‹ La vie d'un poète: ColeridgeChapitre 126 sur 194 · Letters, p. 378 (juillet · texte numérisé non relu

Letters, p. 378 (juillet

dans le Gumberland, une peinture de reflets à la manière de Shelley, comme vue dans l'eau. Ceci correspond aux moments où il arrivait à sortir de luimême, rhomme usé de chagrin, « dont Tâme faible et fatiguée de porter ce cœur humain toujours mouvant adore l'esprit de la vie inconsciente »,

Dans l'arbre et dans la fleur sauvage. Pauvre fou inoffensif. S'il pouvait ainsi ne pas. cesser d'être entièrement. Il aimerait bien mieux n'être pas, qu'être ce qu'il est. Il voudrait être quelque chose qu'il ne sait pas. Parmi les bois, les eaux et les rochers i.

11 a vécu» pendant ces années 1800-1803, une existence qu'on pourrait appeler phénoménale, entendant par là que le sentiment de la personnalité passant au second plan de la conscience, sous l'obsession des rêves du jour et de la nuit, il était tout à l'impression du moment, sans la sensation de continuité de la vie mentale, ne se souvenant pas, ou à peine, de ses douleurs dans ses moments d'exaltation, ni de ses moments de joie dans la dépression toujours plus habituelle. C'est un état dont on pourrait citer bien des exemples dans la psychologie pathologique, sans qu'on puisse l'appeler à proprement parler un trouble mental.

Goleridge était toujours en relations suivies avec les Wordsworth, qui s'affligeaient beaucoup de son état sans pouvoir lui porter secours. Ses dispositions variaient tellement suivant les moments qu'on aurait souvent risqué de tomber à faux, en lui offrant des consolations quand il était plein d'espoir, ou des encouragements quand il était amoureux de sa propre

1. C'est ainsi que Goleridge refait et explique un passage du poème dans une lettre à Cotlle, imprimée par Campbell, P. W., 629.

tristesse. L'excitation de la société, peut-être aussi l'influence de Topium dans sa première phase, le transfiguraient par moments. Davj^ le grand physicien, plus tard Sir Humphrey Davy, l'analysait ainsi avec la perspicacité du savant :((... Dans les grandes réunions, il est la puissance et l'activité même. Son éloquence n'est diminuée en rien, peut-être même devenue plus séduisante et plus forte. Sa volonté est probablement plus disproportionnée que jamais avec ses facultés. De brillantes images de grandeur flottent sur son esprit, agité par toutes les brises et modifié par tous les arcs-en-ciel. En une heure il parla de commencer trois ouvrages, et récita le poème de Christabely inachevé, tel que je l'avais déjà enlendu *. » Une de ses plus curieuses pages en prose., dateaussi de ce temps, c'est la description d'une promenade dans la montagne, et du sentiment d'exaltation dans la solitude qu'il éprouvait encore quelquefois, espérant malgré tout sortir de l'abîme de désespoir dont il voyait les murs autour de lui :

Vous me demandez pourquoi, au nom du ciel, je ne

suis pas revenu quand j'ai vu l'état du temps? La vraie

raison est simple, quoiqu'elle puisse paraître assez

étrange. C'est que la pensée ne m'en est pas venue un

seul instant. La cause, c'est que jamais, de ma vie (du

moins autant que je puisse me le rappeler), je ne suis

revenu sur mes pas par crainte du mauvais temps. La

prudence est une plante dont je possède sans doute des

spécimens précieux, mais je les laisse toujours dans ma

serre, ils sont toujours sous yerre et ne supporteraient

pas surtout le climat des montagnes. Sérieusement et

simplement, je ne me trouve jamais seul, enserré par les

rocs et les collines, et voyageant sur une route alpestre,

sans que mon esprit ne s'emporte à la dérive, et ne tour-

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