‹ La vie d'un héros; Agrippa d'AubignéChapitre 3 sur 50 · El non Pulle, comme l'a écrit Lalanne · texte numérisé non relu

El non Pulle, comme l'a écrit Lalanne

16 AGRIPPA DAUBIGNE

veau d' Agrippa avec une étrange vigueur, comme pour le viriliser dès l'enfance. Ijes temps s'annonçaient durs : point de mère au logis, et des persécutions en perspective. Il fallait nourrir le petit de la moelle des lions. Coup sur coup on essaie sur lui trois précepteurs, dont le plus rude fut le premier :

« 1556 — Dès quatre ans accomplis, dit la Vie, le père lui amena de Paris un précepteur, Jean Costin, homme astorge (dtir) et impiteux, çui lui enseigna les lettres latines, grecques et hébraïques à la fois. Cette méthode fut suivie par Pérégim, son second précepteur, si bien qu'il lisait aux quatre langues à six ans; après on lui amena Jean Morel, Parisien, assez renommé, qui le traita plus doucement. »

Des deux premiers précepteurs, nous ne savons rien. C'étaient sans doute de ces pauvres affamés de la montagne Sainte-Geneviève, auditeurs gloutons des « lecteurs royaux », trop heureux de vendre au poids du pain quotidien une grosse et lourde science. Du troisième, Jean Morel, Parisien, « assez renommé », nous

savons seulement, par d'Aubigné, qu'il avait un frère qui mourut pour sa foi, en 1558* ; peutêtre aussi était-il apparenté à Guillaume Morel, l'imprimeur, ou à cet autre Morel qui, à la môme époque, fut l'ami de du Bellay.

Quoi qu'il en soit, la formation intellectuelle de d'Aubigné est unique par son caractère de force et d'énergie presque sauvage. Rien n'en approche dans tout le seizième siècle, pas même dans la famille des Estienne. Là, du moins, la science se suçait avec le lait de la mère. Ici, c'est le triple coin grec, latin, hébreu, que des mains « impiteuses » enfoncent sans merci dans un petit crâne. Qu'il n'ait pas éclaté, ceci fait déjà notre admiration. Mais d'Aubigné nous réserve bien d'autres étonnements.

Nous pouvons le croire quand il nous dit qu'à six ans il « lisait > aux quatre langues. Car il s'agissait d'abord de déchiffrer. Il commença donc par lire^ c'est-à-dire par épeler, sans comprendre, suivant la méthode qui se pratique encore dans les écoles indigènes de l'Orient.

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