LES RBYENANT8 DES POLES
fond de nos jeunes esprits déjà méfiants, nous avions le vague soupçon que le « monsieur »
exagérait un peu, nous racontait des histoires de banquises, que ces péripéties lointaines du drame de la neige étaient volontiers amoncelées, poussées à Textréme, à l'avalanche des catastrophes, et, tout en nous passionnant encore, la tête sur l'oreiller, pour les téméraires explorateurs de la mission Hetzel, nous nous endormions cependant à demi rassurés, presque pas inquiets de leur sort. Nous avions bon espoir qu'ils reviendraient à la fonte des glaces; et puis, s'ils étaient condamnés à ne jamais revoir la mère-patrie, s'ils devaient périr au désert blanc, nous avions la douce et consolante certitude que l'on entendrait encore parler d'eux, qu'il y aurait... une suite I Et la suite venait toujours.
Depuis, avec beaucoup d'âge et un peu de raison, nous avons été amenés à prendre plus au sérieux ceux qui mettent Jules Verne en pratique et nous savons qu'ils ne font pas précisément là des voyages à dormir debout.
Car ces excursions sont bien les plus redou-
I7i LA VIE GOURANTE.
tables et les plus effarantes que puisse coaoevoir rimagination de ceux qui restent (et qui ne sont pas les plus à plaindre).
S'il était permis en effet de comparer entre elles les solitudes tropicales et les régions arctiques et antarctiques, d'établir, en guise de fantaisie ingénieuse et littéraire, une façon de parallèle artificiel entre les dangers équivalents et divers qu'y affrontent, chacun de leur côté avec un égal courage, les missionnaires du Sable et de la Neige, les Africains et les polaires, les héros des deux Saharas, celui de la glace et celui du feu, des deux soleils, celui de midi et celui de minuit, des deux royaumes, celui de la soif, sans eau, et celui de l'eau où le sol, la hutte, la poussière, le grésil, le flocon, le stalactite, les brouillards, l'air, le ciel, tout est eau, rien que d'eau. . . oui, s'il était possible de peser les pour et les contre de ces deux terribles pèlerinages vers une même étoile, et qu'il fallût choisir, je ne sais pas, la mort dût-elle être à l'extrémité des deux routes, si le plus grand nombre de ceux qui vont partir, ayant fait d'avance