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celle des grands dallages sur lesquels ils roulent et rebondissent à chaque cahot? Ces véhicules» d'un charmant aspect de joujou, sont d'affreux instruments de supplice et, s'ils ont le malheur de n'être pas mieux suspendus et plus solidement accrochés, les ventres imprudents des deux sexes qui se fient à eux sur la bonne foi de leur jolie quincaillerie, ne tardent pas, au bout de deux minutes, à s'en repentir. L'homme grimace bientôt de douleur et la femme la moins sensible s'ëvauouit.^
La cynique et obséquieuse audace des cochers dépasse toutes les homes et leur insistance aurait raison du calme de Socrate. Ils s avancent vers vous, plusieurs, postillonnant 4^ fouet, debout sur leur siège. Vous leur faites signe que non. Ils vous cernent. Vous leur dites de s'éloigner. Us se rapprochent. . . 1^6 vous laisser. . . Us vous suivent. Vous les ^juriezP Us sourient et tirent leur chapeau.
^ Aht signor I parle français? Benel )) Et ils continuent de proposer le chariot aux petites cuillers. . . oc per una lira I . . . per cinquante cen-
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tesimi II i> De six heures à sept heures et demie du soir, c'est le genre d'aller en carrocello à fond de train, sur le bord de la mer, tout le long de la via Parthenope. On fait des courses et il n'y a jamais d'accidents. Les é<juipages de la société napolitaine stationnent au jardin royal, où Ton joue de la musique. L'âne est très employé et c'est un martyr obscur que l'âne napolitain. Plus chargé qu'un wagon de marchandises, il va, trottinant triste, sous la bastonnade, avec un pauvre derrière étroit et des oreilles démantibulées, rabattues par le Destin.
Les petits enfaints, les jeunes garçons qui sont l'équivalent de nos a voyous de Paris »
exercent ici, en loques et demi-nus, toute une série de métiers, selon l'heure du jour, plongeant le matin dans le port, au départ des bateaux à vapeur pour Sorrente et Capri, et rattrapant les sous qu'on leur jette, nettoyant l'après-midi les chevaux aux stations de voitures, vendant des journaux sous la galerie Victor-Emmanuel, des allumettes, des œillets, des roses, et des citrons qui se payent le luxe
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d'être aussi gros que des ananas. Ils seraient gentils, ces garnements, s'ils n'étaient pas presque tous coiffés d'horribles casquettes de soie, de drap ou de velours élimé qui leur donnent l'air, déjà, de petits souteneurs.
Tout se passe dans la rue à Naples. On y fait sa toilette, sa cuisine, son travail, ses besoins naturels, ses ablutions, sa prière. Le voyageur peut s'offrir des Rembrandt et des Murillo pour rien. Une vieille, qui n'a plus C[ue onze gros cheveux, et que sa fille coiffe avec un démêloir à mulet, des enfants qu'on épouiUe, toute la bande en rond, courbée sur la tête d'angelot à guetter la vermine qui se cache et déguerpit dans la profondeur des boucles d'or... Et les cris de joie quand enfinies pouces maternels l'ont bloquée et aplatie I C'est une fête de &mille. Ici un homme vous tourne à peine le dos dans une posture chère à Téniers. Là, un autre, assis à terre, soigne et console un pied malade. Il y a ceux (pii mangent et ceux qui vomissent, ceux qui dorment et ceux qui ne font rien. Toutes les sortes de petits marchands de choses de re-
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but ont leur couleur, leur crasse à part et leur touche à la Gallot; les marchands de chaussures d'occasion, de vieux corsets avachis, de vieux jupons mous de fatigue, et Icis revendeurs de bouts de cigares nettoyés, grattés, rafistolés, auxquels ils ont fait une toilette et qu'ils alignent par rang de taille devant le Museo, sur chaque marche, à reinbre. Les derniers mégots, les moins chers, sont si courts qu'il parait impraticable de les fumer et que les tenir, même du bout des lèvres, semble un tour de force.
Mais voici, droit et d'une allure d'antique, un homme qui fend la foule, portant en équilibre sur sa tête — ainsi que Perrette son pot — un beau cercueil, chocolat et argent, tout neuf, à livrer, un cercueil verni, qui se ferme à clef comme une malle ou une grande tirelire. Il se dirige en face, vers le chantier du tailleur de pierres tombales. Dans la boutique à côté on vend des mandolines et sur le trottoir il y a deux tas d'oranges et de roses. Un cercueil, une mandoUhe, dès oranges et des roses : toute l'Italie.
