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Allemagne comme ambassadeur général, avec charge aux agents particuliers de lui rapporter deux fois Tan toutes leurs négociations ». Ce projet ne tint pas. Mais, aussitôt après, il découvrit à son compagnon le « grand dessein ». 11 lui communitiua « tout du long » le plan de Sully. D'Aubigné, « pour ce que lors il était Vice-Amiial de Xaintonge et Poitou, ne voulut point demeurer oiseux en un si grand .nouv.'iiient »; et il ouvrit au roi un projet grandiose : « Faire deux ilottes qui rendraient, par le circuit d'Espagne, dans les magasins du Roi, les vivres au prix qu'il étaient lors à Paris. » Sully était contraire. Mais il dut se rendre, et le roi, d'accord avec d'Aubigné, lui dit au revoir, comme celui-ci se rendait en Saintonge pour hâter les préparatifs. L'un et l'autre avaient compté sans Ravaillac.
Deux mois après arriva l'effroyable nouvelle. Agrippa était au ht Au premier bruit, qui faisait mourir le roi d'un coup à la gorge, il s'écria vivement qu'il avait dû être frappé au cœur, « étant assuré de n'avoir point menti ».
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Ainsi Ravailluc accomplissait la prédiction de d'Aubig^né après l'attentat de Chàtel. Il semblait que la Providence prît à tâche de fortifier la parole du huguenot prophète, et, en le juslifiant, d'achever de le desespérer.
D'Aubigné seiilil binitôt que. suivant un mot célèbre, « Hfiiri 1\' n'était pas mort en vain ». Déjà, de son vivant, il s'irritait de cette tactique double, qui d'une part respectait officiellement ledit de Nantes, de l'autre minait les forces des Réformés. Henri IV réduisait chaque jour le parti. Il attaquait les g-rands par la faveur, l'attenle ou les refus : les ministres par des appels à leur patriotisme, des largesses opportunes, des pensions secrètes ; les gouverneurs de place, ■ par la rareté des subsides et la tentation du ne vente lucrative. L'herbe croissait aux fortifications des places de sûreté, les garnisons s'égrenaient, le particularisme huguenot fondait à la douce tiédeur de la sécurité et de l'intérêt. Dix années encore de ce régime, et le fameux
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« I']lal dans l'Elal » s'évanouissait de lui-même, et il ne fût rcslr de Irdit de iNantes que l'esprit de tolérance qui lavait dicté.
L'assassinat du roi remit tout en question. Pour la seconde fois, une Médicis faisait en France de la politi(|ue espagnole, et rouvrait lèie du caprice et des favoris. Ledit de Nantes était natuiellt'ment maintenu. .Mais le catholicisme triomphait dans la disj^ràce de Sully, s'étalait au Conseil, à la Cour, au Parlement. La récupération des places de sûreté, devenues l'ohstade trop visihle à l'unité nationale, se pousuivait de plus lu-Ile à coups de coinjiromis sournois. 11 était inévilahle que le parti, se sentant menacé, a en l'air », remuât d'autant plus qu'il était divisé. Dans son sein les fermes se disling-uaient des prudents, et ceux-ci des tifnides. A la faiblesse des uns devait réjiondre la provocation des autres. Après l'assemblée de Saumur (1611J où l'or de la reine mère a tout corrompu, il n'y a guère à se flatter d'espérance; après la paix a assez malotrue » de Sainte- Menehould, l'équipée de Condé, et ce traité de
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Loudiin (1616j qui « lui une foire publique d'une générale làclicté et de particulières inlidélités », enfin après l'avènement d'un Concini, puis d'un Luynes, les démêlés soi-disant religieux ne pouvaient aboutir qu'à une prise d'armes. Sully révoqué, Duplessis-Mornay cliassé de sa place forte de Sauinur par le roi en personne, quelle figure à la cour pouvait encore faire le parti?
