IV. LES DERNIÈRES FLEURS
« L'immortelle voix de ce temps mort
Avec son carillon interminable
Sonne sur mon esprit comme un glas »
Te souvient-il de ce jour d'automne
Quand près de la vague du solitaire Seekonk nous nous tenions Et remarquions la langueur de repos qui s'étendait, Plus douce que le sommeil, sur la vallée, la vague et le bois ?
Une extase de tristesse sacrée semblait bercer La terre charmée et l'air environnant,
Et le murmure à voix basse des feuilles semblait plein D'un désespoir résigné et sans passion.
a56 la vie d'edgar a POE
Quoique le souffle chaud de l'été languît encore Sur les chemins solitaires où naguère ses pas avaient passé, Les pâles fleurs étoilées sur la colline pourpre Soupiraient rêveuses « Nous sommes les dernières, les dernières !... »
Je me tenais près de toi, et un rêve céleste Autour de moi comme un halo doré tomba.
Alors le voile brillant de la fantaisie se déchira Et mes lèvres murmurèrent « Adieu, — adieu ! »
Je n'osai écouter tes paroles, ni me tourner 'Pour rencontrer le langage mystique de tes yeux,
Je sentis seulement leur puissance, et dans l'urne De la mémoire, me fis un trésor de leurs riches rapsodies.
Nous nous séparâmes alors, pour toujours — et les heures De ce jour brillant furent entassées avec le passé — Mais, par les longues nuits d'hiver, j'entendais les fleurs Soupirer rêveuses, « Nous sommes les dernières ! — les dernières ! »
Septembre i84g.