VII. LA VOIX FANTOME
« C'est une voix fantôme
Encore ' — encore ' comme solennellement elle tombe Dans le cœur de mon cœur ■ »
Scènes de Pohtien
Dans le calme solennel de minuit
Que tristement sur mon oreille Tombe l'écho d'une harpe dont les accents
Je re pourrai plus entendre !
Farouche, non terrestre mélodie
Dont la monotonie émeut Les plus tristes, les plus douces cadences
Du chagrin et de l'amour :
Si bien que le fardeau du souvenir pèse Gomme du plomb sur mon cœur,
Et l'ombre sur mon âme qui dort Ne s'en ira jamais.
Le clair de lune spectral qui glisse Comme un fantôme dans les ténèbres,
Qu'il emplit de fantaisies solennelles Ma chambre solitaire !
26q LA VIE D EDGAR A. POE
Et les vents soupirants de l'automne
Ah I qu'ils répètent tristement Cette mélodie à voix basse, ensorcelante,
Et douce si mystiquement 1
Je l'entends mollement murmurer
A minuit sur la colline, Ou à travers les sauvages savanes
Quand tout, à côté, est tranquille.
Je l'entends dans le gémissement
De l'océan mélancolique Dans la violence du vent d'hiver,
Le rythme de la pluie.
Même les fleurs sauvages de la forêt,
Ondulant tristement en avant, en arrière,
Soupirent seulement dans mon cœur qui pressent Le fardeau de sa douleur.
Et la lune spectrale qui à présent pâlit
Et se fane, semble dire « Je te laisse à des souvenirs
Qui ne passeront pas. »
Ah ! dans tout le minuit solennel, Qu'il est lugubre d'écouter
QUELQUES POEMES DE MRS. WHITMAN 2Ôl
Les voix du silence,
Le murmure des ténèbres 1
En vain je me tourne, qu'une consolation
J'obtienne des étoiles lointaines :
Elles brillent sur ton sépulcre,
Sourient sur ton tombeau.
Que je suis lasse de leur splendeur 1
Toute la nuit elles semblent dire :
« Nous sommes solitaires — tristes et solitaires
Bien loin, — bien loin, bien loin ! »
Ainsi dans tout le minuit solennel
J'entends cette voix fantôme, Comme elle fait écho à travers le silence
Quand nul son terrestre n'est proche.
Et quoique la lumière de l'aurore cède à la lumière de midi
Et que les ténèbres se changent en jour, Elles ne me laissent qu'à des souvenirs
Qui ne passeront pas.
Novembre 1849.