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Cependant mes désirs me poussaient vers Paris.
En 18454 j’y avais passé trois semaines environ, avec mon père qui, alors, faisait imprimer, rue du Foin- Saint-Jacques, un guide forestier dont je ne rencontre plus un seul exemplaire.
Par la protection d’un gardien du Louvre, L. D., originaire de Courrières, j’avais obtenu une carte qui m’avait permis de travailler dans les Musées.
Je me rappelle y avoir été plus frappé par les grâces faciles de la décadence que parles vrais chefs-d’œuvre. Je fis des croquis d’après Lionel Spada, le Guide, les Carraches et quelques Flamands et Hollandais.
Au Luxembourg, les Léopold Robert me ravirent d’admiration, et les Delacroix me semblèrent hideux, le Massacre de Scio excepté.
Ce peintre me révoltait par son dessin.
Je me représentais les furieux reproches que m’eût adressés Vanderhaërt, s’il m’était arrivé de torcher des pieds et des mains comme ceux que je voyais aux Fem?nes d’Alger et à la Noce juive.
Quant à sa couleur, à côté des creuses lanternes flamandes dont j’avais encore l’œil imprégné, elle me
parut terne et boueuse, tout en m’impressionnant étrangement.
En dehors de nos occupations, mon père et moi, nous n’avions pas perdu notre temps. Nous avions, comme tous nos bons provinciaux d’alors (on dirait qu’il y a deux siècles de cela), visité toutes les Merveilles de la capitale j sans oublier le Caveau des Aveugles , les balances en argent de Vero-Dodat, l’escalier de cristal, et la pipe de mille francs !...
Nous avions couru tous les théâtres, applaudi Duprez, Mme Stolz, Rubini, Mario, Lablache, MIle Rachel et les Ravel, les Bouffé, les Lepeintre, les Vernet, les Arnal, les Grassot et bien d’autres.
Nous avions passé des nuits à nous gratter et à rouler en cordes, sous nos convulsions de patients dévorés des punaises, nos draps de lit sentant le chlore, au milieu d’autres parfums, dans un petit hôtel de la rue Saint-Honoré dont l’enseigne pourtant promettait mieux : Hôtel des Ambassadeurs.
J’avais vu Versailles! Je retrouve, dans le brouillon d’une lettre adressée à un camarade resté au collège, cette phrase emphatique : « Versailles où sont les géants enfantés par le plus grand génie du siècle, je veux parler des immenses toiles d’Horace Vernet! » Dire que le trompe-l’œil m’égarait ainsi; car ce n’était pas les qualités de ce peintre que j’admirais surtout, mais ses petites attrapes à bourgeois, la hardiesse d’un fusil en raccourci, le luisant des chevaux en sueur, l’exactitude des détails, l’illusion des natures mortes. O peintres ! c’est pourtant ainsi que, à nos expositions, nous sommes jugés par une foule de gens qui continuent à voir de cette façon.
Je n’étais donc pas absolument étranger à Paris lorsque, en 1847, je vins habiter une petite chambre au troisième étage du n° f de la rue du Dragon.
J^’avais bon nombre de connaissances à Paris., Cour-
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rières et ses environs y ayant versé une partie de son trop-plein. Nous les visitâmes toutes, pour ne pas faire de jalouserie , depuis M. Delebecque, chef du personnel au ministère de l’instruction publique, jusqu’à Louis Mémère, fils de ma nourrice qui, on s’en souvient, nous disait des contes au coin de notre feu, dans notre enfance.
Mon père, qui était l’obligeance même, s’était naturellement chargé d’une commission pour chacun d’eux.
Parmi ce monde, les garçons de café abondaient. Je fus frappé de l’accent parisien et des façons affectées que prenaient ces derniers que j’avais connus paysans non dégrossis.
Quelques-uns sourirent de mon air naïf et provincial, donnant à leurs compliments une tournure plus railleuse que respectueuse. Je dois dire que je n’eus pas ce reproche à adresser à Louis Mémère, quoiqu’il fût l’un des plus brillants garçons du Café de Mulhouse et plus tard de celui des Mille Colonnes.
