‹ La vie d'Edgar A. PoeChapitre 17 sur 19 · XL ARCTURUS · texte numérisé non relu

XL ARCTURUS

Écrit en avril

« Nec morti esse locum, sed viva volare Sideris in numerum atque alto succedere coélo » Virgile Géor IV

Encore, étoile impériale ! ton rayon mystique Répand ses sauvages splendeurs sur mes rêves

éveillés, Perçant les bleues profondeurs de la nuit vernale De lances d'opales et de flammes de lumière de

rubis ; Emplissant l'air de mélodies, qui viennent En deuil et douces, du dôme obscur et de saphir — Sons magiques qui font la joue pâle d'horreur Quand leurs mélodies sauvages balaient le vent. Car, dans ce monde de faste, passionnément je

pense, Habite l'âme libérée de quelqu'un dont le rêve terrestre Etait plein de beauté, de majesté, de malheur. Quelqu'un qui, dans ce pur domaine, le tien,

grandit Vers un pouvoir serein — une joie solennelle, Que n'obscurcit ni chagrin terrestre ni mélange; — Dans une sphère bien plus haut que la terrible, fantômale obscurité, —

Les tortures pénales de cette tombe vivante

Où sa vie terrestre a langui ; — qui dira

Les lugubres enchantements de cet enfer dantesque!

« N'était-ce pas le Destin, dont le nom terrestre

est chagrin »

Qui lui dit, avec une âme prophétique, d'emprunter A toutes les étoiles qui bigarrent le dôme pourpre

de la nuit, Toi, brillant Arcturusl pour sa demeure en l'Eden — N'était-ce pas le Destin, dont le nom dans le ciel

là-haut Est Vérité et Bonté et inaltérable Amour, N'était-ce pas le Destin qui lui ordonna de se tourner vers toi Comme vers le brillant régent de sa destinée ? Car quand ton globe sortit des ténèbres prolongées Des nuits d'automne, pour fleurir, étoile matinale, Près des portes de perle orientale de l'Aurore, Lui sortit de la terre, pour ployer ses ailes lasses Dans les fraîches vallées du Ciel : et de là., à travers

la mer là-bas D'îles stellaires, prendre sa course vers toi.

Or, quand dans les nuits sans étoiles d'avril, je me

tourne Vers où ton phare parmi les étoiles brûle, — Cynosure glorieuse, — je lis en toi

La rune de l'augure d'or de Virgile (i) ;

Et je juge que sur tes mers de calme argentin

Flotte le lointain parfum du palmier d'Eden.

Avril i85o.

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