‹ La vie d'un héros; Agrippa d'AubignéChapitre 46 sur 50 · Œuvres · texte numérisé non relu

Œuvres

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vivace, gêné seulement à elieval par une de ses innombrables blessures, va el vient, surveille ses vip^nes (car il fait du vin), éerit, se promène. Plus d'un voyageur, sur la route descendant de Jussy à Genève, dut s'étonner de cette rencontre : un grand vieillard, en fraise Henri IV et costume militaire d'ancien style, tenant paisiblement une filleltr par l;i main cl lui <<»iil.iiit des iiistoires.

Ces Iiistoires, c'est-à-dire son histoire, il s'amusait à l'écrire alors pour ses petits-enfants, où plutôt à la continuer, car elle était commencée depuis des années. Il rédigeait le chapitre le plus douloureux, celui de son fils. Il n'en avait pas lini avec ce malheureux, qui le poursuivait de son infamie jusque dans sa retraite. A tout instant cette écharde enfonçait sa pointe dans sa chair. Constant reparaissait, tantôt jouant la comédie du repentir, tantôt menaçant de chantage. En vain le munissait-on d'argent, d'emplois ; on ne s'en débarrassaitjamais, et ses actes devenaient de plus en plus dangereux. Traître à toutes causes, il livrait ses bienfaiteurs de la veilh-. et trouvait moyen de compromettre en même

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temps son père, Genève et son roi. Genève, alarmée de ses allées et venues en 1627, le fit déguerpir. Et d'Aubigné, pour se garantir des « puantes actions de son proche », songea très sérieusement à quitter le Crestpour aller mourir en Angleterre. On ne s'étonne donc pas qu'il n'ait jamais désarmé envers son fils, et qu'il ait fait à une offre sournoise de réconciliation cette foudroyante réponse :

« N'espérez pas que je puisse toucher à la main qui sert les idoles et fait la guerre à Dieu, que la langue puante de blasphèmes me puisse accoiser de paroles, et que les genoux qui ont ployé devant les profanes autels me puissent lléchir en fléchissant devant moi... Surimeau (Constant d'Aubigné était baron de Surimeau) tenez pour certain que l'apostasie ou l'athéisme me sont insupportables envers ceux qui ne me H touchent point de sang, mais qu'il n'y a règle médiocre en ma douleur ni en ma juste colère, quand le Diable a mis les ongles dans mes entrailles pour triompher du fils que Dieu m'avait donné. Et bienheureuse la mère tant aimée que

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VOUS alléguez, d'être morte plus doucement que j)ar les regrets de ,son parricide enfant. Enlin vous demandez que je vous ouvre, pour vous jeter à mes pieds; et je vous dis que ma porte ne vous peut recevoir, que vous n'ayez brise ou tianchi les portes d'Enfer*. »

Ces éclats désormais sont rares. Certes, d'Aubigné restera jusqu'à la fin capable de violences. Il ne dépouillera jamais complètement le vieil homme. Des rancunes anciennes <t recuites, des colères plus récentes, lui suggéreront encore mainte diatribe furieuse, dont témoignent ses manuscrits. Cependant ces accès s'espacent, ou ne s'épanchent guère que sur le papier. L'adoucissement chez lui est graduel ; et, coiirme jadis, il attire, et presque il chartue. N'a-t-il pas la conversation la plus riche, l'esprit le plus prime-sautier, le caractère le plus sur? Les plus solides tètes de Genève aiment à venir se frotter à la sienne. C'est Goulard, et c'est Théodore Tronchin auquel il léguera ses manuscrits, depuis lors tou-

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