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Je me rappelle un cortège religieux sortant du port et entrant dans je ne sais plus quelle église, la bénédiction donnée en chemin par le prêtre au tintamarre d'un implacable orphéon et des six cloches secouées à bout de bras comme des massues par les enfants de chœur pouffant de rire, le dais très haut, des étendards très grands comme des étendards d'Orient, faisant claquer leurs soies, le Saint- Sacrement tenu par des mains empaquetées dor, la cohue des femmes, des jeunes filles prestes aux châles verts, les chantres en robe mauve, la poitrine encombrée de chaînes d'argent ou bien barrée par des cordons de drap orange, et tout ce monde, chatoyant et bruyant, prosterné ensuite au milieu du silence, à l'intérieur de l'église, pendant que la musique, à l'élévation, attaque un air de combat de taureaux.
Proche le casino de l'Unione à une fenêtre duquel, au premier étage, un huissier à favoris blancs bâille en s'écrasant le nez contre la vitre, le théâtre San-Carlo montre le décor de sa colonnade. Sous les arcades, à chaque pi-
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lier sont installés, comme au temps de Goldoni et de Casanova, les écrivains publics.
Sept ou huit environ. Leurs écriteaux vous renseignent : Si copista di letlere ! — Si musica,.. Ils ont l'air discret et orgueilleux des génies incompris, des musiciens méconnus.
Près d'eux, sur des pliants ou des tabourets de paille, se tiennent graves et le menton dans la paume un soldat, une femme de la campagne qui dictent, le regard au loin. Des capucins conduisent des chariots de légumes, deux abbés coiffés de beaux tricornes à longs poils, de forme Louis XVI, sortent d'un palais, la queue de la soutane relevée et passée dans le bras gauche. Tout le monde a un visage frivole et joyeux, et ceux mêmes qui se battent le font en riant, tant que le couteau reste dans ]a poche. Les tramways accrochent au passage, à l'aller et au retour de leur trajet, les vendeurs dépeignes d'écaillé, de bibelots de corail et d'oeillets, qui font gratis un boutde parcours, pendus par une main et sur un pied nu, l'autre en l'air, dans le mouvement des coureurs de bronze que l'on voit aux musées.
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Si Ton va dans les quartiers populeux, du côté de la Marine ou parmi les ruelles de la montagne de San-Martino, le spectacle est d'une truculence plus magnifique encore.
Entre les rangées des maisons à six étages, pavoisées de Tune à l'autre, en tous sens, par des linges, des guenilles et des chiffons de toutes couleurs, c'est une animation, un tapage, un incroyable débordement de vie insouciante, animale et sordide. L'air empoisonné charrie les puanteurs aigres et fortes qui vont de la graisse chaude aux fruits gâtés, de la pommade aux légumes pourris, en passant par le lapin, le pigeon et la mortadelle. Les cris se croisent et se confondent, cris des vendeurs de fruits, de fraises dans des petits paniers, de châtaignes enfilées, de cartes postales; cris terribles, comme si on égorgeait ceux qui les poussent et au milieu desquels s'épanouissent en gerbes les arpèges du piano mécanique, dont la manivelle est tournée non loin, sous un portail. Mais il y a le climat, l'air, la lumière, l'azur exaltant du ciel, tout cela qui abolit la
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vermine et diapré la misère . Il suffit d'un rayon de soleil sur l'ambre d'une gorge ou le cuivre d'un chaudron pour illuminer le bouge.
Aux quais de Santa-Lucia, déferle le flot de la population spéciale qui est comme la Méditerranée de la rue. Là trônent les marchands de frutti di mare, le dos à la mer, chacun sous un arceau roman de citrons en grappes. Voici des chèvres, brunes et rousses, qui font surgir un vers de Virgile. Des chats faméliques circulent entre les jambes nues des bambins. Le marchand de chiens propose un lupetto dans un panier. Les enfants agacent du doigt, sur leurs perchoirs, les perroquets de l'oisellerie, qui savent déjà rire aux éclats et dire : PerBacco! et Santa Madré!
Un matelot promène au bout d'une corde un renard qui a un museau d'avocat. Pendant qu'étourdi, amusé, vous regardez tout cela, un drôle assez bien mis, et qui ne sent point son mendiant s'est approché de vous. Il s'incline — il a vu que vous étiez un étranger — tire son feutre et, vous rendant le service de
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vovis indiquer le Vésuve, d'un index où scintiUe un faux diamant, il vous en apprend le nom : // Vesuvio! puis vous tend la main. Ce n'est pas pour qu'on la lui serre.