Le souci du beau langage les jetait dans de singulières méprises : ainsi, sous prétexte que les syllabes an se prononcent in en patois, ils transformaient en an ce qui doit faire in; disant du van pour du vin, parce qu’en patois on dit du vint pour du vent . Et lorsque mon père et moi nous nous rendîmes de nouveau chez notre compatriote L. D..., le gardien du Louvre déjà cité, pour lui demander dans quel atelier il serait bon que j’entrasse, il répondit gravement: « Il faut que Jules entre dans l’atelier d’un membre de Y Anstitut ; nous avons MM. Cognet, Picot, Delaroche, Angres et Drollang.
Après avoir réfléchi, il nous conseilla Drolling, parce que l’ancien massier de son atelier était de ses amis.
Lorsque, mon carton sous le bras, toujours accompagné de mon père, je frappai timidement à la porte
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de son atelier, ce fut Drolling en personne qui nous ouvrit, sa palette à la main.
Il portait un tricot de laine et un bonnet grec rouge, comme l’a représenté son élève Biennourry.
Son air ouvert et bon enfant, un peu bourru, sa large moustache blanche le faisaient ressembler plutôt à un officier en retraite qu’à un artiste.
Sous cet aspect, je pressentis un brave homme et je m’enhardis.
J’ouvris mon carton qui contenait, outre quelques dessins et natures mortes de ma façon, un torse peint par l’un des plus forts de l’Académie d’Anvers, d’après la méthode que j’ai dite plus bas. Ce torse flamboyant, qui ressemblait à une omelette aux confitures, révolta d’abord mon futur patron. « Voyez-vous ça, s’écria-t-il, c’est horrible ! »
Heureusement, je pus lui dire que ce n’était pas de moi. Je mis alors sous ses yeux une nature morte que j’avais peinte chez De Vigne, sans y attacher beaucoup d’importance, et que je n’aurais jamais eu l’orgueil de comparer au haut ragoût anversois.
Sa figure changea aussitôt d’expression : « De vous, ça! me dit-il; mais c’est peint comme un ange! »
C’est peint comme un ange ! Avec quelle douceur cette phrase tomba dans la bonne oreille de mon père qui, comme moi maintenant, était sourd d’un côté!
Mon père était bien malade et n’avait plus qu’une année à passer sur la terre. Il ne devait, hélas ! prendre part à aucun de mes succès; et n’a connu que le Saint Piat prêchant dans les Gaules , mon premier tableau exécuté avant mon départ de Gand et que nous avions hissé, avec tant d’orgueil, à l’un des autels latéraux de l’église de Courrières.
Cet éloge de la bouche d’un homme qu’il considérait comme un grand peintre, le remua profondément.
Lorsque nous nous retrouvâmes seuls sur le palier, Drolling ayant refermé sa porte, mon père me serra dans ses bras en répétant : « Tu peins comme un ange ! » Puis, en descendant l’escalier, il ajouta : « Hein! si un jour tu allais aussi à l’Institut! »
Que ta mémoire soit bénie, ô bon Drolling, car tu as affermi, chez un père près de mourir, sa confiance en mon avenir, sa suprême consolation!
Mon père me quitta bientôt me laissant seul dans ce tourbillon de Paris, dans ce désert si peuplé de figures inconnues.
Je fus, les premiers jours, comme étourdi, sans orientation, errant stupidement devant moi, me perdant, me retrouvant dix fois dans la même rue, lorsque je m’en croyais loin.
O solitude au sein de la foule ! Solitude sans recueillement, comme tu me pesas d’abord!
J’eus bien, au commencement, les dimanches, la société de quelques garçons de café, mes compatriotes; mais leur beau langage et leurs aperçus sans fin sur les grands hommes qui fréquentaient leurs divans et dont ils parlaient familièrement ne m’intéressaient guère. Je n’étais pas au fait des célébrités du jour.
