‹ La vie d'un héros; Agrippa d'AubignéChapitre 45 sur 50 · DAUBIGNÉ SOUS HENRI IV ET LOUIS XIII · texte numérisé non relu

DAUBIGNÉ SOUS HENRI IV ET LOUIS XIII

l'oxilr, (le l'isolé, du partisan dvcu, du père trahi. Deux j^rands caractères s'associaient, deux existences brisées rejoignaient leurs ruines pour s'y abriter, dans leur halte dernière. Renée Burlamachi, de la maison des Burlamachi de Lucques, appartenait à ce « refuge italien » qui enrichit Genève de tant de familles de distinction, les Turrettini. les Callandrini, les Diodati, les Micheli', etc. Née en iiiHH à Monlargis, à la cour de Renée de Ferrare, elle avait alors cinquantecinq ans. Elle survivait à toute sa maison ; veuve de César Balbani depuis deux ans, elle avait successivement enterré les dix enfants qu'elle avait eus de lui en trente-cinq ans de mariage. Son expérience du malheur ne le cédait en rien à celle de d'Aubigné. Par la force de l'âme, la lucidité de l'esprit, elle était son égale. Par l'égalité, par l'aménité de son caractère, elle lui était supérieure. Pour la seconde fois d'Aubigné connaissait le foyer, et s'adoucissait à sa tiédeur. Il ren-

1. Presque toutes ces familles, comme celle du Lyonnais Sarrazin. comptent encore à Genève des représentants. La l'amille Micheli est en possession du Crest depuis le xvii^ siècle.

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voya, larg-ement dédommagés, les officiers qui composaient sa petite maison militaire. 11 consacra désormais ses loisirs à la famille ou à ses e'crits. Outre son fils Constant, il avait vu grandir et pu établir deux filles. Marie, la cadette, mariée en 1614 à Josué d'Adde (ou Dade) de Caumonl, était déjà morte en 1623, laissant quatre enfants en bas âge. Louise-Artémise, l'aînée, avait épousé en 1613 Benjamin de Valois, seigneur de Villelte ; elle fut la grand'mère de Mme de Caylus. D'Aubigné, (jui avait dirigé l'instruction de ses filles avec le soin que nous avons dit, entretint avec ses gendres les meilleurs rapports, et paraît avoir été un grand-père très tendre. Dans le temps même où il assurait en Suisse l'avenir de son fils légitimé Nathan', il se préoccupe de

1. Nous avons dit, dans un précédent ouvrage, que Nathan eut une postérité pleine d'honneur {Agrippa d'Aubigné, coll. des Grands Ecricuins franrais, p. 39 et note). Celte postérité est n^présenlée aujourd'hui par deux familles, issues toutes les deux direclenn nt de Nathan d'Aubigné, mais l'une par les entants du premier mariage de Nathan avec Claire de Pellissari, l'autre par les enfants de son second mariage avec Anna Crespin. La lignée du premier lit se continue aujourd'hui dans la famille de M. Agrippa Dubois; la lignée du second l'it ilans la tamille ûv M. Merle d'Auliigné, l'auteur très connu de Y Histoire de la Réformatioa au XVI' siècle.

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Louise et de ses entants, au sortir d'une année de guerre et de famine : « Je serais bien aise de voir votre doux maître et vous, pour vous l'aire goûter la douceur que Dieu donne à ma vieillesse... Si Dieu nous donne ce conlentemenl, je voudrais bien deux choses en votre équipage : l'une, un des petits enfants de votre sœur, tel que vous deux choisirez *... » Sans doute Louise porta son cboix sur sa nièce Arthémise, la prélen-e du vieillard. Cette enfant^ à 1 âge de quatre ans et demi, avait prononcé une parole qui alla au cœur de son grand-père ; celui-ci s'en souvint dans son testament. Ainsi le Crest, malgré son pont-levis et ses courtines,, était une maison de patriarche. Mme d'Aubigné soulignait de bonté tous les actes de son mari : elle les corrigeait au besoin. A sa mort, elle faisait à Constant, le déshérité de son père, un legs personnel. C'est elle qui, souvent, prend la plume pour Agrippa, quand celui-ci est incommodé de l'érysipèle « qui ne le manque point à la fin des automnes ». Au reste celui-ci, toujours

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