Anima Poelae^ p
2. Par exemple ; « Oh, ces cercles toujours tordus et changeants que la lumière de la lune tail dans la mer, quand elle n'est pas tout à fait calme, et que cependant elle n'a pas de vagues. » {La Quarantaine^ Malte, 10 novembre 1804, Anima Poetae, p. 87.)
258 s. T. GOLERIDGE.
vivait littéralement en dehors de l'espace et du temps, c'est lui-même qui Ta dit.
Mon cher ami Walter Scott et moi, nous avons toujours été les deux antithèses exactes et parfaites en ceci : toute vieille ruine, colline, rivière ou arbre suscitait dans son esprit une foule d'associations d'idées historiques ou biographiques, tandis que moi, je crois que je me promènerais dans la plaine de Marathon sans m'y intéresser plus qu'à une autre plaine quelconque, qui aurait le même aspect. Cependant j'éprouve autant de plaisir que n'importe qui à lire le récit de la bataille dans Hérodote. Charles Lamb a écrit un essai sur un homme qui vivait clans le passé, j'ai songé à en ajouter un autre sur quelqu'un qui ne vivait absolument pas dans le temps, passé, présent ou futur, mais à côté, parallèlement ^
Pour Tétude de cet état d'esprit, les admirables notes publiées sous le titre d' Aiiima Poetae sont notre document principal.
Citons encore une de ces esquisses où le paysage, transfiguré par la rêverie, s'étend à Tinfîni, sans perdre tout à fait l'apparence du réel.
Une forte brise, l'écume qui peuplait la mer vivante, combinée d'une façon très intéressante avec la foule des mouettes blanches qui, à plusieurs reprises, ont semblé comme des jets d'écume qui auraient pris vie et ailes, se seraient envolés — les oiseaux blancs, précisément de la même couleur, planaient si près du sommet des vagues, fait d'écume blanche toujours en dissolution, que l'œil ne pouvait prendre sur le fait l'illusion dans laquelle l'esprit se complaisait avec délices. Oh! ce ciel, cette arche molle, bleue, puissante, reposant sur la montagne ou sur la plaine solide étendue comme une mer, quelle universalité sublime dans l'unité ! Je ne connais pas d'autre exemple d'une union aussi parfaite du sublime avec le beau, de sorte qu'ils doivent être sentis, à la même minute, par