‹ La vie chrétienneChapitre 66 sur 75 · DANS LE SERVICE DE DIEU · texte numérisé non relu

DANS LE SERVICE DE DIEU

Le saint sacrifice de la Messe s'offre ici à notre méditation sous un double point de vue. Lorsque nous le célébrons, ou que nous y assistons vraiment en esprit, nous offrons au Dieu très-haut, le plus grand hommage de profond respect et d'adoration qni lui appartienne ; et sous ce rapport cette célébration concorde avec notre devoir principal ici-bas, celui d'aspirer à notre fin dernière. Ainsi considérée, la sainte Messe n'est plus simplement un moyen de grâce ou de vertu chrétienne ; par elle-même elle devient un but. Mais celui qui donne à Dieu, reçoit en retour plus qu'il n'offre. Ce n'est pas Dieu qui devient plus riche par le don qui lui est offert, c'est au contraire celui qui présente ce don, c'est l'homme luimême qui s'enrichit par son offrande : or , à ce point de vue , la célébration du sacrifice de la sainte Messe est en même

temps un puissant moyen surnaturel de grâce et de vertu. Sous le premier rapport, la célébration de ce divin mystère, ou l'assistance à ce sacrifice sacré, eût dû trouver place dans la première partie de cet ouvrage ; mais pou r ne pas rompre l'enchaînement des idées, nous nous sommes réservé d'en parler ici, d'autant plus qu'au début de cette seconde partie, nous avons fait remarquer la liaison intime existant entre la vertu chrétienne et les moyens auxiliaires pour la pratique de cette même vertu. Mais la haute importance qui. dans la vie chrétienne, doit être donnée au saint sacrifice de la Messe,, considéré et comme centre de tout le culte dû à Dieu, et comme un des plus importants moyens de notre sanctification, fera comprendre pourquoi, nous arrêtant plus longtemps à cette célébration mystérieuse, nous y avons consacré deux chapitres. Dans celui-ci nous considérerons la sainte Messe comme Tacte le plus sublime du culte divin, et dans le suivant, nous le verrons comme l'un des moyens les plus efficaces pour obtenir notre salut.

Nous aimons ànous rappeler ce mot que dans notre jeunesse nous avons recueilli de la bouche même d'un de nos maîtres : Tanl qu'ioïc Messe sera encore célébrée sur laterrO;, disait-il, le démon n'y aura pas obtenu l'empire absolu. Cette parole paraît exagérée. Toutefois le chrétien fidèle et instruit y acquiesce de cœur. Mais d'un autre côté, combien n'y a-t-il pas de chrétiens qui

attachent peu d'importance à la sainte Messe ou du moins qui ne la tiennent pas en assez haute estime, et ne retirent de leur assistance à ce saint sacrifice que peu ou point de fruit ; et cela surtout parce qu'ils n'ont qu'une connaissance imparfaite de la grandeur et de l'importance de cette sainte célébration ! Car même dans nos temps prétendus éclairés^ l'ignorance en matière religieuse est souvent profonde, même parmi ceux qui se disent instruits. Or peut-il y avoir quelque chose de plus triste et de moins excusable que de rester aveugle devant les riches trésors dont notre sainte religion est dotée, et de ne savoir point en faire usage? Mais venons à notre but et rappelons-nous tout d'abord cette incontestable vérité : le sacrifice, aussi bien que la prière qui doit toujours y être jointe, ne forme pas seulement une partie essentielle de la religion, mais il on est la partie constitutive la plus essentielle. Et en effet, nous ne comprenons pas ici le mot de sacrifice dans son sens impropre; car dans ce sens, on nomme sacrifice toute bonne œuvre, soit intérieure, soit extérieure, faite en vue de Dieu, et qui lui est par cela même consacrée et offerte. Tout acte de mortification que j'exerce pour lui tout bon propos que je forme, toute œuvre de charité accomplie envers le prochain, par amour pour Dieu, servent à lui prouver mon amour, ma reconnaissance et mon respect, et à renouveler la sainte alliance que j'ai

contractée avec lui. De tels sacrifices sont d'une grande valeur dans la vie morale et religieuse. Ainsi rapportées immédiatement à Dieu, mes bonnes œuvres sont élevées d'une sphère simplement morale jusqu'à la sphère religieuse et par cela même perfectionnées : elles me sont aussi rendues plus faciles. Pardonner de tout cœur à un ennemi l'injure qu'il m'a faite, n'est pas chose aisée pour la nature humaine telle qu'elle est depuis sa déchéance ; mais cela me devient facile aussitôt que, avec les yeux de la foi, je vois dans cet ennemi Celui qui a dit : « Ce que vous avez fait au plus petit de mes frères^ c'est à moi-même que vous l'avez fait. »

