LES AMOURS AGRIPPA D'AUBIGNÉ ET DIANE SALVIATI
rt Diane, repens-toi ! Pense que tu as tort
« Donner la mort à ceux qui te font immortelle. »
(D'AuBiGNÉ à Diane).
LE 21 août 1572, dans la soirée, quatre jeunes gentilshommes ferraillaient sur la place Maubert. Le motif? L'histoire ne le dit pas. Sans doute quelqu'une de ces querelles entre calvinistes et catholiques que le mariage du Be'arnais avec la sœur du roi Charles IX avait multipliées. Depuis ces épousailles royales, qui devaient, suivant madame Catherine, apaiser les deux partis, les épées sautaient d'elles-mêmes hors des fourreaux. On dansait au Louvre, mais on
s'égorgeait dans la rue ; et, les « troisièmes guerres » à peine terminées, il y avait dans l'air du massacre.
Les quatre duellistes besognaient de leur mieux, et la lune, donnant à plein sur le visage de l'un deux, éclairait ses yeux d'un bleu d'acier et sa barbiclie roussoyante, lorsque retentit le pas d'une patrouille : le guet accourait ! Tous de s'enfuir, mais pas assez vite pour que l'un d'eux ne courût risque d'être pris. L'homme à la barbe vint à la rescousse, mais ne put dégager son ami qu'en blessant le sergent qui l'appréhendait. L'affaire était mauvaise. Les deux compères gagnèrent aussitôt le large, chacun de son côté.
Le « rousseau » courut toute la nuit porter des ordres à ses hommes et préparer une fuite collective. Car il était « enseigne colonnelle » au régiment d'Anières (on a reconnu là notre Agrippa), et il venait justement de recruter une compagnie pour la prise d'armes qui se préparait à Monsen-Hainaut. Il avait charge d'hommes, charge d'argent un peu moindre il est vrai, mais bonne
charge de secrets de guerre. Il fallait mettre tout cela en sûreté.
Le lendemain, il chevauchait hors de Paris sur la route d'Orléans, et ses liommes, fidèles au mot d'ordre, le rejoignaient avec adresse. L'escorte grossissait en escouade. Maintenant ils étaient au complet, quatre-vingts gaillards déterminés « entre lesquels on pouvait trier une douzaine des plus hasardés soldats de la France ^ » .
Le chef alors respira. Et sans doute quelque hymne de reconnaissance monta de son jeune cœur vers le Dieu qui l'avait préservé comme par miracle d'un nouveau danger, car. trois nuits après sa fuite, retentissait le tocsin de la Saint-Barthélémy. <( Ce qu'il regardait alors comme un grand détour à sa fortune, dit une Biographie inédite du dix-septième siècle', fut un moyen de lui conserver la vie, en le dérobant aux matines parisiennes, où quelqu un de ses ennemis eût put prendre cette occasion pour se défaire de lui sûrement et à bon compte. »