‹ La vie chrétienneChapitre 65 sur 75 · Saiut Thomas, ibid · texte numérisé non relu

Saiut Thomas, ibid

e xempte de fautes, ne vivent cependant pas d'une manière assez surnaturelle, assez recueillie, assez fervente dans la prière et la méditation, pour qu'elles puissent recevoir tout le gain que procure la communion fréquente?

Même l'ardent désir de communier souvent n'est pas toujours un signe certain que cela nous serait salutaire; car il y a un faux appétit par la nourriture, il y a un désir hors de propos. L'Eucharistie est le pain des fori s ; et de même qu'un médecin prudent interdit à celui qui est à peine convalescent et encore faible, l'usage trop fréquent d'une nourriture solide; de même chacun doit s'éprouver soi-même avec grand soin, afm de voir si un trop fréquent usage de cette nourriture spirituelle, extrêmement substantielle, ne lui serait pas plutôt un poison qu'unemédecine salutaire. Et l'homme étant très-mauvais juge dans sa propre cause, doit alors prendre conseil de son médecin spirituel, c'est-à-dire de son confesseur, et se soumettre à sa conduite. Quelquefois, il est même salutaire, tout étant habituellement bien préparé à la sainte communion, de s'en abstenir cependant, afin d'exciter en soi une plus grande faim de cette viande sacrée et aussi afin de se mieux préparer à la recevoir, parce qu'une communion, faite dans d'excellentes dispositions, nous est d'une bien plus grande utilité spirituelle, que plusieurs auxquelles nous n'apportons pas une aussi grande dévotion et un si profond respect. Si vous

communiez très- fréquemment (et nous nommons communion très-fréquente celle qui est faite plus souvent que tous les dimanches et fêtes d'obligation), et si vous ne faites cependant aucun progrès dans la vertu et la perfection, montrant au contraire toujours les mêmes défauts et les mêmes faiblesses, la même impatience, la même mauvaise humeur, la même vanité, alors vous pouvez craindre avec raison que la fréquente communion ne serve pas pour votre salut ; et loin que cette communion soit un signe d'élection pour ceux qui mènent une vie non chrétienne (proposition que le pape Innocent XI a réprouvée), elle est plutôt, d'après la remarque de saint Alphonse, un signe de réprobation.

Nous terminons en rappelant un trait de l'histoire de l'institution de l'Eucharistie, qui nous est resté dans la mémoire, trait qui ne paraît pas d'une importance capitale,, et qui pour beaucoup passe inaperçu, mais qui cependant, comme tout dans la sainte Ecriture, est très-important et très-précieux pour notre instruction et notre édification. Les saints Evangélistes nous disent que Jésus-Christ, après la célébration de la Pàque et l'institution de l'Eucharistie, chanta le cantique de louanges et d'action de grâces, et qu'ensuite il sortit de la salle pour aher au jardin de (Jetlisémani. L'action de grâces a^res la réception de la sainte Eucharistie, est pour nous un devoir important, yrand cl saint, de l'accomplissement duquel dé-

pend plus ou moins, tout le fruit de la communion.

Et je ne dois pas me contenter de faire, comme action de grâces, une simple prière, d'après une formule, pour ainsi dire récitée légèrement, précipitamment; non, je dois prier du fond du cœur (ainsi que le réclame le Rituel romain)^ je dois remercier Dieu avec ferveur pour cette grâce si précieuse et m'entretenir doucement avec Jésus, l'hôte divin de mon âme. Quelle grâce pourra-t-il alors me refuser ! Ah ! si les pécheurs endurcis, si les hommes du monde, grossiers et charnels, qui ne connaissent que les joies vides, les plaisirs si souvent dépravés et inspirant le dégoût, pouvaient comprendre ce qui se passe dans une âme qui, abîmée dans une sainte dévotion, emploie les heureux instants qui suivent sa communion à jouir des délices de la compagnie intime de son Dieu!

Je voulais décrire, dit sainte Thérèse, ce qui se passe dans l'âme lorsque, après la sainte communion, elle converse d'une manière si douce, si indiciblement douce avec Jésus, mais je ne le pouvais. Alors le Seigneur me parla, ainsi : « 0 ma fille, tu veux savoir et dépeindre l'état d'une âme vraiment chrétienne lorsque, après la sainte communion, elle est unie à son Dieu dans une oraison ardente. — 0 ma fille, l'âme s'anéantit en quelque sorte elle-même pour se perdre d'autant plus en moi. Ce n'est plus elle qui vit, mais c'est moi qui vis en elle : ici, elle pense sans penser, elle comprend sans comprendre, car

elle est élevée au-dessus d'elle-même. Dans ce délicieux colloque d'amour, se produisent en Tâme les plus fortes résolutions et mûrissent les plus courageux desseins ; c'est alors que naissent en elle les plus vifs désirs du ciel ! là seulement, elle conçoit une très-grande horreur du péché; là seulement, elle reconnaît la vanité du monde; là seulement, elle sent toute sa faiblesse et son impuissance ; là seulement, rayonae on elle du plus vif éclat le soleil éternel, et dans son intérieur aucune toile d'araignée ne peut rester cachée, devant l'éblouissante clarté de cette lumière divine. »

Et si l'exemple de Jésus-Christ et de ses disciples ne m'entraîne pas, celui de Judas doit au moins m'effrayer. Il est dit qu'aussitôt après avoir mangé le pain, il sortit de la table et s'éloigna. Mes lèvres encore humides du sang de Jésus, reviendront-elles incontinent à des discours inutiles et frivoles, et, après la sainte communion, me comporterai-je comme si je venais de me livrer à je ne sais quelle occupation quotidienne commune et habituelle?

Saint François de Sales désire au moins un quart d'heure d'action de grâces et d'entretien avec Jésus, et saint Alphonse dit qu'après la sainte communion nous devons nous entretenir seuls avec Jésus-Christ une heure, une demi-heure, ou au moins un quart d'heure; car à proprement parler, notre action de grâces ne devrait finir qu'avec le jour.

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