J’avais pourtant de l’amitié pour Louis Mémère tout en souriant de ses prétentions.
Parfois nous allions ensemble dans la banlieue et c’était merveille de voir avec quel aplomb et quelle
désinvolture il parlait à tout le monde, pour moi qui rougissais jusqu’aux yeux, lorsque au restaurant il fallait bien m’adresser aux garçons. C’est lui qui savait se faire servir! roulant de gros yeux et menaçant d’appeler le chef de l’établissement au moindre retard du serveur ou lorsqu’il manquait la moindre bagatelle : « Il n’y a donc pas de citron, ici! faites venir le patron! »
Ces façons despotiques me gênaient bien un peu, mais j’aimais, une fois le citron obtenu et la consommation payée, aller plus loin où les blés recçmmencent; cela me rappelait notre enfance... Et nous parlions du pays avec attendrissement; de mon père, de mon oncle, de mes jeunes frères et de Mémère Henriette qui nous avait nourris et qui commençait à se faire vieille, et du grand-père Colas toujours vivant, celui qui lui avait appris tant de contes; et de mille riens, des salamandres brunes qui rôdaient le soir dans les plates-bandes du jardin et des groseilles qu’il y mangeait si avidement au chant des sauterelles, dans le crépuscule qui, alentour, montait. Et ces riens me gonflaient le cœur d’un immense désir de me retrouver, tout à coup, là-bas!...
Mon entrée à l’atelier Drolling ne s’était pas passée sans incidents désagréables.
A peine y avais-je mis le pied qu’un tumulte assourdissant avait retenti à mes oreilles et que je m’étais vu entouré de têtes dont l’expression narquoise, menaçante ou étrange m’avait absolument ahuri. Je me sen-
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tais en même temps tiré de tous les côtés à la fois, tandis que je recevais à la tête les coussins des tabourets qui, de toute part, pleuvaient sur moi.
C’est ainsi qu’alors on recevait les nouveaux.
On me demanda mon nom et, lorsque je l’eus balbutié, le vacarme et les rires redoublèrent : « Quel nom! Es-tu parent de celui qui a fait... de celle qui... est-ce ta mère que... ta sœur dont... ? »
Je ne dirai pas les horreurs qui terminaient ces tronçons de phrases.
Le calme rétabli, un des plus grands, qui, mieux mis, plus distingué, semblait d’un meilleur monde, s’approcha de moi et me demanda très poliment : « De quel pays êtes-vous, monsieur? » Je répondis d’une façon que je tâchai de rendre aimable : « Du Pas-de- Calais. » — « Oh! ça se voit, dit-il, c’est un département sans physionomie! »
Cet élève aux belles manières s’appelait Timbal. Alors le plus vieux de la bande, Deligne, qui était de Cambrai, près de chez nous, vint à moi et me dit : « Regarde, mon garçon, nous sommes ici sept ou huit que je vais te désigner et que tu vas bien régaler; quant aux autres, fiche-t’en! » — Et puis, élevant la voix, il ajouta: « Ce nouveau venu est un pays à moi, je le prends sous ma protection, et gare à qui y touche. » Dès lors on me laissa tranquille. Je fus, selon l’usage, chargé de l’entretien du feu et de quelques commissions et, comme je décrochais mon chapeau pour sortir, je remarquai qu’on y avait tracé à la craie une cocarde et une aigrette de laquais.
Au plus fort de la mêlée, à travers la poussière que soulevaient la pluie des coussins et les gambades de ces gamins dont Ulmann, dit Tête-de-cheval, était un des plus enragés, j’avais vaguement aperçu un jeune homme à l’aspect tranquille et qui me regardait sans trop de raillerie.
Sa physionomie ne tarda pas à attirer mon attention. Il était petit, trapu, très brun de peau, avec des cheveux noirs de corbeau, se hérissant, puis retombant en mèche tordue sur le front droit qu’ils ombrageaient, ses yeux, très noirs, luisaient sous la voûte sombre de ses sourcils. De naissantes moustaches estompaient la lèvre supérieure très courte d’une bouche qui restait douce et mélancolique, malgré le voisinage de mâchoires carrées et d’un menton proéminent et volontaire. Une tête d’aigle attendri.