Son attitude y était forcément piteuse. Un passage verveux du SaJicy nous montre ces vieux compagnons du Béarnais « cousus en leurs cuirasses comme tortues en leurs coquilles » et n'ayant, pour leurs « sûretés », que « Dieu pour tout potage ».
Pour comble dinfortune, les huguenots nouveau stvie se in()(jut'iil sans pitié de leurs antiques censeurs. Deux générations sont en présence, qui ne parlent pas le même langage. « Ils ont pris en haine les esprits qui, voyant ces décadences, les reprenaient de leurs cheveux frisés, de leur empois, de leurs conversations ridicules, des jarretières pendantes et babils excessifs de
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leurs femmes et d'eux. Ils appelaient ces repreneurs... tlu nom d'aigres et de violents: ils nommaient encore les fermes turbulents et brouillons; et ceux qui refusaient les présents de leur prince ont été mis au rôle des orgueilleux et des fols... »
Cette page du Traité des guerres civiles, écrite vers 1622, dépeint au vif la situation d'Agrippa entre 1010 et 1<)20; elle résume exactement un chapitre très douloureux de sa vie.
Dès le début, il se montre malcontent résolu. Quand la reine est déclarée régente, nul n'y trouve à redire, dans les États du Poitou, (jue d'Aubigné. Délégué nonobstant par sa province pour faire sa soumission et prêter serment, il « parla fort », dit I^(>stoile, et protesta « çu'i/s étaient dune relit/ ion en laquelle, comme en beaucoup d'autres, ni pape, ni cardinal, ni prélat, évesque, îii quelconque aiitre personne ne les pouvait dispenser de la subjection naturelle et obéissance qu'ils devaient à leurs rois et princes souverains, laquelle ils reconnaissaient lui être légitimement et absolument due, selon Dieu et sa parole ». 11 articula cette soumission
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arrogante debout, sans que nul s'agenouillât de ses collègues, au grand scandale du Conseil. Peu après, la reine l'honora d'un entretien particulier, pour le flatter et peut-être le rendre suspect à son parti. Ello essaya de le corrompre en lui faisant offrir une pension de cinq mille livres, qui s'ajouterait à celle de sept mille dont il jouissait sous le règne précédent. D'Aubigné repoussa dédaigneusement ces avances.
A Saumur, l'année suivante, il aggrava son altitude, et rompit avec le duc de Bouillon, M qui proposait « (|u'on se dessaisît de toutes espérances pour se remettre en la disposition de la Reine et du Conseil ». Les mots de « traître » et de (( bourreau » se trouvaient parmi les aménités de sa réponse. Non pas, sans doute, que ce parti armé à l'intérieur lui parût compatible avec la bonne direction d'un État. Il dit quelque part, à propos des « places de sûreté », que ce sont des « noms fâcheux et nouveaux reprochables pour jamais à ceux qui ont diffamé et déshonoré la France, mais sans fraude à ceux qui les doivent à la bénédiction de leurs justes armes, et à la puissante
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nécessité' ». Il est toujours, en 1611, et sera presque jusqu'à l'extrême lin, l'homme qui a vu la Saint Barthélémy.
Aussi les défections intéressées, les infidélités monnayées le font-elles vomir de dégoût. Il aime mieux demeurer pauvre et même gêné, avec ses pensions désormais impayées, que de pouvoir, lui aussi, être « accomparé à un mâtin qui a mis la tête dans un pot de beurre, tandis que les autres petits chiens lui viennent lécher les barbes par congratulalion ». A l'assemblée synodale de Thouars, n'enlendit-il pas quelques ministres nouveau jeu apprécier ainsi l'acte de certains gouverneurs qui meti^aient leur garnison en la bourse : « Ils sont pourvoyants et pacifiques. » La coupe était déjà pleine, elle déborda : « Sur cette nouvelle farce, Aub.gné prit congé, disant qu'il était quitte des assemblées publiques, étant devenues telles que des femmes publiques. »
La rupture avec le parti réformé était donc consommée. La rupture avec le gouvernement