‹ La vie d'Edgar A. PoeChapitre 15 sur 19 · IX. RESURGEMUS · texte numérisé non relu

IX. RESURGEMUS

Je ne te pleure pas : nul mot ne peut dire Le calme solennel qui saisit mon sein

Quand d'abord je connus que ton âme avait passé De la terre à son repos éternel.

Car le doute et les ténèbres sur ta tête A jamais agitaient leurs ailes de Condor ;

Et dans leurs ombres obscures nourrissaient Des formes de choses inexprimables ;

Et tout autour de ton foyer silencieux, La gloire qui une fois rougit et fleurit

Ne fut qu'un rêve aux souvenirs ternis Du « vieux temps dans le tombeau ».

Ces yeux mélancoliques qui semblaient

Regarder par-dessus tous les temps, ou qui, tournés Vers les yeux qu'ils aimaient, rayonnaient si doucement, Combien peu comprenaient leur langage mystique.

Combien peu pouvaient lire leurs profondeurs, ou savoir

Le cœur fier et haut qui habitait solitaire Dans des palais superbes de douleur Comme Eblis sur son trône brûlant.

Car, ah J nul cœur humain n'eût pu supporter De partager les ténèbres de ton sort,

Et pas un œil vivant n'eût pu contempler Sans blessure ton terrible désespoir.

Je ne te pleure pas : la vie n'avait pas de science Pour plonger ton âme dans les rosées de Morphée,

Pour ramener le népenthès perdu de l'amour Ou ordonner au chagrin vengeur de dormir.

Mais tant que la nuit de la vie durera

Et que les astres lents sur moi évolueront,

Dans les solitudes du cœur j'observerai Une vigile solennelle pour ton âme.

Je foule d'obscurs bas-côtés de cloître, où tout Par-dessous est tombes sonnant gravement ;

Tandis que sur la fenêtre, comme un linceul, Une ombre noire, funéraire, s'agite.

Là, agenouillée auprès d'un sanctuaire sans lampe Seul au milieu d'un enclos de tombeaux,

Mon esprit égaré implore le tien

Jusqu'à ce que la lumière fleurisse à l'Orient.

Ah ! quand tes fautes seront toutes pardonnées,

La vigile de ma vie surpassée, Dans quelque calme altitude du ciel, —

Rêve de ta pensée prophétique, —

A jamais près de toi, l'âme dans l'âme,

Près de toi à jamais, et pourtant combien loin,

Puissent nos vies atteindre au but parfait de l'amour Au rang élevé de ton étoile !

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