Mais quelques mérites que puissent avoir de tels sacrifices, mérites qui s'allument ou doivent s'allumer au vrai sacrifice, toutefois ils ne le sont pas, et ne peuvent le remplacer. Le sacrifice proprement dit est un acte extétérieur de la religion par lequel un ministre de cette religion, un prêtre, offre solennellement au Seigneur Dieu, en reconnaissance de sa souveraineté absolue, une chose qui doit être par conséquent — ou détruite dans son essence première, ou changée en une autre. Cela arrivait ainsi, dans l'ancienne loi, par exemple, pour les sacrifices d'animaux. Ils étaient égorgés, conséquemmeiit détruits dans leur être primitif, et ofï'crts à Dieu d'une manière solennelle par un ministre de la religion. Il n'en était pas autrement dans les sacrifices des païens. Toujours le sa-

crifice apparaît comme un acte religieux, toujours il est solennellement accompli et accompagné de cérémonies saintes ; toujours c'est un prêtre qui l'offre, toujours la matière du sacrifice est offerte à Dieu ou aux dieux. Or, est-il nécessaire de dire que de tels sacrifices appartiennent à l'essence même de toute religion? C'est un fait prouvé dans toute l'histoire de l'humanité qu'il n'a jamais existé de religion sans sacrifices ; nous le voyons clairement démontré déjà dans le paradis où Dieu les ordonne positivement; nous en trcuvons aussi la base dans la loi naturelle, comme nous l'enseigne le Docteur angélique : La raison naturelle, dit- il, commande à l'homme de prouvera Dieu sa soumission et son respect, d'une manière qui réponde à sa double nature, c'est-àdire non-seulement par des actes intérieurs, mais encore par des signes extérieurs, en offrant à son souverain Maître, comme signe et expression de sa dépendance et de son profond respect, des dons extérieurs, comme aussi autrefois les vassaux témoignaient de leur reconnaissance et de leur vénération envers leur seigneur, en lui présentant des dons.

Mais comme toute religion a son sacrifice, la religion parfaite, c'est-à-dire la religion chrétienne, doit avoir aussi un sacrifice essentiellement parfait. Les sacrifices des païens, comme leurs religions elles-mêmes, n'étaient qu'une contrefaçon de la vérité; la religion judaïque en

était la figure, le sacrifice chrétien est cette vérité ellemême.

Ce parfait sacrifice de la religion chrétienne, c'est celui de Jésus-Christ en croix. Dans ce sacrifice, but et fin de ceux de l'ancienne alliance, tout est parfait et infiniment parfait, le sacrificateur, la victime, le but. Comme nous l'enseigne la doctrine catholique, Jésus-Christ, pour perpétuer son sacrifice et le renouveler d'une manière non sanglante, a institué, la veille de sa passion, la solennité eucharistique, le saint sacrifice de la Messe. Il est la représentation et l'image de celui delà croix dont il perpétue éternellement la mémoire ; il n'en est pas une simple image, mais la représentation réelle ; il est tout à la fois, image et vérité, à peu près comme le Fils de Dieu, image du Père éternel, lui est cependant égal en substance. Sur la croix, Jésus- Christ s'est offert d'une manière sanglante en versant tout son sang^ àla sainte Messe il s'offre d'une manière non sanglante: car une fois mort, il ne meurt plus; sur la croix il s'est offert lui-même, à la Messe il s'offre par les mains du prêtre; sur la croix il nous mérita la grâce de la rédemption, à la Messe il nous applique, dans la mesure de nos dispositions, les mérites de cette grâce, c'est-à-dire le fruit du sacrifice de la croix.

En un mot, lo saint sacrifice de la Messe est le încme essentiellement que celui do la croix, avec celte différence qu'il n'est pas le sacrifice de Jésus-Christ seulement

mais qu'il est, en quelque sorte, le nôtre. Car sur l'autel, le divin Sauveur s'oITreà son Père céleste par nos mains ; et nous devons, ne faisant plus qu'un avec lui, entrant dans ses intentions et embrassant pour ainsi dire sa croix, nous attacher à ce sacrifice qui est le sien.