Il se nommait Paul Baudry.
Ce qui me frappa en examinant les peintures de ces élèves, ce fut leur aspect généralement froid et terne. Nous étions loin du flamboiement d’Anvers, mais on dessinait plus correctement. Quelques-uns me semblèrent très habiles, mais manquant de vie. Par exemple, les figures de Baudry, avec des proportions souvent défectueuses, avaient une singulière énergie.
Le patron passait à l’atelier deux fois par semaine, se bornant à constater les bras trop longs, les jambes trop courtes, ne trouvant jamais les cols assez dégagés. Il conseillait des croquis, beaucoup de croquis d’après les antiques et le Poussin. Parfois il s’écriait : « De la lumière! c’est donc pas beau, la lumière! » Hélas! c’était plus facile à conseiller qu’à faire.
Baudry passait déjà pour un grand homme. S’il se laissait deviner, Henner était encore à l’état d’énigme. Celui-ci exécutait, d’une touche égale, consciencieusement sa figure, sans bruit, sans se douter lui-même du brillant avenir qui l’attendait.
Timbal ne donnait pas plus d’espérance, mais il était très bruyant, parlant très haut, chantant de même.
Il cherchait l’esprit.
Il dit un jour : « La Nature, qui ne se trompe jamais, me sachant né pour le bruit, m’a appelé Timbale. »
Il y avait d’autres chanteurs qui ne tarissaient pas.
Merson, Pouttier, Langlois et ce brave Roy qui habite Rennes et avec qui j’ai gardé des relations intimes. Merson, qui est aussi resté mon ami, a quitté, on le sait, la peinture pour la littérature, laissant à un fils le soin d’illustrer brillamment son nom dans les’ arts. Maillot cherchait le style, qu’il rencontrait quelquefois, et, aux rares moments de silence, il racontait de spirituelles anecdotes, très posément, sur un ton monotone et berçant agréablement l’oreille par ses syllabes séparées avec lenteur et bonhomie très comique.
On ne s’apercevait guère de la présence' de Bertinot qui, infirme, quittait rarement sa chaise et piochait dur; ni de celle de ce pauvre Roguet, le jeune homme si beau et qu’attendaient deux magnifiques succès au concours de Rome et au grand concours qui fut ouvert pour la statue officielle de la République en 1848. Nous pensions tous que la gloire l’attendrait. Hélas! il devait bientôt mourir à Rome des suites d’une chute de cheval comme Géricault.
C’est là aussi que je connus ce brave Léon Moricourt que j’aime toujours, et le spirituel et excellent Emile Sintain et le cordial Jules Valadon.
Mais alors, si je ne m’étais fait quelques camarades, je n’avais pas encore rencontré un ami réel.
Habitué au recueillement d’une vie tranquille, je me trouvais, dans ce tumulte de Paris, dépaysé, dérouté.
Mon travail se ressentait de ce désarroi. Je ne peignais plus comme un ange! Aucun succès. Je fus reçu à l’École des Beaux-Arts dans les supplémentaires.
Aux concours surtout je gâchais tous mes dessins, arrachant le papier à force de vouloir le fouiller. Je me dégoûtais toujours de ma figure avant qu’elle ne fût finie; la laissant là ou bien travaillant obstinément à la même partie, la rendant de plus en plus mauvaise. J’étais découragé.
Drolling, qui ne croyait pas à la sincérité de mes
tentatives avortées, me considérait comme un élève rebelle et m’avait pris en grippe. Tous les samedis, au concours de l'esquisse j’étais l’objet de vertes réprimandes : « Qué qu’ c’est que ça! voilà du Diaz, du Delacroix maintenant! » Il y mettait peut-être du parti pris, me plaçant toujours parmi les derniers, même avec cette Mort d’Êpaminondas , que Baudry avait trouvée bien.
