LES RETENANTS DES POLES
leur sacrifice, nepréiéreraitpasau chemin glissant des ténèbres le calvaire aveuglant du feuP Le feu, c'est en effet la vie, et Ton meurt plus en beauté dès qu'on meurt en clarté.
Périr dans la lumière est une apothéose.
Plutôt que la sinistre noyade où il semble que l'esprit, enfermé dans le sac du corps, s'enfonce et descende aux glauques abimes, qui n'aimerait mieux mille fois l'incendie et le bûcher subUme d'où l'âme s'échappe et se disperse dans un bouquet d'or sur l'aile bleue des fumées? L'onde la plus limpide purifie moins que le feu; il est fougueux, noble, divin. Les flammes montent toujours. L'eau coule ou tombe.
Aux régions tropicales, embrasées de rayons solaires, lavées de pluies chaudes et bruissantes de mille rumeurs, on s'abat, en pleine lutte, comme sur un champ de bataille. Aux steppes du pôle, on se couche, engourdi, dans un cimetière, sous un ciel de Josaphat, et l'on meurt du froid de l'éternité dont on a 4éjk par avance — au cours d'une agonie Ion-
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guement variée — subi toutes les questions et les tortures lentes. Ohl la désolation des blêmes crépuscules et des nuits de six mois!
l'intolérable et tragique silence de ces ténèbres, infinies et inanimées I « On se croit transporté, a écrit le navigateur Parry, en dehors du domaine de la vie; ces mornes et sombres déserts paraissent comme les espaces incréés que Milton a situés entre l'empire de la vie et celui de la mort. »
Gomment la raison humaine résiste-t*elle à l'assaut de pareils effrois? Par quel double miracle le cœur continue-t-il de battre et le cerveau de fonctionner à ces heures funèbres oii tout se gèle, l'haleine, les sons, les pensées, les rêves, les espoirs P Vous souvient-il des récits de Nansen, qui semblaient des épouvantes inédites d'Hoffmann ou d'Edgard Poe?
Les semaines entières passées avec son compagnon dans un mutisme obstiné, haineux, et puis tout à coup les conversations forcées, le flux des mots, les répétitions mécaniques de phrases sans suite pour recouvrer l'usage de la parole; ces nuits, oii sur la croûte de