Nous voici devant vous,ô Père céleste, disons-nous en célébrant ce sacrifice, nous nous reconnaissons redevables d'une louange infmie à votre infinie Majesté. Nous vous devons aussi une reconnaissance infmie pour les grâces et les bienfaits sansnombre dont vous nous comblez. Nous vous offrons une expiation infinie pour les innombrables offenses que nous avons commises envers vous. Nous vous payons le tribut de nos très-humbles demandes pour les besoins sans nombre et les dangers incessants auxquels nous sommes exposés. Mais combien ces actes de notre louange, de notre gratitude, de notre expiation et de nos demandes, ne sont-ils pas misérables et indignes de paraître devant vous. Cependant nous les unissons au sacrifice de louange, d'actions de grâce, d'expiation et de demande de votre Fils Jésus-Christ, sacrifice qui vous est infiniment agréable ; et nous vous les offrons en vous priant, pour l'amour de ce cher Fils, de vouloir bien agréer ces hommages tout indignes qu'ils sont, ainsi que le sacrifice de tout ce que nous sommes, de tout ce que nous possédons, et de plus nous vous conjurons de nous faire grâce et miséricorde !

La sainte Messe étant ainsi comprise dans le sens du sacrifice de Jésus-Christ, et en même temps du notre, son vrai rite, qui, d'après les anciennes liturgies, repose dans ses parties principales sur des bases apostoliques, s'éclaire et se comprend.

Ce rite ne nous remet pas seulement devant les yeux toute la beauté, la dignité et la grandeur de cette célébration divine, il nous montre encore dans quel esprit nous devons la soleniiiser. Si nous nous représentons cet ensemble de prières et de cérémonies, constituant le rite de toute la célébration de la sainte Messe, nous voyons qu'il commence par la Prière au bas de l'autel ei parle Conßteor, cette humble confession du prêtre et des assistants ^ Car quelque justes que nous paraissions aux yeux des hommes, nous ne sommes cependant pas dignes de nous présenter devant Dieu, ef de célébrer ce mystère sacré, qui inspire aux anges mêmes l'admiration, le respect et l'élonncment.

UlntroU est une prière ordinairement tirée des psaumes, ou d'autres parties de la sainte Ecriture. Il donne en quelque sorte le ton à la disposition qui doit être exci lée en nous par tous les offices du jour; et c'est pourquoi il

1. Nous nous attach JUS principalement, dans celte explication du rite de la sainte Messe, à la magiiiliqae expositior de saiatThomas. Somme théol . p. 3, qu. 83, art. 5.

exprime, OU la louange, la joie, la reconnaisance, l'admiration, ou encore la sévérité et la tristesse, selon que le comporte la solennité du jour, du mystère ou de l'événement. Avec l'Introït, se tiennent en relation le Graduel^ Y Offertoire et la Communion qui suivent pour ainsi dire le ton qu'il a donné et le font résonner de nouveau. Le Kyrie eleison vient tout de suite après. Cette prière est l'expression du sentiment de notre misère. Hélas! nous ne sentons que trop que nous sommes encore dans la vallée des gémissements et des larmes ! Ce cri de secours élevé vers Dieu est répété neuf fois : trois fois Kyrie eleison pour la personne du Père ; trois fois Christe eleison pour la personne du Fils ; trois fois Kyrie eleiso)i pour la personne du Saint-Esprit. Chaque invocation est répétée trois fois, soit en vue de notre triple misère : misère de l'ignorance, misère de la faute, misère de la punition, soit en l'honneur des trois personnes qui sont en elles-mêmes indivisibles.

Le Gloria in excelsis s'y joint immédiatement. Cette hymne sublime que les anges firent retentir sur les montagnes de Bethléem pendant la nuit bénie où naquit le Sauveur, ne devait pas manquer ici, où le souvenir de cette naissance est renouvelé. Ce chant de louange descendit alors du Ciel sur la terre ; maintenant il remonte de la terre au Ciel. Car la paix, l'union intime est rétablie entre eux par le grand Pacificateur venu du ciel, ce Médiateur

divin, dont la mission ent pour but de les réunir. Il (Hait tout à fait convenable que le Kyrie se rattacbàt au Gloria. En effet, du sein de notre misère, nous aspirons vers la gloire du Ciel ; et ce n'est que quand nous sentons bien les souffrances de l'exil que nous désirons ardemment la patrie. De plus, nous ne sommes dignes d'offrir à Dieu nos louanges que s'il nous en rend moins indignes, en exauçant le cri de notre détresse. Cependant, on ne chante cette hymne que dans les Messes qui revêtent un caractère de joie et d'allégresse, tandis qu'elle est supprimée dans celles dont le sujet réclame le sérieux, la tristesse.

