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LA \UE DU CIEL

Quand on énumère les bénéfices de touîes sortes que nous procurent les vacances passées hors des villes, on oublie toujours le principal qui est : la vue du ciel.

Dans les cités, en efiet, on ne le «oit pas.

Où se trouve-t-il? Quelques-uns seulement le savent. Mais sa couleur? ses changements?

Nul n'y fait attention. Les signes les plus extraordinaires pourraient même y fulgurer que les trois quarts des passants ne s'en apercevraient point. Nous ne regardons avec plaisir qu'à nos pieds.

En plein jour, les maisons cachent ce ^iel ou le réduisent.. D.an8 le caniveau des rues

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encaissées où nous coulons, si par hasard nous avons Tidée de lever la tête, nous ne distinguonsqu'une bande étroite et grise, salie par les suies et obscurcie par les poussières.

Quand la nuit vient, elle abolit le ciel.

Depuis Télectricité, la lune a moins de vogue, et qui donc s'avise des étoiles ?

. Pourtant, -la vue du ciel constitue le pl#s divers et lé plus merreilleux spectacle auquel il soit donné à Thomme d'assister. Elle suffirait à justifier la raison et la joie de vivre.

Le ciel, c'est le tableau par excellence. Il Yenferme tout : les calmes espaces de la plaine et le tumulte des vastes mers qu'il rapetisi», par comparaison, car toutes les étendues et toutes les profondeurs se perdent en Tablme de ses altitu(}(3s. Et il contient aussi les montagnes, les fleuves, les volcans et les forêts^ Des escadres et des armées en marche y passent, éternellement. Les guerres ininterrompues de l'Ombre et de la Lumière s'y déroulent en d'aveuglants et ténébreux cofiibats, et les drames du Feu^se jouent et crépitent dans ses décors de palais embrasés. Le

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Vent trouve dans ses steppes les libres arènes qu'il lui faut pour lancer sa cavalerie du Nord et ses rafales hennissantes. A pareilles hauteurs, l'orage plane et se sent chez lui.

Soit qu'il lâche la cataracte de ses pluies ou qu'il vide ses sacs de grêle, en ces parages il est roi, maître absolu de ses formidables mouvements; il peut souffler et tomrbillonner autant qu'il lui ^lait, et* prendre d« champ afin de bien darder ]»éclair qui va percer le flanc du nuage écailleux comme le coup de lance de saint Michel. Enfin, quelles autres voûtes seraient pltis riches d'éclios pour \ répercuter cent fois fes roulements que prolonge à traders l^nue le chariot de son ton- ' nerre ? *

Mais le ciel a de moins sombres fêtes. A l'aube il reçQÎJt la première clarté dont le salue chaque matin le soleil, glorieux et fou comme un coq d'or, et le soir ik retentit des fanfares et des cymbales du couchant.

Que dire de la féerie des nuages P de leurs mille transformations? Tantôt ils simulent toutes les fumées de bataille, d'incendie, de

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torche et de bûcher, d'usine et de bateau, depuis la boule blanche du coup de canon, ronde comme un boulet, jusqu'à la spirale bleuâtre qui monte au crépuscule des toits de paille et qui est l'encens des chaumières.

Tantôt ils érigent des piliers colossaux que tout à coup l'ombre de Samson casse en deux comme jrerre, des cathédrales qui, à peine Rêvées, s'éq^^oulent en silence, ou bien ils font surgir d^ chaînes d'Alpes et de Pyrénées dont l'œil ne devine pas la fin et qui s'évanouissent en vapeurs de/^hibouque, des Himalayas d'une seconde, à l'instant fondus en lacs d'opale.

Et voici tour à tour des cortèges et des assauts, des navires chargés de toile, des processions et des tournois, des animaux fabuleux et des déesses. Protéiforme et sublinne d'ingéniosité dans ses caprices, le nuage est l'un après l^autre, infatigablement, la d^oupe de Pégase, le manteau du Juif-Errant, le panache du roi Henri, la bacbe de Moïse, l'aile ogivale du chérubin. . . Parfois il flotte et se déploie comme un gigantesque drapeau troué.

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