V. CHANSON
Je te dis de rester, trop bien le sais-je.
La faute est mienne, mienne seulement : Je n'osais point penser au passé
Tout désolé et solitaire.
Je craignais dans l'air silencieux de la mémoire
De trop tristement te regretter, — Craignais dans la nuit de mon désespoir
Que je ne pusse pas tout t'oublier.
Mais va, — ah, va I ces yeux qui plaident, Ces accents à voix basse, suaves, qui en appellent
Du cœur au cœur, — ah, puis- je me fier A cette révélation passionnée ?
Car, ah I ces yeux sombres et qui plaident
Evoquent un chagrin trop aigu, Une angoisse qui ne cessera pas
Avec tes vœux changeants, demain.
Un amour immortel et divin
Au dedans de mon cœur s'éveille :
Son rêve de douleur et de désespoir
Il ne l'a point, à moins de se briser.