Au Gloria se lie enfin la Collecte, cette prière que le prêtre fait pour lui et pour le peuple assemblé, pour que tous deviennent dignes des grands mystères qui se préparent, et afin que Dieu exauce favorablement les demandes qu'ils lui adressent pendant la sainte Messe.

Le Confiteor, V Introït^ le Kijrie, le Gloria et la Collecte iovxn.e,i\\,\-A première préparation pour assister dignement aux saints mystères.

Le deuxième préparation consiste dans l'instruction des fidèles, parce que le mystère qui est célébvé ici, c'està-dire celui de l'Eucharistie oudu sacrifice eucharistique est de préférence le mystère de la foi. Dès la primitive Eglise cet enseignement a toujours été joint aux saints mystères, comme nous l'indique l'apologie de saint Justin. Mais cet enseignement est donné d'une double ma-

nière : d'abord plus préparatiore et moins parfaite, par la doctrine des Prophètes et des Apôtres, contenue dans YEpître qui, dans les messes solennelles, est lue par les lecteurs elles sous-diacres appartenant aux ordres inférieurs. Ensuite, le chœur chante le Graduel indiquant le progrès dans la vie spirituelle, e\V Alléluia, expression de la joie chrétienne, ou le Trait qui, dans les offices portant un caractère de tristesse, est la manifestation de la douleur et des soupirs de l'âme. Telles sont les dispositions que doivent exciter en nous les leçons des Apôtres et des Prophètes.

Les fidèles sont ensuite instruits d'une manière plus parfaite par les enseignements du Christ lui-même, enseignements renfermés dans l'Evangile qui, par cela même, est lu par les diacres appartenant à un ordre supérieur. Pour mieux exprimer le respect du à cette sainte parole, les têtes se découvrent, des cierges sont allumés pour signifier la joie que l'annonce de la bonne nouvelle excite dans les âmes, et pour montrer que l'Evangile est la vraie lumière qui doit éclairer le monde. Le parfum de l'encens s'élève, symbole de la bonne odeur des vertus pratiquées par ceux qui reçoivent fidèlement la parole de Dieu et la font fructifier. Et le premier fruit de l'audition de l'Evangile étant la foi ou son accroissement, c'est pour cela que, immédiatement après, vient le d^edo, dans les jours ou fêtes, dont

l'objet a un rapport particulier avec le symbole, c'est-àdire aux fêtes du Sauveur lui-môme, à celles de sa sainte Mère, des Apôtres, des Docteurs, des saints Patrons des Eglises, comme aussi tous les dimanches de l'année.

Le peuple est maintenant préparé à la sainte action elle-même. La solennité proprement dite, la Missa fidelium (messe des fidèles) commence. Elle est ainsi nommée, parce que, anciennement, les fidèles seuls devaient y prendre part, tandis que les infidèles, comme aussi les catéchumènes et les pénitents, étaient préalablementcongédiés de l'Eglise par Xltc Missa est.

Après la prière nommée Offertoire, le prêtre offre les dons du sacrifice, le pain et le vin, comme les emblèmes de toute nourriture terrestre, ce qui est principalement exprimé par les prières correspondant à cette oblation, dans lesquelles Dieu est supplié de vouloir bien accepter avec complaisance les dons de son peuple. Le prêtre alors s'incline humblement dans le sentiment de sa propre misère et de son indignité devant une mission si sainte, et élevant les mains et les yeux vers le ciel, il dit ensuite plein de confiance : « Venez, Dieu saint, toutpuissant et éternel, et bénissez ces dons offerts en l'honneur de votre saint nom. »

Ensuite a lieu le Lavement des jnains, signe symbolique de pureté; il est accompagné de la prière Lavabo; comme conclusion de l'offrande vient la belle et saisis-

santé prière : Suscipe. Recevez, ô Trinité sainte, cette oblation que nous vous présentons en mémoire de la Passion, de la Résurrection et de l'Ascension de Notre Seigneur Jésus-Christ, en l'honneur de la sainte Vierge Marie, de saint Jean-Baptiste, et des saints apôtres Pierre et Paul, des saints dont les reliques sont ici et de tous les autres saints, afin qu'elle serve à leur honneur et à notre salut, et afin que ceux dont nous honorons la mémoire sur la terre, prient pour nous dans le Ciel.

Le prêtre invite aussi les assistants Ad.xi^\'Orate,fratrcs, à unir leur prière à la sienne, afin que le sacrifice soit agréable à Dieu, le Père tout-puissant.

