelle, tantôt l'amour des ennemis, tantôt la sainte joie qui vous transporte en esprit dans le ciel, tantôt la sainte tristesse qui vous inspire le dégoût du monde et le désir de la pénitence. Tantôt vous avez besoin du feu d'un saint zèle et du charbon sur l'autel ^ qui, toutefois, pour vous purifier et vous enflammer, n'est rien en comparaison du saint et précieux corps du Seigneur. Ou bien encore, c'est l'esprit de contrition qui est requis, ce sont les larmes de la pénitence; alors ce corps divin vous fera verser plus de larmes que la pécheresse de l'Evangile n'en répandit aux pieds de son divin Sauveur.

l.Hom. super Joh.k'ô.

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