LE SAINT SACRIFICE DE LA MICSSE, MOYEN EFFICACE DE SANCTIFICATION
Le saint sacrifice de la Messe par lequel, en union avec Jésus-Christ, le seul adorateur vraiment digne, nous présentons à Dieu le tribut de respect et d'adoration qui lui est dû, est comme tel un but absolu. Car adorer Dieu, le louer et le glorifier autant que nous le pouvons, c'est là la fin de notre existence tout entière. Mais outre que le saint sacrifice de la Messe est comme oblation de louanges et d'actions de grâce un but par lui-même, il est en même temps encore un moyen pour d'autres fins, et une riche source de bénédictions pour le temps et pour rélernité. A savoir, il est en môme temps un vrai sacrifice propitiatoire, car, quoique considéré comme sacrifice de Jésus-Christ, il ne mérite plus de nouvelles grâces', il est cependant pour nous un moyen de nous procurer les grâces acquises, les fruits du sacrifice de la
1. Le prêtre célébrant la sainte Messe, aussi bien que les fidèles qui y prennent part, peuvent absolument, par leur participaliDi au sacrifice.
croix ; il est aussi,, considéré comme sacrifice de Jésus- Ciirist, un vrai sacrifice impétratoire, puisque notre divin Sauveur, grand-prètre éternel, comme le dit l'Apôtre^ «vit en tout temps, afin d'intercéder pour nous \y>
Mais si nous demandons quels sont les effets produits par le saint Sacrifice considéré et comme impétratoire et comme propitiatoire, alors il est nécessaire de distinguer les effets directs des effets indirects. Le saint Sacrifice de la Messe opère indirectement :
Pî^emièrement la rémission des péchés graves, non point, à la vérité, en nous les remettant directement comme le fait le saint Baptême ou le sacrement de la Pénitence, mais ennous obtenant la grâce du repentir et d'un véritable esprit de pénitence, d'après cet enseignement formel du saint concile de Trente : « que Dieu, réconcilié par l'offrande du saint sacrifice, nous accorde la grâce et le don de la pénitence et nous remet ainsi, même des offenses et des péchés graves \
Le saint Sacritice de la Messe opère deuxièmement
comme par toute bonne œuvre ex opère operantis, ainsi que les théologiens s'expriment, mériter aussi la grâce. Dans le sacritice eucharistique que le Christ célébra la veille de sa passion, il mérita . .'.ssi des grâces (parce que, alors il se trouvait encore in sfatu merendi, en état de mériter); mais présentement, il n'y est plus, et c'est pourquoi aussi dans la Messe il n'est plus méritant ; circonstance par laquelle la célébration de la Messe ne se distingue pas moins de la célébration eucharistique du Sauveur avant sa mort, que du sacrifice de la croix. l. Hébreux, vu, 25. — 2. Session xxii, chap. 24.
la rémission des péchés véniels, en nous obtenant la grâce qui nous porte à produire un acte d'amour parfait ou de repentir qui les efTace.
Troisièmement, il opère indirectement l'augmentation de la grâce sanctifiante. Eu égard à cet auguste sacrifice, Dieu nous accorde assistance pour pratiquer la vertu et accomplir les actes vertueux qui méritent l'augmentation de cette même grâce.
Quatrièmement, il nous obtient aussi des bienfaits temporels, comme nous l'indiquent différents passages du Canon de la sainte Messe et aussi la pratique constante et universelle de l'Eglise qui offre et a toujours ofTert le saint sacrifice, non-seulement pour obtenir la rémission des péchés et la vie éternelle, mais encore pour les nécessités temporelles et les besoins des fidèles, il nous obtient ces bienfaits et ces bénédictions, de la même manière indirecte que le fait la prière, mais il est la prière parfaite, par laquelle, plus sûrement que par tout autre moyen, nous disposons Dieu à nous être favorable.
Mais directement \q saint sacrifice delà Messe opère cinquièmement (comme oblation expiatoire) la rémission des peines temporelles dues aux péchés déjà pardonnes, en nous appliquant la satisfaction et les mérites de Jésus- Christ. Et tandis que les ell'cts nommés précédemment ne sont pas infaillibles, mais abandonnés au bon plaisir de la sagesse et de la bonté de Dieu, ce dernier elFet au cou-
traire est pleinement infaillible, aussi bien en ce qui concerne les vivants que les âmes du purgatoire, bien qu'il soit accordé d'une manière plus ou moins complète, suivant la mesure des dispositions de ceux pour qui le saint sacrifice est offert.
L'élat bon ou mauvais de la conscience du prêtre offrant le saint sacrifice, établit-il une différence sous le rapport des effets que nous venons d'énumérer? Le Docteur angélique répond à celte question lorsqu'il dit : On doit distinguer deux choses dans le saint sacrifice de la Messe, le sacrement qui est l'objet principal, et les prières que le prêtre fait pour les vivants comme pour les morts. Considérée sous le rapport du sacrement qui, dans toute Messe, est consacré et offert à Dieu, la Messe d'un mauvais prêtre est tout aussi bonne et a autant de valeur que celle des meilleurs. Mais quant aux prières qui sont dites à la Messe, il faut encore établir de nouvelles distinctions. A savoir, en tant que ces prières reçoivent leur efficacité de la dévotion du célébrant, la Messe du bon prêtre est meilleure, et produit plus de fruits que celle du mauvais. Mais en tant que cette prière du prêtre est faite au nom de l'Eglise dont il est le serviteur, la prière du mauvais prêtre est utile et salutaire, non-seulement dans le saint sacrifice, mais encore toutes les fois qu'il prie au nom de l'Eglise ^ Donc, quand on