‹ La vie chrétienneChapitre 7 sur 75 · Hoellie, Wilhelm Meister · texte numérisé non relu

Hoellie, Wilhelm Meister

MORALE CIIRKTIEXXE. 13

et à la pourriture : « Vous êtes mon père, »jamais vous n'effacerez entièrement en vousl'empreinte divine, jamais vous n'anéantirez l'impulsion qui vous attire en haut.

Cette impulsion, cette faim et cette soif Je Dieu, innées en votre àme, ce désir inftni qui doit vous porter vers le bien infini, voilà ce qui sera un jour le plus amer aiguillon de vos tourments en enfer. Eternellement attiré vers Dieu par votre nature, et éternellement repoussé de lui par votre faute : ce déchirement de votre être sera le ver qui vous rongera éternellemenl. Mais cet élan vers lui est, et reste pour nous le grand comme le plus éloquent témoin de notre grandeur, de notre dignité. Je rassemble en esprit autour de moi tous les biens, tous les honneurs et tous les trésors de la terre, et je leur dis: Je vous méprise, vous n'êtes pas dignes de moi. Je m'élève jusqu'aux montagnes éternelles, et je dis : Je suis plus que vous, vous passerez, vous changerez comme un vêtement, mais moi, je demeure, car je suis créé ù l'image de Dieu et fait pour Lui, le Roi de l'éternité, « qui seul possède l'immortalité. » J'élève moa'regard jusqu'aux étoiles du firmament qui planent au-dessus de ma tète et parcourent nuit et jour leur roule, à elles aussi je dis : Toutes belles que vous soyez, vous ne pouvez apaiser l'ardent désir de mon cœur. Et je m'élance jusqu'aux esprits célestes, et je leur dis: Je suis, à la vérité, moins que vous,

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mais vous êtes aussi des créatures, et, comme moi, tirées du néant par la main du Tout-Puissant. Je ne suis pas créé pour vous, mais, comme vous, pour celui qui vous a créés, vous et moi, à son image, et j'espère un jour unir aux vôtres mes chants de louange, et partager avec vous la possession, la jouissance éternelle de Dieu!

La sainte Ecriture nous raconte que Madeleine, la grande sainte, au matin du jour de Pâques, se hâta avanl le lever du soleil vers le tombeau de son Seigneur. Au lieu de celui qu'elle cherchait avec sou âme, elle aperçoit deux anges aux blancs vêtements, assis sur le bord du sépulcre; mais quelque brillant que fût leur as[)ect, elle n'en est point satisfaite, et ne peut se tranquilliser jusqu'à ce qu'elle ait elle-même trouvé celui qu'elle cherche. « Ils ont pris mon Seigneur, » répond-elle aux auges qui lui demandent: pourquoi pleures-tu, » ils ont pris mon Seigneur, et je ne sais pas où ils l'ont mis. »

Dans ce langage, dans ce désir ardent de la grande sainte, je reconnais ma propre et vraie grandeur. Mon cœur est si grand que même les esprits sublimes, les anges, les chérubins et les séraphins ne peuvent le remplir, mais il lui faut Dieu, Dieu, qui seul remplit tout. Je ne puis donc que répéter toujours le mot de saint Augustin : « Vous nous avez créés pour vous, ô Dieu, et notre cœur cstinquiet, jusqu'à ce qu'il se repose en vous '. »

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