Œuvres, II
Surtout, il s'en sert. D'Aubigné est un lieutenant admirable. Après la tenue des Etats de Blois et les soulèvements que ceux-ci ont suscités dans le Midi, il accomplit de délicates missions auprès du marécbal d'Amville et du maréchal de Bellegarde. Après la septième paix (Poitiers, septembre 1577), précaire et restrictive des précédentes, il panse en grondant une récente blessure et n'épie que le moment de tirer encore lépée du fourreau. Henri est déjà trop politique au gré de son compagnon. Livresso de naguère commence àsc dissiper chez celui-ci. L'année 1578 accroît ses déceptions. P«'U à peu. par la force des choses, il se rangera parmi ceux que Pibrac et Catherine appelaient entre eux, en riant, les « fronts d'airain ».
Ces « fronts d'airain », Catherine venait les provoquer jusque chez eux, en Guyenne: elle s'exer<;ait, avec Pibrac, à parler le « patois de Chanaan » pour enjôler plus aisément les huguenots, et en obtenir la reddition à l'amiable des places de sûreté. Pendant ce temps, la reine Marguerite se rendait à Nérac, dont elle sappli-
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quait à faire une seconde cour des Valois. «L'aise y amena les vices, comme la chaleur les serpents : la reine de Navarre eût bientôt dérouillé les esprits, et fait rouiller les armes *. » Henri, qui chassait naguère à l'ours, et en menait à Foix grande extermination, donne maintenant la chasse aux filles de chambre de sa femme. D'Aubigné a buriné dans son I/isfoire, Tpuis stigmatisé dans une page affreuse du Sanci/, les « imperfections de la maison ». Il se voit bien qu'il na pas fait impunément « son chevet au pied du lit des rois ». Heureusement, la question des places de sûreté devenait si grave, que la guerre vint aérer cette infection. C'était la guerre dite a des amoureux ». D'Aubigné avait contribué k la faire déclarer, lui cinquième, au Conseil de guerre d'Henri. Les autres étaient Turenne, Favas, Constans, et le secrétaire Marsillère (avril 1579).
Dans cette campagne, — la première guerre effective depuis l'évasion du Louvre, — ^^d'Aubigné vit poindre en son maître les qualités du chef