La Pre/ace avec cette hymne sublime, le triple Sanctus, est la plus digne, lapins noble introduction au rite divin qui va suivre : le Canon. Tout dans les prières du Canon respire la sainteté et la divinité, tout y est antique et vénérable ; et, excepté les prières que nous trouvons dans la sainte Ecriture, enseignées par Dieu lui-même ou inspirées aux saints par l'Esprit divin, il n'est rien de si digne d'honneur, de si saint et de si élevé.

Le célébrant fait d'abord mémoire de ceux pour qui le saint sacrifice est offert, à savoir de l'Eglise universelle, ensuite des assistants et de ceux pour lesquels il a spécialement l'intention de prier ; il renouvelle la commémoration de tous les saints, implore leurs suffrages et passe ensuite à la Co^isecra^/o« elle-même, qui est opérée

en vertu des paroles toutes-puissantes, par lesquelles le Fils de Dieu a institué ce mystère pour jusqu'à la fin des siècles.

Le vrai corps et le vrai sang précieux de Jésus-Christ sont maintenant présents sur l'autel sous les deux espèces séparées du pain et du viu; nous nous prosternons

et nous adorons L'oblation du Christ se renouvelle,

et, dans les prières qui suivent la consécration et qui s'y rattachent, Dieu est conjuré de vouloir bien agréer avec .complaisance ce sacrifice de son Fils, offert par nos mains; car bien que cette offrande lui soit toujours infiniment agréable, cependant il nous arrive souvent de lui déplaire, c'est pourquoi nous récitons cette prière. Le prêtre ensuite prie Dieu de vouloir bien nous rendre participants des effets du sacrifice et du sacrement, nous, en particulier ceux qui ont part au sacrifice, ceux qui se sont endormis dans le Seigneur, et aussi ceux qui offrent le sacrifice : A'obis quoquc peccatoribus, à nous aussi pécheurs. Ici commencent les prières qui ont rapport à la réception du sacrement et qui doivent nous préparer à la sainte communion, le Pater nosler (Notre Père) avec le Libella ?205(Délivrez-nous) ; l'espèce du pain est rompue en trois parts symbolisant la triple Eglise, l'Eglise triomphante au ciel, l'Eglise militante sur la terre et l'Eglise souffrante dans le purgatoire, — puis a lieu le baiser de paix et la réunion des deux espèces par une

p ar celle de l'espèce du pain mise dans le calice : la séparation, et ensuite la réunion de ces espèces, représentent la mort comme aussi la résurrection de Jésus-Christ. Ensuite y\Q,\AX Agnus Dei\\:6\'s, fois répété et la prière pour la paix, parce que ce sacrement ici présent est celui de la paix et de l'unité, ensuite les deux autres prières préparant immédiatement à la communion, le Domine Jesu Christe et le Perceptio corporis tui. Puis la Communion elle-même.

La dernière partie de la Messe se compose de l'action de grâces, de même que le Christ, après avoir célébré la Pâque avecses disciples, en chanta le cantique. La solennité divine se termine par la bénédiction du prêtre, qu'il implore d'abord d'en haut en baisant l'autel, et par Y Evangile àe saint Jean nous rappelant ç-we/ es/ celui qui s'est offert pour nous au saint sacrifice de la Messe, et que nous avons reçu dans la sainte communion.

Quant à ce qui concerne le sens rigoureux des actes et des cérémonies qui font partie du rite de la Messe, ils se rapportent d'un côté au vrai corps de Jésus-Christ présent dans le sacrifice ainsi qu'à sa douloureuse passion et à sa mort, de l'autre à son corps mystique qui est l'Eglise, et à l'honneur qu'elle rend à ce corps adorable du Sauveur. Ces cérémonies sont l'expression naturelle de cet honneur; d'autres expriment les sentiments et les impressions de religion qui conviennent au sacrifice.

