‹ La vie d'un poète: ColeridgeChapitre 100 sur 194 · Anti-Jacobin Magazine, 1" août · texte numérisé non relu

Anti-Jacobin Magazine, 1" août

3. Voir Campbell, Coleridge and the Anti-Jacobin (Athenœum, 31 mai 1890).

4. Anti-Jacobin Rcuiew, t. 1, p. 176, par le D' Bisset, d'après une note manuscrite sur l'exemplaire du Briliyh Muséum (P.P. 3596).

180 s. T. COLERIDGE.

qui Taurait bouleversé à un autre moment de sa vie, paraît l'avoir laissé calme et sûr de lui-même. Comment sa vie, si bien entrée apparemment dans sa voie, va-t-elle dévier après le voyage d'Allemagne dans des régions lointaines, se perdre dans des déserts, où la voix du poète ne sera plus entendue de personne, parce qu'il ne parlera plus la langue qu'il s'est faite, celle de la poésie, mais celle de la philosophie', qui lui restera toujours étrangère?

Dans une vie comme celle de Goleridge, qui se développe du dedans, il faut s'attendre à des répétitions, à des retours de rêves qui montrent la continuité de l'âme sous la diversité apparente des événements. Goleridge n*a encore q,ue vingt-six ans, il n'est pas si loin de son adolescence. En allant à l'Allemagne, il reprend une idée, celle d'une éducation encyclopédique. A côté de son rêve poétique, ce rêve a subsisté, souvent caché, mais toujours présent, d'être un grand philosophe qui découvrirait le mystère du monde, un théologien qui exprimerait de quelque manière le mystère de Dieu.

Rappelons -nous les Méditations Religieuses^ les Visions de Jeanne d'Arc, les discussions théologiques à tout propos, avec des inconnus même. Or l'Allemagne est la terre de la Science, Goleridge le sait déjà. Commençant l'étude de sa langue dans la Luise de Voss en 1796, il a voulu lire aussi « le noble Mendelssohn, qui enseigne que le Divin n'a jamais été crucifié )). Il a même jeté les yeux sur le « très inintelligible Emmanuel Kant, que l'Allemagne considère comme son plus profond métaphysicien avec Mendelssohn \ »

Il n'avait pas cessé d'étudier la philosophie ancienne

J. Le tiers, p. 203-4, n.

et en 1796 encore, nous le voyons charger Thelwall de lui procurer plusieurs auteurs, Alexandrins et autres, de ceux qu'il affectionnait parce qu'ils n'étaient connus alors de personne ^ Nous l'avons vu « curieux de tous les phénomènes étranges, et des écrits de tous les rêveurs )). Dans ses carnets de notes se trouvent des extraits de Jacob Boehme à côté de recettes de cuisine. ,11 veut « former un système régulier des rêveries swedenborgiennes ^ ». En même temps, il songe à faire des études de chimie, et trouve que « toutes les expériences que Priestley a faites en chimie donnent des ailes à ses plus sublimes écrits théologiques » ^ Tout avait sa place dans cet esprit qui, curieux de correspondances et d'analogies comme tous les mystiques, aurait voulu faire une vaste synthèse du savoir. L'œuvre qu'il a rêvée toute sa vie, une apologie du christianisme fondée sur la science universelle, aurait pu prendre, à cette époque, la forme poétique, car il n'aurait pas tenté d'en faire un système, mais une suite de visions comme celles de Swedenborg ou de Blake.

Ce qui était l'àme de la pensée de Goleridge ne pouvait s'exprimer dans un système et cependant, sous l'influence de la pensée allemande c'est un système qu'il a cherché toute sa vie à construire, vainement. En Allemagne il ne prit pas une méthode de pensée, il se laissa aller à un courant d'idées dont il ignorait la source.

Une notion essentielle lui faisait défaut, c'était celle de la constitution de la science moderne comme fait, qui avait été le point de départ de Kant. Pour

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