Un jour je me vengeai : Nous avions à traiter la Mort d' Antoine et j’en fis deux compositions différentes. Il me reconnut dans la première qui tomba sous ses yeux, me tança d’importance et, comme d’habitude, me mit à la queue; puis, son classement étant à peu près fini, il découvrit ma seconde esquisse que j’avais à dessein dissimulée, et, sans me reconnaître, il en fit un tel éloge qu’il fut bien contraint de la placer la première.
C’est ainsi qu’au même concours j’ai été à la fois le premier et le dernier.
Ce petit succès fut une bien faible éclaircie à travers les ennuis et les dégoûts que j’éprouvais, surtout parce que je ne savais où répandre le trop-plein de mon cœur.
Je regrettais les êtres chéris qui vivaient leur vie calme dans l’arome des luzernes; je regrettais aussi la Flandre et son existence facile; les rustiques villages de la campagne de Gand avec leurs prairies qui verdoyaient si près de la ville, et les guinguettes où l’on arrivait en barques, où pour quelques sous on trouvait de la bonne bière double et des anguilles froides à l’oseille; enfin tout ce bien-être à bon marché, introuvable ici.
Les théâtres coûtaient trop cher, et puis quel ténor de Paris, même Dupré, valait alors celui de là-bas, le fameux Albert? Albert a été depuis le maître de M.Tauwers, l’un des chanteurs les plus applaudis de
Paris; demandez-lui quel souvenir il en conserve. Demandez aux Gantois de mon âge s’ils ont jamais entendu un artiste qui lui fût comparable. Quels trépignements frénétiques, après certains airs, lorsque la fureur des bravos interrompait la représentation pendant de longs instants! Et je m’en retournai chez De Vigne, à grands pas, gesticulant dans les rues, ivre d’enthousiasme, comme cette fois où, perdu dans mon délire, ne voyant plus mes pieds, j’enfonçai ma jambe entre les barreaux descellés d’une grille de cave, heureux, en la retirant et en voyant la large déchirure du pantalon, de constater que je ne me l’étais pas cassée!
Que la ville de Gand était belle, par ces retours du théâtre, l’hiver, quand les réverbères pâlissent la neige des rues, et que sur les toits d’ardoise, aux faisceaux des tours, les froids reflets de la lune se brisent en vifs éclairs !
Comme j’étais loin de tout cela et de ces jolies bourgeoises que l’été je rencontrais aux promenades du dimanche, que je regardais bravement de loin; vers lesquelles j’allais d’un pas assuré, pour rougir ensuite comme un imbécile, en passant devant elles, les jarrets à demi ployés dans ma marche timide!
Et notre chambre nue, à de Winne et à moi, avec sa bibliothèque pendue à un seul clou et qui s’écroula le même jour que le beffroi de Valenciennes ! Comme nous avions ri de cette coïncidence, disant que c’était l’ébranlement causé par la chute de la bibliothèque qui avait amené celle du beffroi...
Et je me rappelais tristement ces choses insignifiantes, et surtout... la petite amie..., dont le petit profil moyen-âge fuyait dès que je voulais le fixer.
De combien de regrets tu fus témoin, ô chambre de la rue du Dragon.
Comme ils s’étaient envolés, mes rêves de gloire !
Comment se diriger dans ce labyrinthe? Comment trouer cette foule affairée qui écarte les coudes pour empêcher de passer?
O dégoûts !
Je me rappelle de sombres jours de pluie où j’errais seul dans la boue sale des rues, l’esprit malade, marchant indéfiniment et sans but, sans reposer ma fatigue ; suant sous le capuchon de mon caban, crotté jusqu’à l’échine sous l’eau tombant sans cesse ; cherchant des consolations non dans la gaîté, mais dans la désolation des choses. Un jour que j’avais encore été un des derniers à /’ es quiss e} j’éprouvai un tel désenchantement de moi-même, que, voulant voir quelque chose de plus misérable, je me sentis poussé par l’irrésistible désir d’aller méditer devant l’horrible spectacle de la Morgue...