Aussi les différents mouvements du prêtre allant d'un

côté de l'autel à l'autre, puis revenant au milieu, doivent nous faire souvenir des courses de Jésus-Christ sur la terre et des dernières et si pénibles marches de sa passion. Les fréquents signes de croix rappellent la croix du Christ et les bénédictions c|ui en découlent. Le lavement des mains indique que pour célébrer ce grand mystère, nous devons être affranchis même des plus petits péchés. La fumée de l'encens, s'élevant jusqu'aux voûtes du temple sacré, indique, d'une part la dignité et la sublimité de cette sainte célébration, et de l'autre, la grâce qui se répand du Sauveur sur les fidèles ; elle représente aussi le parfum de nos bonnes œuvres. Lorsque le prêtre étend les bras aussitôt après la consécration, nous devons nous rappeler ceux du Christ étendus en croix. Quand il élève les mains, cela nous 'rappelle que c'est pour nous qu'il invoque le Seigneur ; s'il les joint et s'incline, c'est pour exprimer ce que sa prière a d'humble et de suppliant, et pour nous rappeler aussi l'humilité et l'obéissance avec lesquelles Jésus-Christ a souffert. Les cinq fois que le prêtre se tourne vers les assistants, peuvent faire souvenir des cinq apparitions du Seigneur après sa résurrection, ou bien le salut, Dominus vobiscum,qyiQ sept fois il leur adresse (cinq fois se tournant vers eux, et deux autres encore, l'une avant la préface et l'autre peu après le Pater lorsqu'il dit : Pax Domini sitseynpei- vobisciim), peut nous rappeler les sept dons du

Esprit qui nous ont été mérités par la mort du Sauveur. On le voit, tout dans la célébration du saint sacrifice de la Messe est important et significatif ; tout y est plein de mystère, et l'ensemble forme la cérémonie la plus belle, la plus élevée, la plus sublime qu'il puisse y avoir sur la terre. Si ce rite plein de magnificence et de grandeur pouvait au moins, ainsi que ses différentes cérémonies, être toujours bien compris et solennisé comme il le mérite! Mais, hélas ! il est des personnes qui croient ne pouvoir mieux faire valoir leur soi-disant haute science qu'en jetant un regard dédaigneux sur ces splendides cérémonies. Certes, leur instruction n'est rien moins que chrétienne. Ces saintes cérémonies, dont la plus petite même a tant de sens et d'importance pour une âme pieuse, jugées maintenant par ces personnes, les jugeront un jour à leur tour, ku contraire, quelle douce joie goûtera dans le ciel le fidèle vraiment instruit, lorsqu'il verra combien il est redevable à ces cérémonies qu'il a suivies et observées avec obéissance et piété ! « Quelle force secrète ne lui a pas communiquée celte bénédiction reçue, comme par hasard, mais avec un sincère respect; quelle mesure de grâces n'a-t-il pas gagnée, en saluant dévotement l'autel de Dieu devant lequel il passait ; quel coup n'a pas été livré aux esprits mauvais, par un signe de croix fait en temps opportun, c'est-à-dire à ce moment où ils voulaient entraîner ce chrétien à sa perle!»

Oh ! combien il serait à désirer que ces chrétiens faibles ou peu instruits qui blasphèment et rabaissent ce qu'ils no comprennent pas, au lieu d'étaler leur ignorance, fissent quelques efforts pour apprécier un mystère qui leur est offert comme une aide et un moyen pour leur sanctification !

Mais maintes fois j'ai entendu demander : pourquoi donc cette belle cérémonie s'accomplit-elle dans une langue étrangère? Nous répondons: premièrement, toujours et partout il en a été ainsi. Non-seulement chez les adorateurs du vrai Dieu, mais aussi chez les peuples païens, la célébration du culte saint a toujours eu lieu dans une langue pieusement réservée pour le service de la religion, de même que pour contenir une chose précieuse et sainte, on se sert d'un vase saint et précieux. Dans cette coutume universelle, il se manifeste bien plus qu'un simple hasard, c'est un instinct profond et secret de notre être. Et en effet, ne paraît-il pas tout à fait convenable que ce qui est mystérieux soit accompli dans une langue mystérieuse, et non dans un idiome commun, qu'on entend retentir dans les rues, sur les places publiques, et dans lequel les libertins fO'Ut retentir des paroles ou des chants qui révèlent leurs sentiments impurs. Si les mystères augustes du service divin étaient célébrés dans la langue du peuple, les hommes, étant

tels que nous les connaissons, la conséquence nécessaire

serait que le saint ministère ne serait plus placé au-dessus des choses ordinaires de la vie, mais à co/e d'elles, et ne serait bientôt plus traité que comme chose vulgaire. Nos mystères seraient dépouillés de leur majesté, de leur dignité, de leur sainteté, et bientôt traînés dans la fange.

Dans l'Eglise chrétienne, il y a eu de tout temps trois languesreconnues comme sacrées, ce sont celles dans lesquelles était écrite l'inscription attachée à la croix du Sauveur, l'hébreu, le grec et le latin, langues qui par là même ont été en quelque sorte consacrées, sanctifiées. Parmi elles, le latin atteignit bientôt le premier rang, pour des motifs qu'il n'entre pas dans notre sujet de développer ici longuement.

