Paris, Life ofDavy, dans Campbell, l*. W., xLili
billonne comme une feuille en automne. Une folle activité de pensées, d'imaginations, de sentiments et d'impulsions au mouvement se lève en moi, une sorte de tempête de fond, qui ne souille vers aucun point de la boussole, vient je ne sais d'où, mais m'agite tout entier. Mon être entier est rempli de vagues qui roulent et s'écroulent l'une ici, l'autre là, comme les choses qui n'ont pas de maître commun. Je crois que mon âme doit avoir préexisté dans le corps d'un chasseur de chamois. L'image de l'ancien but de mes efforts a été oblitérée, mais les sentiments, les habitudes impulsives et les commencements d'action sont en moi, et le paysage vu autrefois les fait revivre.
Plus je monte au-dessus de la nature animée, des hommes, des troupeaux et de« oiseaux familiers des bois et des champs, plus grandit en moi l'intensité du sentiment de la vie. La vie me semble alors un esprit universel qui n'a pas, et ne peut pas avoir de contraire. Dieu est partout, me suis-je écrié, il agit partout, et où trouver une place pour la mort? Dans ces moments-là, j'ai vécu dans la croyance que la mort existe seulement parce que les idées existent, que la vie est la sensation sans limite, que la mort est l'enfant des sens organisés et en particulier de la vue, que les sentiments meurent en coulant dans le moule de l'intelligence, en devenant des idées, et que les idées passant dans l'action reprennent leurs droits dans le monde de la vie. Et je crois vraiment que la vérité est là, dans- ces généralisations approximatives. Je ne crois pas possible qu'aucune douleur physique puisse consumer l'amour de la joie, qui est une partie essentielle de moi-même, l'amour des collines, des rochers et des eaux. Et j'ai passé par quelque expérience *.
Cette page mystique, si obscure par endroits qu'elle paraît altérée, nous offre un exemple de ce sentiment étrange d'une dissolution véritable de la personna-
1. A Wedgwood, 14 janvier 1803, dans Gottle, Réminiscences, p. 45i-6.
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lité, qu'il osait exprimer à ses amis, et de la philosophie aussi étrange dans laquelle il se plaisait. On y aura remarqué une contradiction expresse du thème principal de l'Ode, que le sentiment de la joie n'est pas immortel comme la nature, et qu'il ne vient pas de la nature, mais c'est seulement une des contradictions innombrables entre lesquelles se débattait alors sa pensée.
11 est presque impossible de raconter sa vie extérieure à cette époque. Ce ne sont que projets, déplacements, nouveaux projets et nouveaux plans de vie qui ne font qu'apparaître et disparaître. La vie de famille était devenue naturellement impossible et il avait môme songé à se séparer de sa femme. « Nos vertus et nos défauts, écrivait-il, sont des antithèses exactes. » Et il voulait se démontrer h lui-même que, si elle ne le comprenait pas, c'est qu'elle était comme prédestinée par le ciel à ne pas le comprendre. En réalité la pauvre femme le fatiguait par ses plaintes trop justifiées *. La seule idée de se séparer les rapprocha, comme il arrive, mais pour un temps seulement, et Coleridge songeait toujours à fuir pour éviter la torture de faire souffrir ceux qu'il aimait du spectacle de son désespoir. C'est parce qu'il « l'estimait et l'honorait grandement » qu'il ne pouvait se résoudre à vivre avec sa femme, étant devenu ce qu'il était, et qu'il devait souffrir de la séparation tout en la jugeant nécessaire.
Le jour de Noël 1802, une petite fille était venue, qui fut appelée Sara comme sa mère. Ce fut le dernier enfant de Coleridge. Mais quoique Coleridge adorât ses enfants, qu'il appelait un jour « les trois livres qui m'ont le plus appris, avec la Bible, Shake