L: manifestation la mieux connue et la plus prolongée
tion orientale. Ces nouveaux venus s’adressèrent aux empereurs qui ne leur prêtèrent peut-être pas la moindre attention, mais la suscription recommandait l'ouvrage ; en tout cas, rien n'autorise à présenter les Apologies comme une littérature clandestine. Le plus souvent, les auteurs cherchent à faire connaître une religion qui n’a rien à redouter de la lumière : ils exposent les croyances et décrivent les mœurs des fidèles, protestent contre les calomnies qui les poursuivent et les mauvais traitements dont on les accable.
Parmi les Grecs, l’apologétique provoqua des auteurs plus soucieux de persuader que de briller comme Justin, Aristide, Théophile, et d’autres comme Tatien, Athénagore et Méliton visiblement préoccupés de s'exprimer avec art et d’imiter les modèles. Chez les Latins cette littérature atteindra sa perfection avec l’Octavius de Minucius Félix et l’Apologeticum de Tertullien, le premier délicat et cicéronien, le deuxième ironique et véhément. Tous défendent et plusieurs y réussissent fort bien. Le christianisme est calomnié, ils réfutent les accusations, dissipent les préventions, le montrent tel qu’il doit apparaître à des esprits non prévenus. Le christianisme est impopulaire, ils nous apprennent pourquoi, peutêtre l’apprennent-ils aussi à beaucoup de païens qui s’en détournent par ignorance et par snobisme. Aux diffamations ils opposent des démentis indignés. Tous font ressortir ce que ces imputations abominables ont, à la fois, de malsain et de maladroit au regard de ce qu'est la vie chrétienne, dont ils découvrent la pureté, la charité et la dignité.
Sous le règne de Marc-Aurèle, l’argumentation des apologistes s’élargit ; de la défensive ils passent à l'offensive. IL ne leur suffit plus de réclamer le droit à l’existence au même titre que les religions licites et les philosophies, ils montent à l’assaut du polythéisme et de la société païenne. Cette critique des mœurs et des cultes païens va devenir un thème inépuisable où l’érudition des uns et la verve des autres font
assaut de traits qui déchirent une réputation déjà fort compromise. Toutefois la véritable originalité de ce quel’on peutappeler la seconde génération des apologistes, représentée par le philosophe Athénagore, les évêques Théophile, Méliton, Apollinaire, est de porter hardiment leur action défensive sur le terrain de la politique. Plus hautement que jamais, il se disent les sujets les plus paisibles et les plus loyaux serviteurs. Ils n’adorent pas l’empereur, mais ils lui obéissent, l’aiment et prient pour lui. Ils aiment la paix romaine et veulent en jouir, ils aiment leur bien-être et voilà ce qui les rend conservateurs comme l’avoue Athénagore : « Votre bonheur est notre intérêt, car il nous importe de pouvoir mener une vie tranquille en vous rendant de grand cœur l’obéissance qui vous est due ».
Omission singulière, dans la plupart des Apologies, notamment dans celles fort développées de Tatien, d’Athénagore, de Théophile, de Minucius Félix, le nom de Jésus n’est pas prononcé. Voilà l’infirmité de cette grande entreprise ; elle réduit la religion chrétienne à n'être rien de plus qu’une philosophie de laquelle sont bannis tous les mystères spécifiquement chré. tiens. La Trinité, à strictement parler, l'Incarnation, le péché originel, la Rédemption, la grâce, les sacrements n’y ont pas de place. Même la doctrine du Verbe est absente de l'Octavius. On peut s’en étonner, mais peut-on le leur reprocher? Y a-t-il eu de la part des apologistes dessein concerté d’édulcorer le mystère chrétien et de substituer un système raisonnable à la « folie de la Croix », en un mot essai de sécularisation du christianisme ? On ne serait en droit de leur prêter ce calcul que si on était en mesure de prouver que les Apologistes s'adressant à «ceux du dehors » devaient leur parler autrement qu'ils ont fait. Eux, ont estimé que, sur les questions de doctrine, des généralités suffisaient, et que des réticences n'étaient pas des négations.
Malgré la prudence peut-être excessive de leur tactique, l’ex-
cellence de leurs raisons, la générosité et la persévérance de leur effort, la campagne des apologistes échoua contre l'inattention, l'indifférence, l'empire des habitudes prises et des jugements tout faits.
de celui d’une sécularisation du christianisme. Non
seulement la foi y est expansive et agissante, mais une piété mystique intense y règne et leur donne le courage el la fierté de vivre au grand jour. La fondation d’une Eglise est, en quelque façon, la prise de possession d’une ville par le christianisme. À la physionomie particulière de chaque cité, il ajoute un trait nouveau et caractéristique. De l’aveu des païens eux-mêmes, l’école catéchétique d'Alexandrie donne à cette ville un fleuron littéraire et philosophique original. Le siège épiscopal et l’école exégétique d’Antioche ajoutent une dignité et un attrait sérieux à cette cité de commerce, de luxe et de plaisir. Jérusalem, réduite à n'être plus qu’'Aelia Capitolina, retrouve ses titres historiques en redevenant un centre d’études ; Césarée de Palestine doit à son école et à sa bibliothèque sa fortune nouvelle de foyer intellectuel ; Carthage devient la capitale religieuse et la modératrice de toute l'Afrique romaine ; Rome, enfin, entretient des rapports avec les autres Eglises, les guide, les soutient et prépare à la Rome chrétienne une destinée plus éclatante encore que celle qui a fait la gloire de Rome païenne. Ses évêques écrivent et conseillent, ils décident les questions de dogme et de discipline. Au 1°” siècle, Clément s'adresse aux fidèles de Corinthe ; au n° siècle, Eleuthère reçoit la lettre des martyrs de Lyon sur le montanisme, Victor enseigne les Eglises de l'Orient et de l'Occident au sujet de la Pâque. Au mr° siècle, les papes Corneille, Etienne,