‹ La vie chrétienneChapitre 64 sur 75 · haie, vi · texte numérisé non relu

haie, vi

Hélas! que l'on est malade quand on ne trouve plus de goût môme à cette nourriture exquise, et que, semblable aux Israélites grossiers dans le désert, on préfère à cette manne délicieuse les viandes d'Egypte !

Tous ces effets salutaires dont nous venons de parler, ne peuvent s'appliquer qu'à la communion digne. Et on communie dignement quand auparavant on s'est éprouvé soi-même, quand, par le sacrement de Pénitence, on a purifié son cœur, au moins des péchés graves dont on se reconnaît coupable, et qu'on s'approche de la table sainte avec une véritable dévotion et un vrai respect. Au contraire^ la communion indigne, celle que l'on fait avec la co«science chargée d'un péché grave, produit justement les effets tout opposés : elle est un nouveau péché très-grave, un sacrilège; et d'après les paroles de l'apôtre saint Paul, on mange parla son jurjement et sa propre condamnation.

Mais l'Eglise, qui garde en tout la plus sage mesure, a rejeté les exigences exagérées que veulent imposer les Jansénistes, essayant ainsi de détourner de la sainte communion les âmes timides et timorées, pour les priver des fruits qu'elles en retireraient; par exemple, ils prétendent qu'on ne doit s'approcher de ce sacrement que lorsqu'on a pleinement satisfait pourles péchés mortels, ou quand la charité parfaite est devenue dominante dans le cœur.

Plus l'àme est purifiée, même des péchés véniels, au

moins de ceux qui sont volontaires et réfléchis; plus elle est humble, animée de fervents désirs, pénétrée d'un ardent amour pour recevoir cet auguste Sacrement; plus aussi la communion qu'elle fait est bonne et sainte ; bien qu'on ne puisse dire que celui-là même qui est le mieux disposé, qui s'approche de ce sacrement avec l'amour do Dieu le plus enflammé, reçoive d'une manière absolument parfaite. Mais on ne doit pas faire de ce qui est un simple conseil, un devoir rigoureusement obligatoire. Il ne faut pas oublier que les sacrements, même le plus grand et le plus saint de tous, sont aussi bien des moyens de guérison que des moyens de salut, qu'ils sont institués pour des hommesfaibles, infirmes, fragiles. Onne doit pasra vir aux faibles le pain fortifiant, nourrissant, le vin précieux qui forme les Vierges ; on ne doit pas chercher à priver de cette grâce les âmes qui en ont besoin et les abandonner sans défense aux ennemis de leur salut. L'Eglise oublie et pardonne beaucoup d'injustices qui sont chaque jour commises envers elle ; mais rien ne lui cause plus de douleur que de s'entendre accuser calomnieusement de ne pas aimer assez Jésus-Christ, ou de ne pas exiger assez d'amour et de vénération pour son Sauveur et son époux, dans le sacrement qui est son plus grand trésor. Combien ii'at-elle pas enfanté d'apôtres zélés, de martyrs et de confesseurs, d'anachorètes et de parfaits pénitents, de docteurs inspirés de Dieu, de vierges constantes et pures, com-

bien de millions de Saints ! Mais afin qu'elle soit la vraie mère des saints, afin que comme Eglise catholique, universelle, elle embrasse tous les peuples comme aussi toutes les espèces, tous les états et toutes les classes d'hommes, elle ne doit pas déposer le flambeau que son divin fondateur lui a mis en main. Elle ne doit aller ni en deçà ni au delà de la vérité et de la loi de Jésus-Christ, qui est sa seule règle ; elle doit s'opposer aux exagérations des fanatiques orgueilleux, autant qu'à une lâche pusillanimité et à un fâcheux découragement, et ne déviant ni à droite, ni à gauche, elle doit marcher à travers les siècles d'unpastoiijourségal, toujours ferme, toujours tranquille. Il y aurait maintenant encore à répondre à la question combien souvent il faut recevoir la sainte communion. Et avec la brièveté qui nous est ici imposée, nous dirons, comme cela se déduit absolument des oracles de notre divin Sauveur, qu'il existe un commandement de Dieu qui oblige tous ceux qui sont parvenus à l'âge de discrétion, de recevoir la sainte communion; conformément à ce précepte, et pour des motifs évidents, je suis obligé à la réception de la sainte Eucharistie lorsque je suis en danger de mort. De plus, toujours en vertu du commandementdivin, j'y suis encore obligé souvent pendantma vie, la sainte communion ayant été instituée par Jésus- Christ pour être lanourriturespiritucUe de mon âme. Et si jene veux pas que mon âme meure, il me faut donc la

298 LA VIE CHRÉTIKNNE.

nourrir fréquemment de ce pain de vie. L'Eglise a précisé le commandement de Dieu qui ordonne de communier souvent pendant la vie, en ordonnant que tout chrétien doit le faire, au moins une fois l'année, au temps pascal. D'après cela, je satisferais au commandement, dans sa stricte rigueur, par la communion annuelle, comme l'Eglise me laprescrit sous les peines les plus sévères, à moins qu'il n'existe quelques motifs extraordinaires me faisant un devoir de communier plus souvent, comme par exemple, s'il m'était à peine possible de vaincre autrement de grandes tentations. Mais le chrétien vraiment désireux de son salut, se contentera-t-il ici de ce que le devoir rigoureux réclame de lui? Les premiers chrétiens s'en contentaientils? liest dit d'eux, dans les actes des Apôtres, qu'ils persévéraient « dans la sainte doctrine, dans la prière et dans la fraction du pain. » Il n'était nul besoin de l'aiguillon du précepte de l'Eglise, pour ceux qui ne connaissaient pas de plus grandes richesses que les trésors de grâce, conservés dans ce divin mystère d'amour, pas de peine plus sensible que celle d'en être privés.

Mais si le chrétien désireux de son salut, communie en tout cas plus souvent qu'une fois l'année, ne se contentant pas d'obéir au précepte rigoureux, mais voulant travailler à sa propre perfection, toutefois il est difficile de donner des conseils précis à ce sujet. liest deuxrègles générales, sur lesquelles on peut s'appuyer pour répon-

dre à cette question : combien souvent faut-il communier? Premièrement, on doit avoir également en vue, d'un côté le respect dû à cesacrement, de l'autre les fruits précieux qu'on en retire ; et si le choix pouvait être hésitant entre ces deux considérations, il faudrait mieux préférer la fréquente communion à la plus rare. Et le Docteur angéliquc en explique très-bien la raison, quand il dit que si l'humilité et le respect nous éloignent de ce sacrement, l'amour nous en rapproche: lorsque Pierre, dans son humilité, ditàson divin Maître : « Retirez-vous de moi, car je suis un homme pécheur: » le Seigneur lui répond : « ^Ne crains point '. »

La deuxième règle qu'on doit se remettre en vue, se base sur la proposition suivante aussi certaine que juste, et généralement acceptée, elle est aussi du Docteur angélique : quoique en soi-même la fréquente communion soit à conseiller, de préférence à la plus rare^ cependant ce conseil ne peut se donner à tous en général ; car, combien n'y a-il pas de personnes trop absorbées par les exigences de cette vie terrestre, par leurs soucis, leurs occupations, pour pouvoir, en bonne disposition dVimo, communier aussi souvent que cela serait d'ailleurs désirable ? Combien d'autres, tout en menant une vie, en général,

Page 1