Agrippa d'Aubigné, Vie à ses enfants
2. Bibliothèque Nationale, fonds français, nianusc-rit no 0.769.
42 AQRIPPA d'aUBIGNÉ
Détourné de la campagne éventuelle dans le Nord par les circonstances, d'Aubig-né avait maintenant pour vague objectif la Rochelle, citadelle du parti. En attendant, il gagnait à petites journées Orléans, Beaugency, et les rives de la Loire, tous parages à lui connus, et où la cause avait ses fidèles. Dès les premières étapes, le bruit des « noces vermeilles » courait après lui, le rattrapait, le bouleversait d'horreur; et, s'il avait eu sur le forfait quelques doutes, les scènes de sauvagerie que soulevait la nouvelle dans toutes les régions qu'elle atteignait, suffisaient à le renseigner. Une traînée de sang se répandait de Paris sur la province. Dès Orléans, d'Aubigné et sa petite troupe parcouraient un pays en convulsion, oii les bandits achevaient ce qu'avaient commencé les fanatiques. Des bandes de massacreurs terrorisaient la plaine. Ces seuls mots, « les voici », prononcés sans raison, firent un jour s'enfuir ces quatre-vingts hommes armés « comme une troupe de moutons, si bion que l'haleine leur faillit plus tôt que la peur : puis, s'étant pris par la main trois ou quatre.
chacun témoin du courage de son compagnon, se regardèrent couverts de honte... »
D'Aubigné rabroua ses hommes, et prit aussitôt un parti. Dos le lendemain, avec quarante bons soldats seulement, il se portait au-devant de « six cents massacreurs qui descendaient par eau d'Orléans et de Beaugency ; ils attendirent derrièrela levée qu'une bonne troupe eût mis pied à terre; et, se voyant découverts, les menèrent tuants jusque dessous les bateaux* ».
Ainsi fut préservée d'un pillage certain la petite ville de Mer. D'Aubigné, par son hardi coup de main, venait de sauver une contrée qui lui était chère à plus d'un titre. Cet acte décisif, qui assurait la sécurité des siens et purgeait le pays de maraudeurs sinistres, s'accomplissait, comme par un dessein « préfix »> de la Providence, à proximité des lieux où sa mère, Catherine de l'Estang, avait passé son enfance, et où il possédait luimême un de ses biens matrimoniaux, la terre des Landes, ou de la Lande-Guinemer.
Que faire maintenant ?