‹ La vie d'un poète: ColeridgeChapitre 135 sur 194 · British Muséum (G. 43 a. 31). Cf. Brandi, p · texte numérisé non relu

British Muséum (G. 43 a. 31). Cf. Brandi, p

2. On lira si l'on veut la suite du passage dans Blackwood's Magazine (1882), p. 107-132, où Miss Helen Zimmern Ta publié avec beaucoup d'autres notes manuscrites trouvées dans les volumes déposés au British Muséum.

L'ÂME ERRANTE. 24i

et alors vous serez sur ma trace, ou, si vous voulez me poursuivre, sur ma piste. Pourquoi alors ne pas reconnaître à chaque pas une obligation ? Parce que je ne pourrais faire cela, pour une foule de ressemblances frappantes entre nos idées, sans mentir^ car ces idées avaient été à moi, parfaitement formées avant que j'eusse seulement entendu parler de ces écrivains, parce que déterminer les cas particuliers dans lesquels j'ai véritablement dû quelque chose à ces écrivains aurait été difficile, sinon impossible, pour moi qui étudie afin d'arriver à la vérité et à me satisfaire moi-même, et non pour faire un livre, et qui ai toujours été heureux, exultant, quand j'ai trouvé mes propres idées bien exprimées par d'autres et enfin, disons-le, parce que (je suis orgueilleux peut-être mais...) il me semble être /sûr que beaucoup du fond reste à moi, que Tdme de ces idées est à moi. Je ne crains pas le critique qui peut confondre un penseur avec un compilateur *.

Goleridge semble donc avoir prévu raccusation de manque d'originalité, et môme de plagiat. Que devons-nous croire? Est-il possible que Goleridge ait véritablement anticipé Kant, Fichte et Schelling sans avoir rien exprimé de ses idées dans ses œuvres, ni môme dans ses lettres, où il confie toutes ses pensées?

Si Goleridge avait eu un système d'idées philosophiques, il l'aurait mis partout. Si nous ne le rencontrons nulle part c'est qu'il n'en a pas eu. A-t-il voulu nous tromper? II est difficile de le croire, et sa psychologie est plus subtile. Il a toujours aimé la spéculation philosophique purement intuitive, il a senti vaguement ce qui manquait à la philosophie empiriste du xvm*' siècle, il a donné une forme poétique à toutes ces aspirations personnelles, voilà ce qui le justifiait à ses propres yeux. Il avait conscience d'être

1. Anima Poetae^ p. i06. Goleridge a répété ces affirmations dans ses lettres. Leilers, p. 683, 735.

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une âme d'une autre nature que la plupart de celles qu'il connaissait. En vrai poète, il mettait sur le même plan la fortae et le fond des idées. Quand il a lu Kant, et qu'il s'est enthousiasme pour la forme très simplifiée que ses idées ont prises dans son esprit à lui, il crut les avoir découvertes, parce qu'il les avait refaites dans le moule de son esprit. Cette forme avait-elle encore quelque chose de commun avec la pensée de l'auteur, c'est une question qui reste à résoudre.

Impressions de nature, petits faits d'observation psychologique, réflexions sur son propre caractère, voilà ce que nous trouvons surtout dans ces notes de Malte, qui devraient contenir la première ébauche de sa philosophie.

Quand on peut démêler une idée vraiment philosophique, comme dans le passage suivant, où il anticipe d'une façon très intéressante sur ce qu'on a dit de nos jours de la continuité de la vie psychologique par opposition au phénoménisme, la pensée est courte et se perd bientôt dans l'image qu'elle suscite : « Combien il est contraire à l'expérience et à la nature de parler du (( moment unique » de Hume, de notre être entier comme d'un agrégat de sensations séparées et successives! Qui a jamais éprouvé une sensation séparée? Chacun de nous n'est-il pçis conscient au moment où elle existe, de mille autres (sensations) d'une nuance plus claire ou plus sombre; comme lorsque je fixe mon attention sur une maison blanche, ou une colline grise et dénudée, ou une crête assez longue qui échappe à la vue aux deux extrémités (combien je regrette souvent l'allemand unuebersehbar [qu'on ne peut embrasser par la vue '] ».

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