D'ailleurs, l'usage de la langue latine comme langue sacrée, est en même temps aussi bien un symbole de l'unité de l'Eglise qu'un moyen pour elle de conserver cette unité. Elle est une image de l'unité de l'Eglise et de sa foi : car la foi s'exprime surtout dans le service de Dieu, et c'est pour cela que la foi une est symbolisée par une manière unique de célébration, conséquemment aussi par une langue unique.

Combien n'est-il pas doux et consolant pour un bon catholique, voyageant sur une terre étrangère au milieu d'inconnus et n'entendant que. des sons étrangers, de retrouver, au moins dans l'Eglise, les accents animés de cette seconde langue maternelle, qui dès sa plus ten-

dre enfance ont retenti à son oreille dans la patrie aimée? Alors il se sent comme dans une patrie morale, dans cette patrie universelle de la foi, et un instant il oublie qu'il est sur une terre étrangère.

D'un autre côté, cette langue religieuse unique est en même temps aussi le moyen de conserver l'unité de foi et d'esprit. Les mots, interprètes de nos pensées et de nos sentiments, ne sont-ils pas justement de la plus haute importance dans le domaine religieux, où, comme le dit un ancien docteur (saint .lérôme), une nouveauté hérétique s'introduirait facilement sous la nouveauté des termes? De plus, nos langues vivantes nationales, comme nos idiomes, sont aussi mobiles que les vagues de la mer : ce qui est nouveau aujourd'hui, sera déjtà vieux demain : par conséquent, les livres liturgiques imprimés dan? les langues vivantes, devraient, presque tous les dix ans. être retouchés, changés, écrits de nouveau; en un mot, toute la liturgie, comme la foi elle-même dont elle est l'expression, serait exposée au danger d'être dénaturée, morcelée, tandis que, au contraire, l'usage du latin, langue morte, la préserve heureusement de toute corruption. Les limites poséespar le temps et l'espace sont ainsi supprimées, et tous les lieux, comme tous les temps passés et présents, sont étroitement unis. Nous croyons non-seulement ce qu'ont cm les catholiques des siècles passés, et ce que croient encore pré-

sentement ceux qui sont dispersés dans le monde entier : dans l'acte le plus important et le plus saint qu'il puisse y avoir, nous nous mettons en rapport de croyance avec tous, avec ceux qui sont dès longtemps dans leur éternité,, comme avec las millions de nos frères encore vivants; en parlant avec eux une seule et même langue, nous sentons que nous sommes en communauté avec tous ; et ce sentiment nous grandit, nous élève, en même temps qu'il ranime en nous l'amour pour la sainte Eglise, notre mère à tous.

Comme chacun le sait, il a été d'ailleurs suffisamment pourvu à ce que le rite en langue latine put être compris, et celui qui veut s'instruire à ce sujet ne peut se plaindre que les moyens lui en soient refusés. Mais dans le service de Dieu, il s'agit moins d'une claire compréhension de chaque chose en particulier, que de l'humble et pieuse disposition d'esprit par rapport à l'ensemble. On peut comprendre le sens de tous les mots de son formulaire de prières, et cependant mal prier, tandis qu'on peut n'employer aucune parole et, toutefois, bien prier, si l'on sait s'humilier profondément devant Dieu et s'entretenir avec lui dans ces accents du cœur qu'il entend toujours. 11 suffit à ses oreilles des pleurs de nos yeux, dit saint Augustin, et il entend plutôt les soupirs de notre cœur que notre voix elle-même y

ï. Sermon 1 in Dom. 15, de Tobia, qui est 220, de Temp.

On le voitjiious n'avons pas de motifs de désirer dans le service deDieu la snbstitution de la langue populaire à la langue latine, mais nous en avons au contraire beaucoup pour souhaiter que cela n'arrive pas. Et nous terminerons en faisant remarquer que les réclamations à ce sujet sont toujours venues, non point des bons et fidèles enfants de l'Eglise, mais de ses présomptueux contempteurs. Ceux qui agitèrent cette question, ce furent ou des hérétiques déclarés, comme les Yaudois, les Albigeois au moyen âge, plus tard Wiclef, IIus, et les soi-disant réformateurs du seizième siècle ; ensuite les Jansénistes en France; — ou bien ce furent des catholiques légers, superficiels, qu'on peut appeler catholiques à la nouvelle mode et n'ayant plus l'esprit de l'Eglise. Mais ils ne sauraient nous inspirer à ce sujet la moindre confiance. Nouspouvons poser en règle générale que ce que nous devons vraiment estimer, aimer, honorer, est justement ce que nos adversaires méprisentet décrient. Réjouissonsnous toutefois que, dans l'Eglise au moins, la passion folle et étroite des nationalités ne puisse réussir, et que, pas plus maintenant que lorsque le christianisme naquit, il ne peut, d'après les paroles de l'Apôtre, s'agir ni de Juifs, ni de Grecs, ni de Barbares. Réjouissons-nous au moins que cette célébration, la [)his sublime qu'il y ait surla terre, etaussi son langage uui(]ue, nous rappellent l'unité de langue des premiers hommes, comme aussi le

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miracle du Saint-Esprit à la première fête de la Pentecôte, ramenant de nouveauà l'unité toutes les langues dumonde. Et faisons-nous ici une loi inviolable^ d'aimer tout ce qu'aime l'Eglise, et de lui accorder en tout une entière confiance! Elle compte ses expériences par centaines et milliers d'années, tandis que nous ne sommes que les enfants d'un jour.

Rien n'est moins excusable que la fierté et le sentiment propre lorsqu'il s'agit de la religion, rien ne nous attire plus sûrement l'abandon de Dieu ! Pour combien, un jugement présomptueux, une parole témérairement hasardée sur des décisions ecclésiastiques qui leur paraissaient peu essentielles, n'ont-ils pas bien tristement préparé leur séparation de l'Eglise et de la religion ; bien souvent même ils en ont été la première cause !

Si, comme conclusion, nous jetons un dernier regard sur ce qui a été dit dans ce chapitre, nous voyons clairement que la sainte Messe est réellement aussi bien notre sacrifice que celui de Jésus-Christ, renouvelant et perpétuant éternellement le sacrifice de la croix. C'est Jésus- Christ lui-môme, ce grand prêtre selon l'ordre de Melchisédecli et jusque dans l'éternité, qui est le premier et le principal pontife de ce sacrilice, en tant que c'est luimême qui par sa vertu toute-puissante accomplit ce qui en fait l'essence même, c'est-à-dire le changement du pain et du vin en son très-saint corps et en son précieux

sanj;,^, et que ce sont ses propres paroles que le prêtre répète en son nom à cette consécration. C'est pourquoi le Christ étant lui-même le premier et le principal pontife, ce sacrifice ne peut jamais être souillé ni par l'indignité^ ni par la malice de l'homme; mais il est, comme l'annonce le prophète Malachie, une hostie éternellement pure, glorifiant le nom de Dieu de l'Orient à l'Occident.

Mais, soumis à lui comme au premier et principal sacrificateur, le prêtre légitimement ordonné arrive pour ainsi dire en second dans cette ohlation, et tous les fidèles présents s'unissent à lui pour la présenter à Dieu le Père. Car tous sont dans un certain sens de la race sacerdotale et ils le sont surtout, parce qu'ils se sont intéressés à l'olfrande du saint sacrifice de la Messe, et parce qu'ils s'unissent au prêtre qui l'offre.

Unregardjeté en arrière sur ce que nous avons dit précédemment, nous montre aussi que la sainte Messe est réellement le sacrifice parfait de la religion parfaite, que la célébration de ce mystère est le seul service de Dieu, vrai, digne, vivant, chrétien et qu'il est, comme le dit saint François de Sales, le soleil de tout vrai culte divin.

Sans ce saint sacrifice, nous n'aurions point un culte de Dieu, véritable, digne, complet, vivant, et le but de l'Incarnation ne serait pas rem[)li. Hu effet, nous ne pouri'ions pas rendre à Dieu un culte vrai, si nous étions encore

enfoncés dans la fange du péché, c'est pourquoi la première chose que fit le Christ, ce fut de nous racheter du péché et de nous redonner la paix. Mais ce n'était pas tout ; car son dernier et principal objet, c'est Dieu et sa gloire.

Glorifier son Père céleste, et nous mettre en état de le glorifier nous-mêmes, c'était là le dernier but de sa venue sur la terre, et c'est aussi le dernier et le plus précieux fruit du grand ouvrage de la rédemption. Toute célébration de la sainte Messe remplit cette dernière fin, car elle présente à Dieu la louange, la gloire la plus digne qui puisse être imaginée.

Chaque Messe est un vrai Gloria Pat-ri etFilio et Spiritui Sancto'X^Xo'ive, soit au Père et au Fils et au Saint-Esprit), montant jusqu'au trône de Dieu, et ce n'est pas seulement des lèvres des anges et des hommes qu'il retentit, c'est le grand-prêtre éternel lui-même qui offre à son Père céleste ce tribut de suprême adoration.

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